Accueil > politique | Par | 1er février 2007

les invités de la rédaction : Georges Debrégeas et Thomas Lacoste pour une Autre Campagne

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Georges Debrégeas est Physicien au CNRS, militant à l’association Sauvons la recherche.

Thomas Lacoste est Écrivain et éditeur, président et fondateur de l’association et de la revue Le Passant ordinaire.

Des mots aux faits

L’Autre Campagne propose des contributions originales issues du monde social : syndicats, associations, mouvements : et intellectuel. Le but : reformuler les questions de la campagne officielle.

La prochaine élection présidentielle pourrait bien voir l’aboutissement en France de la « révolution conservatrice », cette doctrine qui allie idéologie néolibérale et pratique autoritaire du pouvoir. Si un tel scénario est aujourd’hui possible, c’est que le parti de Nicolas Sarkozy ne trouve face à lui qu’une gauche éclatée dont une large partie a perdu tout contact avec les catégories populaires qu’elle est censée défendre.

Cette perspective est d’autant plus inacceptable que le rejet de la politique gouvernementale ne cesse de croître depuis plusieurs années. Il s’est exprimé dans une série de luttes sociales, de la défense des retraites au mouvement dit « anti-CPE », dans la campagne menée autour du référendum sur le traité constitutionnel européen, ainsi que dans la myriade de mouvements sectoriels qui ont marqué la décennie. En s’ancrant explicitement sur le terrain local : l’opposition à l’expulsion d’un enfant d’immigrés dans une école de quartier, à la fermeture d’un hôpital ou d’un bureau de poste dans une commune : ces luttes ont permis une large prise de conscience des dégâts irrémédiables causés par ces politiques régressives. Ces résistances se sont accompagnées d’un renouveau des pratiques militantes et syndicales à partir desquelles ont été élaborées de véritables propositions politiques.

Construction alternative

La plupart des militants qui animent ces mouvements s’accordent à reconnaître que leurs luttes ne pourront aboutir sans l’élaboration d’un projet de société global, capable d’articuler avec rigueur les multiples dimensions, sociales, économiques et culturelles de leurs exigences. Plusieurs initiatives, dont les forums sociaux, Attac et la Fondation Copernic restent à ce jour les plus marquantes, se sont attelées à cette tâche en s’appuyant sur un réseau militant qui s’est renforcé à l’occasion de la campagne référendaire de 2005. Mais la transformation de ces projets en force politique se heurte à deux difficultés. D’une part, la question du débouché politique et de la participation à des échéances électorales aiguise les contradictions et comporte des risques d’éclatement d’une construction politique encore récente. D’autre part, en dépit de la qualité incontestable des travaux menés, ces initiatives n’ont pas pu imposer pleinement le débat autour de leur alternative au-delà des cercles militants traditionnels. Ce manque de visibilité n’a pas permis de transformer le rejet massif des politiques actuelles, notamment dans les couches sociales les plus défavorisées, en un soutien actif large à ces alternatives.

Des termes détournés

Par contraste, le modèle politique néolibéral a su imposer depuis plusieurs décennies un cadre de pensée dont la simplicité et la cohérence apparentes permettent de créer une forme d’adhésion immédiate. De façon perverse, le projet néolibéral s’est approprié les termes traditionnellement et symboliquement associés à la gauche tels que réforme, progrès ou liberté, parvenant même à aspirer les propositions issues de la gauche tout en les détournant et les vidant de leur sens : ainsi la droite peut-elle aujourd’hui prétendre intégrer à son programme la discrimination positive, le développement durable, la sécurité sociale professionnelle ou, plus récemment, le droit au logement opposable. Cette pensée dominante s’est construite avec la complicité d’institutions de pouvoir, de clubs de pensée, et de la majorité des médias qui ont contribué à étouffer toute critique radicale du système politique et économique en place.

Reformuler les questions

L’Autre Campagne est née du refus de cette confiscation de la parole dans un moment qui apparaît décisif pour l’avenir du pays, mais aussi de la gauche. Plutôt que d’accepter les termes du débat imposés par les partis dominants, il s’agit de construire la confrontation politique sur la base des multiples expériences, analyses et propositions issues du monde social et intellectuel. Au fondement de cette démarche, il y a la conviction que c’est la mise en valeur de ces paroles singulières, relayant des expériences concrètes, qui rendra incontournable la pertinence du projet social et politique dont elles sont porteuses, et exposera par contraste la vacuité et les fausses évidences du programme néolibéral.

L’Autre Campagne n’est pas Autre parce qu’elle traite de questions distinctes de celles que prétend aborder la campagne « officielle », mais parce qu’elle se propose de les reformuler en faisant de la description des situations vécues, de leur analyse, la base de l’engagement et de l’invention de réponses politiques. Ce faisant, elle reconnaît explicitement la nécessité de traiter avec la même rigueur et le même respect des formes variées d’expertise, militantes, syndicales, associatives, intellectuelles, tout en les enjoignant à produire des propositions politiques pour aller au-delà du simple constat et de la dénonciation des politiques actuelles. Elle entend aussi contribuer à une réappropriation du langage politique qui redonne un sens aux idéaux communs de la gauche (réforme, progrès, solidarité, universalisme, égalité) par leur traduction concrète sur le terrain.

Contributions

L’Autre Campagne rassemble aujourd’hui une centaine de contributions originales issues du monde social : syndicats, associations, mouvements : et intellectuel. Chacune d’entre elles explicite une proposition, de la politique internationale à la souffrance au travail, de la réforme institutionnelle aux politiques familiales. Le livre L’Autre Campagne, publié en janvier aux éditions La Découverte, réunit 80 de ces textes. Mais l’intégralité de ces contributions est également librement disponible sur le site afin que chacune d’entre elles puisse être débattue avec les auteurs, les lecteurs et internautes.

Ces propositions, et celles qui viendront enrichir l’initiative, ont pour vocation à être reprises, débattues, réinvesties. Il s’agira, à partir de cet inventaire raisonné et non exhaustif, de donner une force collective à des pensées et des pratiques séparées. Par ce regroupement, il crée un précédent qui autorise de nouveaux agencements afin de contribuer à un déplacement du débat politique. Dans cette optique, la présidentielle peut constituer une occasion de faire d’une échéance peu démocratique le point de départ d’une nouvelle donne à gauche pour les élections et les années à venir. G.D. et T.L.

L’Autre campagne, éd. La Découverte, 300 pages, 14 e. L’Autre Campagne est une initiative coordonnée par un collectif éditorial constitué d’une dizaine de militants associatifs, éditeurs et chercheurs. L’ensemble des informations est disponible sur le site www.lautrecampagne.org/. La première rencontre publique de L’Autre Campagne « Dé-posséder : Limites et alternatives à la propriété privée » se déroulera le samedi 10 février au ministère de la Crise du logement social, immeuble récemment « réquisitionné » par plusieurs collectifs, et situé au 24, rue de la Banque, Paris 2e.

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