Accueil > monde | Par | 28 novembre 2007

Les étudiants pakistanais mobilisent blogs et groupes Facebook contre l’Etat d’urgence

Le 3 novembre, l’état d’urgence est déclaré au Pakistan par le président Pervez Musharraf. Libertés limitées, interdiction de se regrouper et de manifester...la résistance est censurée. Seule issue possible : Internet. Déjouant le musellement des forces armées, les étudiants pakistanais s’organisent et forment progressivement une toile de résistance au fil des annonces-éclair, des forums et de blogs militants.

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Depuis l’annonce de l’état d’urgence, c’est un véritable mouvement de désobéissance civile qui se développe sur Internet, essentiellement mené par la jeunesse pakistanaise. Le blog Emergency Times (Le temps de l’urgence) voit le jour le 4 novembre et se déclare « Initiative indépendante d’étudiants pakistanais contre l’injustice et l’oppression ». Son créateur, Ammar, explique : « J’ai crée Emergency Times le 4 novembre. C’est devenu comme un pamphlet pour tout le campus. Quelques jours plus tard j’envoyais des copies par mail aux autres campus du pays avec des analyses de la situation et des commentaires que nous écrivions moi et mon équipe. Maintenant nous postons de nouvelles infos tous les jours. C’est un vrai travail quotidien. »

Les étudiants de l’université de Management Studies de Lahore, où Ammar fait ses études, sont à la tête d’une mobilisation qui dure maintenant depuis plusieurs semaines. Contournant les interdictions de rassemblements politiques, les manifestations à Islamabad, Karachi ou Lahore sont annoncées à la dernière minute sur les sites, les forums et les blogs militants. Les « rassemblements-éclair » qui durent 5 à 10 minutes permettent aux manifestants de se disperser avant l’arrivée de la police. Le 7 novembre, 1 000 étudiants ont défier la police dans les rues de Lahore. Le 14 novembre, ils étaient 3 000 à s’être réunit publiquement pour acclamer le joueur de cricket Imran Khan qui a appelé à la désobéissance avant de se faire arrêter par les forces de l’ordre.

Facebook, ce nouveau réseau social qui fait fureur sur la toile, a vu de nombreux groupes militants se créer durant le mois dernier. Le groupe « We oppose Emergency in Pakistan » compte désormais 13 800 membres. Son créateur, A.F.K, diplômé de Oxford et ancien élève à l’université de Lahore, explique comment les étudiants se mobilisent partout dans le monde : « Le groupe Facebook a au départ été crée pour organiser des manifestations en Angleterre par l’intermédiaire de plusieurs organisations étudiantes. Nous avons également lancé une pétition en ligne pour demander la restauration de l’Etat de droit. Nous attendions 10 000 signatures. Des pakistanais du monde entier ont rejoint le groupe et l’ont utilisé pour exprimer leur opinion, envoyer des vidéos de manifestations. A notre surprise, la pétition gagnait 3 signatures par minute ! » Aujourd’hui, la pétition (www.gopetition.com/online/15064.html) compte 16 500 signatures.

Les différents groupes Facebook permettent aux étudiants de débattre sur l’avenir du Pakistan, les partis politiques et la responsabilité des opposants au régime. Malik, sur le blog Emergencypk s’exprime ainsi : « D’abord la CIA génocidaire a mis « Bush-arrad » au pouvoir puis Richard Armitage, l’ancien sous-secrétaire chargé du terrorisme a téléphoné à « Busharraf » et lui a demandé de rejoindre le terrorisme américain en Afghanistan s’il ne voulait pas que le Pakistan soit à son tour bombardé » Les opinions les plus divers se confrontent, avec parfois des réactions assez violentes contre les Etats-Unis et le parti du peuple de Benazir Bhutto.

« Quand toutes les nouvelles chaînes ne sont plus que des écrans noirs, quand la presse écrite est sévèrement censurée, quand les médias émis et contrôlés par l’Etat sont les seules choses qui nous reste, vers quoi d’autre se tourner ? Le web était le seul média non censuré qu’il nous restait. » explique Ammar. Les étudiants sont devenus une force d’opposition indispensable aux côtés des juges et avocats engagés depuis plusieurs mois contre le régime. Mais il ne faut pas oublier que la plupart de la jeunesse pakistanaise habite les campagnes, sans accès à Internet. La cyber-résistance reste donc confinée à la population pakistanaise privilégiée, celle qui vit dans les villes ou à l’étranger.

Néanmoins, pour A.F.K, la résistance des étudiants a déjà fait beaucoup pour le futur du Pakistan « En quelques mois, la pression a atteint un tel niveau que le général Musharraf a accepté de rappeler Nawaz Sharif, l’un de ses anciens rivaux. Le pouvoir du peuple, et surtout celui de la jeunesse, ne peut pas être sous-estimé. » Ammar est également optimiste pour l’avenir de son pays : « Je vois un soulèvement de la société pakistanaise qui inaugure une nouvelle ère de prise de conscience sociale et politique. Je vois la création d’une démocratie, avec des médias et un pouvoir judiciaire indépendants, qui réellement donne du pouvoir au peuple. Beaucoup voient dans ces paroles un idéalisme fantasque. Mais en cette sombre période, ces rêves-là sont le seul carburant capable d’alimenter notre flamme... »

Naike Desquesnes

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