Accueil > monde | Éditorial par Clémentine Autain, Emmanuel Riondé | 1er février 2011

Le vent frais de Tunis

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Pluie sur Tours et Paris, soleil sur Tunis. En janvier, le ciel n’avait
pas la même allure de part et d’autre du bassin méditerranéen…

D’un côté, un vieux leader d’extrême droite passait la main à sa
fille. Elle parlait de «  conquête du pouvoir » à ses troupes, lui faisait,
devant les micros, une allusion au nez des juifs. Leur formation
politique est créditée de 18 % d’intentions de vote en 2012.
Ils sont le visage persistant d’une France grise, raciste, repliée
sur ses peurs. Et la caricature d’une conception de l’Occident (et
donc de ses relations avec le monde) dont bien des traits sont
partagés, dans le champ politique, au-delà des frontières du FN.
Une conception étroite, de plus en plus en décalage avec le réel,
incarnée par Michèle Alliot-Marie proposant de venir en aide à la
police tunisienne… Cette offre de service, faite trois jours avant
la chute de Ben Ali, nous dit à quel point ce pays est gouverné
par des gens incapables de saisir la marche du monde.

Car de l’autre côté, à Tunis, le 14 janvier, s’achevait le premier
acte de cette « révolution de jasmin » imprévue. Chassé par un
peuple à qui il n’avait pourtant cessé, les jours précédents, de
faire des promesses, Zine el Abidine Ben Ali quittait précipitamment
le pays. Plus personne, en Tunisie, ne voulait accorder de
crédit à l’autocrate corrupteur. Il s’est donc enfui à la manière
piteuse des dictateurs : en catimini, emportant famille et lingots
d’or, et laissant sur place quelques sbires armés pour semer le
chaos. Quelle issue politique pérenne à la transition en cours’
Quelle place pour l’opposition, la société civile ? A l’heure où
nous mettions sous presse, ces questions étaient sans réponses
et beaucoup d’incertitude demeurait. Mais, comme
nous l’a confié l’opposant historique Moncef Marzouki, cette
lutte restera, quoi qu’il advienne, «  un tournant dans le combat
pour la deuxième indépendance de nos pays
 ». Un tournant qui
rappelle à tous – démocrates du monde arabe mais aussi travailleurs
européens, colonisés palestiniens, opposants chinois ou
birmans, paysans sud-américains, etc. – que la lutte n’est pas
vaine. A condition d’être prêt à en payer le prix.

Pas d’euphorie : il est trop tôt pour crier victoire en Tunisie et, plus
encore, au Maghreb ou en Afrique… Mais alors que reverdissent
en Europe les idéologies les plus rances, la vitalité, la jeunesse,
le courage et la solidarité dont a fait preuve un mois durant le
peuple tunisien nous invitent à réfléchir : jusqu’où sommes-nous
prêts à aller pour reprendre notre destin des mains de nos
« élites » rabougries’

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