Accueil > économie | Par Simon Grysole | 3 janvier 2007

Les chiffres officiels du chômage : la grande mascarade !

Alors que l’Insee et le gouvernement osent annonçer que le pays ne compterait plus que deux millions de chômeurs, le collectif ACDC affirme que le chiffre réél est plus de deux fois supérieur. Autopsie d’une manipulation statistique de plus en plus grossière.

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Le 27 décembre, le gouvernement a annoncé une nouvelle baisse du chômage. Le nombre de demandeurs d’emplois en novembre 2006 serait tombé à 2 112 000, soit 8,7 % de la population active. M. Borloo a fait ses calculs : le chômage aurait baissé de 10 % sur les 12 derniers mois. Mais cette fois-ci, le traficotage mensuel des chiffres du chômage a été quelque peu bousculé. Un collectif appelé « les Autres Chiffres Du Chômage » (1) s’est créé et dénonce la non prise en compte d’au moins 2,3 millions de chômeurs dans les calculs gouvernementaux. La manipulation statistique étant si flagrante, l’ensemble de la presse s’est fait l’écho de ce chiffre.

Mais les pratiques visant à réduire fictivement ces chiffres ne datent pas des quatres dernières années, mais remontent au début des années 80, lorsque le taux de chômage grandissant devenait problématique à rendre public. La division des chômeurs en différentes catégories, la création de plusieurs dispositifs et des directives de l’ANPE, ont permis aux chiffres du chômage de ne pas atteindre les quatre millions de chômeurs pourtant bien réels depuis longtemps. Les gouvernements successifs useront de méthodes diverses et variées, pour diminuer un phénomène massif qu’ils ne peuvent ou ne veulent pas endiguer.

C’est ainsi qu’aujourd’hui, seuls les chômeurs de catégorie 1 sont pris en compte. Point. Les chômeurs en catégorie 2 et 3, recherchant un CDI à temps partiel ou un CDD, ne sont pas comptabilisés (soit 870 000 chômeurs). Idem pour les chômeurs des catégories 6 à 8, en activité réduite d’au moins 78 heures par mois (452 000), c’est à dire contraints d’accepter une mission d’intérim ou un CDD à temps partiel, faute de mieux. Les chômeurs de la catégorie 4, en formation, stage ou maladie, sont mis entre parenthèses (320 000). Selon le collectif ACDC, en se basant sur les propres chiffres de l’Insee, on est déjà à plus de 4 millions de chômeurs (en prenant en compte les différentes catégories). Et cela, alors que le nombre de radiations de l’Anpe s’est envolé. On comptait environ 5000 radiations de demandeurs d’emploi par mois en 1995, on est passé à 30 000 en 2005, et à 43491 en novembre 2006.

Mais il faut ajouter les chômeurs de plus de 55 ans, invités à ne plus rechercher d’emploi, et qui disparaissent donc des chiffres (ils sont 412 000 « dispensés de recherche d’emploi »). Mieux encore, les chômeurs des départements d’outre-mer n’existent pas dans les statistiques officielles : ils sont pourtant plus de 220 000 ! Ces dernières années, l’explosion du nombre de rmistes (1,3 millions aujourd’hui) a aussi permis de dégonfler le nombre de chômeurs, puisque 63 % d’entre eux ne sont pas inscrits à l’ANPE (soit 790 000). Pour finir, parmi les non-inscrits, on compte 25 % des salariés à temps partiels voulant travailler plus et 60 % des femmes au foyer qui souhaiteraient trouver un emploi, selon une enquête de l’Insee.

Au total, on passe allégrement la barre des 5 millions de chômeurs, quand le nombre d’offres d’emploi déposées à l’ANPE s’élève à 291 600 en novembre. Même si l’on estime que seule la moitié des offres sont enregistrées à l’agence (c’est pourtant obligatoire !), on est très très loin du compte. Pourtant, l’UNEDIC durcit régulièrement les conditions d’indemnisation (ils ne sont plus que 47 % des inscrits à l’ANPE à être indemnisés), et l’ANPE renforce les mesures de contrôle sur les chômeurs (avec notamment l’instauration récente du suivi mensuel). Plutôt que de créer des emplois, on supprime des chômeurs !

(1) Le collectif ACDC est initié par les associations Réseau d’Alerte sur les Inégalités (RAI), Agir ensemble contre le chômage (AC !), Le Mouvement National des Chômeurs et précaires (MNCP), le Réseau Stop Précarité, et les syndicats SNU-ANPE, SUD-ANPE et CGT-INSEE. Après la première conférence de presse donnée le 27 décembre, où le collectif a affirmé que la France compte au moins 4,4 millions de chômeurs, d’autres seront organisées ces prochains mois. Le 29 janvier 2007, la conférence de presse traitera des radiations et des pressions exercées contre les chômeurs.

Liens :

Pour des explications sur les « vrais chiffres » du chômage :

http://www.actuchomage.org/

http://www.bip40.org/

http://www.chomiste-land.com/

Les chiffres officiels pour novembre 2006 :

http://www.travail.gouv.fr/etudes-recherche-statistiques/statistiques/chomage/79.html

http://www.insee.fr/fr/indicateur/indic_conj/indconj_frame.asp?ind_id=16

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