Accueil > Résistances | Tribune par Samy Johsua | 25 septembre 2012

Le traité, le fond, la forme

Pourquoi manifester le 30 septembre à Paris contre le traité d’austérité ? Une tribune
de Samy Johsua, membre de la Gauche Anticapitaliste.

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Même si ça commence à se savoir dans nos milieux, peut-être avec retard, le Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) de la zone euro est une brique de plus à l’édifice libéral et conservateur en Europe. Et pas n’importe laquelle, puisque non seulement sont confirmées les traités précédents, mais qu’ils sont, une de fois de plus, durcis. La conséquence, c’est l’application de plans d’austérité de plus en plus brutaux, les privatisations, la contraction des services publics et des droits sociaux, la baisse relative des salaires et des pensions, la hausse du chômage et de la précarité, la baisse du pouvoir d’achat : remettant en cause la satisfaction des besoins essentiels (alimentation, logement, santé...). Ce pacte budgétaire est un pacte d’airain passé entre les gouvernements sous l’impulsion des classes dominantes et des requins de la finance sur le dos des peuples.

On nous dit maintenant que la limitation des déficits structurels à 0,5% ne rentrera pas plus en application que les critères de Maastricht pour peu que la situation, la Banque centrale européenne (BCE) et les gouvernements en décident autrement. Mais non seulement il s’agira d’une arme idéologique et pratique pointée en permanence contre la volonté des peuples, mais encore ce choix là, précis (toujours possible c’est vrai) échappera encore plus à toute décision démocratique. C’est une donnée capitale, peut-être à la hauteur du très néfaste contenu du traité lui-même. Ici, plus que jamais, la forme rejoint le fond. Comme il se dit sans fard dans les hautes sphères, il va de soi que les peuples, dûment informés et dûment consultés, s’opposeraient aux orientations du traité. En tout cas en France c’est une certitude. Comme depuis le tout début de la construction libérale de l’Europe, il s’agit alors d’agir dans leur dos. Pas de référendum, surtout pas ! Air connu : comment les pauvres pékins que nous sommes pourraient donner un avis circonstancié sur une chose si horriblement compliquée ? Mais là, il y a plus, une vraie modification supplémentaire dans la même voie. Puisqu’au lieu de se cacher, avec le risque toujours que ça se sache, il serait officiellement délégué au grand jour à des « experts » - non élus et encore moins révocables - les choix pourtant décisifs dans la conduite des affaires publiques.
L’Europe, celle à laquelle nous tenons, celle qui rapproche les peuples en unifiant par le haut les droits sociaux, serait encore plus hors d’atteinte. Au risque que progressent (voire finissent par l’emporter) les replis nationalistes et chauvins sur fond de racisme généralisé.

Donc, s’opposer à toute cette dynamique est indispensable, sur le fond et la forme. Et avec un esprit conséquent. Il se dit que nombre d’élus d’Europe-Ecologie Les Verts et du Parti socialiste qui s’apprêtent à rejeter le traité (une bonne décision en soi) se contrediraient illico en votant en faveur de la loi organique qui suivra, voire d’un nouveau soutien global à Ayrault s’il le demande. En tout cas qu’ils voteront en faveur du budget qui mettra directement en application ces orientations. Une bonne manière, assurément, sur le fond et la forme indissolublement, de réconcilier les citoyens avec la politique ! Non, non et non : au traité, à la loi organique et au budget : c’est la logique et c’est indispensable. Car quoi qu’il lui en coûte dans l’opinion, le gouvernement est décidé à avancer dans la mauvaise direction. Il doit, sous peine de recul social et idéologique généralisé, rencontrer une ferme opposition à ces choix. Ceci, le Front de Gauche a pris l’initiative de l’indiquer dès cet été, en se prononçant à la fois pour une manifestation nationale le 30 septembre et pour la poursuite de cette mobilisation par la suite contre les politiques austéritaires. Mais il ne s’agit pas seulement du champ politique. C’est un véritable front politique et social qu’il s’agit de construire, pas à pas et dans la durée. Que, après des péripéties inévitables, la manifestation du 30 en dessine déjà les contours - à élargir encore -, est une des rares bonnes nouvelles de cette rentrée. Mais celle-là, gageons qu’elle aura de l’avenir. Maintenant il faut tout faire, malgré des délais très brefs, pour qu’elle soit une éclatante réussite.

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