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Accueil > monde | Entretien par Sabrina Kassa | 8 mars 2011

« Les Frères musulmans ne font plus rêver »

Trois questions à Stéphane Lacroix - Maître de conférence à Sciences
Po Paris, spécialiste de l’Arabie
Saoudite et de l’islamisme,
Stéphane Lacroix, explique que
« la référence islamique a disparu
comme référent politique
 ».

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Sommes-nous dans une révolution post-islamiste ?

Stéphane Lacroix  : Sans aucun doute. En Tunisie et
en Egypte, nous sommes dans
une contestation qui dépasse de
loin l’islamisme. Les islamistes
eux-mêmes disent occuper une
place secondaire dans le mouvement,
même si leur participation
a eu un rôle significatif dans
le changement d’amplitude de
la mobilisation en faisant venir
des centaines de milliers de
personnes. Mais ils ont perdu
l’initiative, ces contestations sont
menées par des mouvements
de jeunesse, des gens déçus
par la vie politique actuelle en
Egypte et par l’islamisme.

Quelles sont les raisons de cette déception ?

S. L.  : Elles sont multiples. Les Frères
musulmans se sont laissés
prendre au jeu du pouvoir qui
consiste à participer à la vie
politique dans un système autoritaire
semi-ouvert. Du coup, ils
sont apparus comme une opposition
molle qui rendait davantage service au pouvoir que le
contraire en participant à une
mascarade. Alors qu’ici on les
voit comme des idéologues et
des jusqu’au-boutistes, là-bas,
ils sont perçus comme des politiciens,
presque des politicards.
Les Frères musulmans ne font
plus rêver, voilà tout.

Sommes-nous dans une transformation de l’islamisme ou dans un après-islamisme ?

S.L.  : C’est une bonne question.
Longtemps, le post-islamisme
percevait ces modifications
comme une évolution progressiste
de l’islamisme, mais
aujourd’hui on peut se demander
si nous ne sommes pas
dans l’après-islamisme, car la
référence islamique a disparu
comme référent politique,
même si l’islam est très présent
socialement et que la société
est conservatrice. On assisterait
ainsi à une sécularisation de la
religion. Les Frères musulmans
n’ont toutefois pas disparu, on le
voit bien, mais ils sont actuellement
déchirés en leur sein.
Une fracture générationnelle a
lieu avec une nouvelle garde
ouverte sur les autres et le
monde (type social-démocratie
locale) face à une vieille garde,
plus idéologique, qui a toujours
les rênes du mouvement et suit
la contestation, mais de loin.
La révolution a pu aussi avoir
lieu grâce à l’affaiblissement
des Frères musulmans. Sans
ça, les jeunes n’auraient pas pu
construire ce soulèvement.

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