Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 21 décembre 2010

Les Etats généreux du foot

En attendant de faire ses cartons et après avoir reçu officiellement un très bon « livre vert » sur les supporters (réclamant une plus grande concertation entre les différents partenaires, posture guère dans les moeurs gouvernementales actuelles), Rama Yade a paradé lors des Etats généraux du football qui se sont tenus, tout un symbole, à l’Insep (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance), dernier temple du service public du sport

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

. Ce ne fut certes pas la révolution d’octobre ni même l’abolition des privilèges de 1789. Car on ne réforme pas une oligarchie sans en modifier un tantinet la composition des « élites ». Et de ce point de vue, la Fédération française de football (FFF) a de nouveau fait le pari de la continuité des hommes. Domenech n’a même pas réussi, dans son échec, à entrainer le système avec lui...

Ainsi, au-delà des belles déclarations sur les valeurs, les clubs pros, représentés par la Ligue nationale de football (LNF), sortent largement gagnants, sans avoir en rien rendu des comptes pour leur lourde responsabilité dans la crise actuelle du foot et dans sa relation avec le public.

Les Bleus : qui ont si joyeusement piétiné les rêves « citoyens » et « humanistes » du football tricolore lors du Mondial : sont les « enfants gâtés » (et dans ce cas les parents sont toujours les vrais responsables) des centres de formation et des clubs français, voire européens, bien davantage que des associations de quartier qui ont vu éclore leur talent ou leur vocation. A bien décrypter l’ensemble des mesures, on a peut-être un peu hâtivement retourné l’échelle des responsabilités pour la balancer sur les faibles épaules d’un foot amateur (et de ses « élus ») pas toujours cohérent ni compétent, mais sûrement pas « seul » coupable.

La refonte de la désignation du président et de son équipe peut effectivement donner l’impression de dépasser enfin une « cooptation » aux allures « soviétiques ». De fait ce nouveau système : un comité exécutif de 12 membres choisi par l’assemblée fédérale (et non pas par les clubs comme le souhaitent les plus « radicaux ») : risque vite de rebasculer vers les anciens fondamentaux, faute d’alternative et de débat. Le goût du consensus et surtout la hantise de la contestation sont trop ancrés dans la culture du foot français pour disparaître simplement avec un ravalement de façade du mode électoral.

Dernier point, et non des moindres, le foot pro se voit attribuer au minimum une minorité de blocage, très rassurante devant toute crise future de fierté des amateurs, surtout quand l’heure des comptes de l’Euro sonnera. Des amateurs qui se sont en retour réjouis de voir l’aumône du foot pro pérennisée (2 % des droits télé), une dizaine de millions d’euros. C’est peu cher payé quand la LNF vient de braquer, avec l’accord de l’Etat, 150 millions sur le CNDS (censé subventionner le sport associatif) pour les futurs stades de l’euro 2016. Finalement les Etats généraux ont vraiment rempli leur rôle, à défaut de leur mission.

Nicolas Kssis

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?