Accueil > Société | Par Emmanuel Riondé | 18 décembre 2009

Legré-Mante, liquidation confirmée et CRS en virée

La Cour d’appel d’Aix-en-Provence a confirmé, le 3 décembre, la liquidation judiciaire de l’usine marseillaise Legré-Mante. Quelques jours plus tard, les CRS ont investi le site qui était occupé par les salariés depuis l’été dernier.

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Combien de temps vont-ils encore tenir ? Les salariés de Legré-Mante viennent de recevoir la confirmation que leur lutte pour l’emploi dérange du monde. Et que, malgré la proximité des fêtes de fin d’année, aucun cadeau ne leur sera fait. La Justice, d’abord, a tranché. La mise en liquidation judiciaire de l’usine, le 24 juillet par le Tribunal de Commerce de Marseille, a été confirmée le 3 décembre par la Cour d’Appel d’Aix-en-Provence.

Petit rappel : l’été dernier, la décision du Tribunal de Commerce entraîne la mobilisation des salariés (12 sur les 48 licenciés) sur le site de cette usine implantée à Marseille, qui produit de l’acide tartrique. Côté direction, aucun plan social n’est conduit. Par contre, cette même direction fait tout, dans les semaines suivantes, pour écarter la proposition formulée par le groupe Orrion Chimie de reprise de l’activité industrielle (lire « Une usine à l’amer », Regards n°67 - décembre 2009 ) .

Depuis le début de la lutte, les salariés rappellent que de nombreux éléments plaident pourtant pour cette reprise. Leurs savoir-faire, transmis depuis des décennies sur le site (l’usine existe depuis 1784) sont reconnus : Legré-Mante est réputée pour produire un acide tartrique de qualité supérieure. Et sur le marché, la demande est réelle et les clients sont (presque) captifs puisque il s’agit de l’unique unité de production d’acide tartrique en France.

En fait, les salariés accusent la direction d’avoir volontairement laisser se dégrader l’outil de travail au cours des dernières années afin de se débarrasser de l’usine pour pouvoir revendre les 17 hectares de terrain sur lesquels elle est implantée. Des soupçons largement étayés par différentes pièces écrites (notamment une offre de rachat des terrains du Crédit Agricole immobilier datant de juin2007) qu’une main anonyme avait glissé dans leur boîte aux lettres en février dernier.

Les dirigeants de l’entreprise - la famille Margnat, des « pinardiers » argentés (La Villageoise, Vieux Papes, etc.) dont le fils Benjamin, Pdg de Legré-Mante, n’a pas répondu aux sollicitations de Regards - ont eux invoqués des problèmes environnementaux  » (le site, pollué, est implanté au cœur d’un vieux quartier du Sud de la ville) et des difficultés économiques  » face à l’émergence de la concurrence chinoise. C’est donc à leurs arguments que la Cour d’appel d’Aix s’est rendue en confirmant la décision du Tribunal de commerce. Renvoyant ainsi les 12 salariés de l’usine dans les cordes.

La préfecture, ensuite, a emboîté le pas. Car douze, c’est également le nombre de camions de CRS qui ont été envoyé sur place le lundi 14 décembre pour « reprendre » l’usine à ces dangereux ouvriers. On avait été prévenus par le mandataire, raconte Martial Eymard, représentant CGT des salariés. Le matin, on s’est mis au café en face et on les a vu qui venaient tourner en civil avant que les camions n’arrivent. Douze ! Le déploiement était d’autant plus impressionnant que pas un seul d’entre nous n’était à l’intérieur... On avait fermé le portail. Les CRS ont commencé à escalader mais comme on avait mis un peu de graisse sur les grilles, ça a un peu traîné... Cinq ou six ont quand même réussi, coupé la chaîne et ouvert la grille . »

L’usine est désormais « gardée » par une société mandatée par le commissaire priseur. Pour l’instant, l’usine, on la laisse, explique Martial Eymard qui, de toute façon, n’a pas vraiment le choix... Mais entre nous, les salariés, on reste en contact pour voir ce que l’on pourra malgré tout obtenir.  »

S’ils n’ont pas encore renoncé à un éventuel recours en cassation, ils ne se font plus guère d’illusions sur l’issue de leur lutte : Les Margnat sont trop épaulés politiquement. Le Préfet a laissé pourrir la situation et, la Mairie, on le sait, est impliquée dans le processus de cession des terrains. Clairement, la sauvegarde de l’emploi sur le site n’est pas du tout leur problème...  »

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