Accueil > politique | Par Catherine Tricot, Rémi Douat | 1er mai 2007

Législatives. La bataille pour exister

Comment les formations politiques se préparent-elles pour la rencontre électorale de juin ? Face au rouleau compresseur UMP et à la machine socialiste, garder un groupe à l’Assemblée est de plus en plus difficile. La gauche de gauche va-t-elle transformer l’essai ? Tendances.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Cinq semaines après la consultation présidentielle, les élections législatives seront marquées par les mêmes tendances de fond. A l’extrême droite, s’envole tout espoir de jouer ne serait-ce que les trublions en se maintenant dans des triangulaires. L’UMP part en position de force. Elle devrait selon toute vraisemblance réunir une majorité écrasante gagnée au programme libéral et agressif de Nicolas Sarkozy. Le seul talon d’Achille : le groupe UMP sortant étant déjà très majoritaire, on ne peut guère s’attendre à des bouleversements dans la composition du groupe. Le renouvellement par la diversification et le rajeunissement ne devrait pas être au rendez-vous. Et l’UMP paiera sa quote-part pour non-respect de la parité.

La partie est plus ardue du côté de l’UDF-Mouvement des démocrates. Plus de quatre cinquièmes des députés sortants ont appelé à voter Sarkozy. C’était tout à fait attendu : les villes dirigées par l’UDF sont, pour la plupart d’entre elles, enracinées à droite. Ces députés devraient profiter de la vague Sarko et ne pas se voir opposer de candidat UMP.

REFUS DES PLEINS POUVOIRS

Il en va tout autrement pour les députés UDF qui n’ont pas soutenu Sarkozy. Ils devraient, en principe, retrouver eux aussi leurs sièges, car ce sont des députés enracinés, avec une personnalité trempée. Cette campagne les a confortés. C’est le cas par exemple de Jean-Christophe Lagarde, récent député de Bobigny-Drancy qui a su en cinq ans s’imposer dans cette terre de mission de Seine-Saint-Denis. C’est le cas également de Jean Lassalle (le député gréviste de la faim)... et bien sûr de François Bayrou. Mais cela ne fait pas un groupe. Sauront-ils élargir le cercle ? La voie est étroite entre la gauche qui va vouloir faire contrepoids à la majorité sarkoziste et ceux qui se situeront dans le sillage du nouveau président. François Bayrou va tout faire pour gagner un groupe de députés Mouvement des démocrates qui lui permettra dans la prochaine mandature de donner visibilité à son projet et force aux bravades et aux actes symboliques qui l’ont identifié, comme le refus de vote d’un budget ou le vote d’une censure. Exister reste l’enjeu. Au Parti socialiste, c’est juré, on continue sur la lancée de la présidentielle. Les comptes se régleront après. D’ici juin, un seul objectif : reconquérir tous les sièges et tenter d’en décrocher de nouveaux. Pour cela, il faudra retrouver les électeurs de Ségolène Royal, en particulier les jeunes et l’électorat populaire qui se sont exceptionnellement mobilisés lors du scrutin présidentiel. Tout décrochage par amertume et déception compromettrait grandement cet objectif. Le Parti socialiste fera très certainement une campagne axée sur la résistance à la politique et à l’Etat Sarko et la nécessité de refuser les pleins pouvoirs à un seul parti, un seul homme.

Seule question encore à trancher : les relations avec les alliés. Officiellement, il n’y aura pas d’accord national avec qui que ce soit, a annoncé François Hollande. Mais comme on attrape les mouches avec du miel, on peut s’attendre à un PS conciliant avec les Verts. Le très mauvais résultat de Voynet ne donne guère d’espace aux Verts pour la conquête de sièges. Le PS ne les mettra pourtant pas la tête sous l’eau. Objectif : obtenir à terme le ralliement du plus grand nombre possible de militants et d’élus verts en leur faisant la démonstration que dans la grande maison (le futur parti de la gauche) ils peuvent conserver une chambre à eux. La lutte pour capter les écologistes est ouverte entre les prochains new-PS et new-UDF. Le dépeçage de ce qui fut la seule véritable création politique depuis trente ans a commencé.

PRUDENCE

Du côté communiste, on fait comme d’hab’. Le PCF s’apprête à lancer plus de 500 candidatures. Il s’interroge sur son échec à l’élection présidentielle : l’ancrage antilibéral des premiers mois de campagne ne serait-il pas à l’origine de la cuisante défaite enregistrée par Marie-George Buffet ? L’esprit de prudence peut conduire le PCF à revenir à des formules plus classiques : candidatures communistes, ouvertes éventuellement à des non-membres du parti. Mais peu parmi les candidatures soutenues par le Parti communiste seront unitaires et antilibérales. Montluçon (voir notre reportage) fait partie des rares cas recensés. Le véritable enjeu pour le PCF est de retrouver un groupe à l’Assemblée et donc de sauver le maximum de ses 22 sortants (1). La vraie question sera donc le nombre de circonscriptions conservées par le PCF. S’il devait être faible (entre 10 et 15) ou très faible (sous les 10) les conséquences internes au PCF seraient multiples : financières et politiques. Enfin la LCR campe sur son arrogance du soir du premier tour. Avec 4 % d’électeurs, l’organisation d’Olivier Besancenot affiche sa superbe. Rois du monde, ils ont rompu des accords unitaires en cours comme dans la Sarthe, répondu par la négative dès les lendemains de premier tour partout où ils avaient été sollicités pour des candidatures unitaires. La gauche de gauche, globalement, a pris une déculottée historique le 22 avril. Elle ne fait rien pour éviter qu’il en soit autrement le 6 juin. C’est bien triste pour tous ceux qui espèrent des députés déterminés face à Sarko. Il faudra tout reconstruire.

ARBITRE SURPRISE : L’ARGENT Dans la gauche de gauche (PCF, LCR, « bovétistes ») l’entropie est à son apogée. Chaque force est tentée de présenter un maximum de candidats sous son étendard. Le PCF pour obtenir le plus gros score national possible et rassembler le financement public lié au nombre d’électeurs se portant sur son nom. La LCR pour s’affirmer comme la force leader à la gauche du PS. Les « bovétistes » pour poser un nouveau jalon dans la construction d’un mouvement alternatif aux deux partis accusés d’avoir plombé le rassemblement antilibéral. Problème : le coût d’une campagne. Elle n’est remboursée à 50 % des fais réels engagés que si le candidat dépasse 5 %. Or, les circonscriptions où un candidat dépassera les 5 % ne sont pas si nombreuses a priori. Le PCF compte sur une certaine marge que lui procurerait la notoriété de ses élus. L’extrême gauche, LCR comme LO, mise sur sa dynamique nationale mais elle sait aussi n’avoir jamais retrouvé aux législatives ses percées présidentielles. Les « bovétistes » tablent sur l’engagement militant. Mais à l’heure de faire les emprunts personnels, la prudence des candidats est de mise. Entre 10 000 et 15 000 euros : c’est une somme minimale. Pour les trois organisations, la situation est un peu différente. La LCR s’est tenue dans le budget des 800 000 euros remboursés pour la campagne Besancenot. Elle n’a pas besoin du financement public lié aux législatives pour éponger des dettes. Elle peut donc retrouver ses principes antérieurs : les candidats empruntent sur cinq ans et la LCR reverse année après année, au rythme du versement étatique, les sommes empruntées. Tout autre est la situation du PCF qui a besoin du financement de l’Etat aux partis pour faire vivre sa structure nationale (et aider les fédérations traditionnellement faibles : mais aujourd’hui elles sont très nombreuses). Pas de règle de redistribution systématique donc. Chaque fédération doit en principe assumer les frais d’une campagne. Difficile quand le résultat prévisible est inférieur à 5 %. Même difficulté : à moindre échelle : du côté de Bové, qui a dépassé de 200 000 euros le plafond des dépenses remboursées lors de la présidentielle.

Catherine Tricot

Paru dans Regards n°40, mai-juin 2007

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?