Accueil > N° 51 - mai 2008 | Par Marion Rousset | 1er mai 2008

Les FRANCAS : loisirs éducatifs

Relais important de l’éducation populaire, la fédération nationale des Francas est née en 1944. Son champ d’action : l’éducation hors du temps scolaire, à partir de formes collectives d’accueil et d’animation. Comment les jeunes participent-ils à ce mouvement ? Entretien avec Philippe Deplanque*.

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Qu’est ce que l’éducation populaire aujourd’hui ?** **Philippe Deplanque. L’éducation populaire n’est pas une idée neuve. Si elle a été moins mise en avant durant une vingtaine d’années du fait du développement de réponses institutionnelles aux besoins des populations (aide à la personne, loisirs, insertion, aide aux devoirs...), elle revient au goût du jour. Elle reprend, face aux problèmes que rencontrent les gens, et face à la limite d’un certain nombre de politiques publiques, une forme de modernité. Elle constitue depuis toujours, un levier dynamique pour faire émerger des demandes, des revendications, même si, paradoxalement, elle demeure souvent trop faible pour les porter avec efficacité. Beaucoup de définitions de l’éducation populaire existent. Pour moi, c’est d’abord la dimension éducative qui est centrale, l’éducation « non formelle », la dimension d’éducation au-delà de l’école. Attaché à cette première dimension, on trouve le terme « populaire » qui peut se lire de deux façons : le terme populaire peut tout d’abord renvoyer à « peuple », c’est-à-dire à tout le monde ; il peut aussi renvoyer à l’expression « plus défavorisés », et là, il ne vise qu’un segment de la population. Finalement, il y a sans doute un peu de ces deux dimensions dans la notion d’éducation populaire. Une éducation de tous par tous, du peuple par le peuple et en même temps visant à ne pas laisser les plus défavorisés sur le bord de la route. On a des objectifs de transformation, de mise en œuvre de projets pour les populations, avec ces populations. C’est une démarche volontariste et assumée, qui vise le développement de la citoyenneté active et le renforcement de la démocratie

Les jeunes s’engagent-ils dans l’action éducative ? Vers quels projets se tournent-ils ?** **Ph.D. Il est d’usage de le dire, « l’éducation est l’affaire de tous ». Pour autant, il reste très difficile d’impliquer tout le monde, chaque citoyen dans l’éducation. Il est au bout du compte plus facile de considérer qu’elle ne procède que des seuls enseignants ou animateurs dans la sphère publique, et des seuls parents dans la sphère privée. Or, pour qu’il y ait éducation, il faut l’action concertée de tous les éducateurs. J’observe depuis quelques années que la « mise en service » de l’éducation, la création d’une offre éducative sur le plan local à destination des populations a repoussé un peu plus la question de l’engagement dans l’éducation. Il y a sans doute plusieurs raisons conjoncturelles à cette forme de recul de l’engagement : lisibilité des causes, professionnalisation de l’action éducative hors l’école, recul du militantisme, aggravation des difficultés sociales... L’engagement des jeunes et plus largement de l’ensemble de la population, sur le plan local, constitue, à mon sens, un des moteurs indispensables du développement de la cité, pour plus de justice et de solidarité. Nous constatons, aux Francas, que les jeunes sont toujours d’accord et volontaires pour s’engager dans l’éducation. A ce propos, le forum Eduquer pour demain que nous tiendrons fin juin 2008 réunira plus de 2000 acteurs de l’action éducative engagés sur le plan local. Concrètement, les jeunes se tournent bien sûr vers l’encadrement d’activités qui aujourd’hui ne sont pas encore gérées que par des professionnels ou des services marchands, notamment des activités d’accueil éducatif, des clubs de jeunes etc. Ils s’engagent aussi dans l’animation du débat éducatif local, avec d’autres jeunes ou avec des élus. Ils s’impliquent par ailleurs dans l’animation de la cité : fêtes, rassemblements, festivals... Enfin, les jeunes s’engagent aussi dans des activités plus normées comme l’accompagnement scolaire des publics en difficulté, dans des projets de solidarité sur le plan territorial mais aussi international.

Sont-ils moteurs de transformation sociale ?** **Ph.D. Je pense qu’intrinsèquement, l’engagement des jeunes dans l’éducation est porteur de transformation sociale car il n’est pas neutre. Il vise à transformer des individus en les laissant maîtres de leur avenir. Il modifie les rapports entre les gens, leurs rapports à la cité, aux actions collectives. Il leur permet de modifier leur place dans la cité, de pointer des questions qui sont délicates ou qui font débats, qui révèlent parfois des injustices ou des incohérences. Il leur permet d’argumenter, de conduire des réflexions, enfin, de porter collectivement des demandes, des revendications. En cela, leur engagement participe de l’exercice et du développement d’une citoyenneté réelle vivante.

Propos recueillis par Marion Rousset

Paru dans Regards , numéro spécial, mai 2008

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