Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 1er mars 2008

Les municipales de tous les dangers

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« Le sport est né à la ville et de la ville », dixit l’historien Maurice Crubellier. De fait, il demeure toujours une pratique culturelle essentiellement urbaine accompagnant les mutations de l’environnement citadin. Voilà pourquoi la municipalité se révélera la première institution de la République à jouer un rôle concret dans le développement et la démocratisation des activités sportives. Une autre raison s’établit en creux. Face à la faiblesse de l’investissement de l’Etat, les villes vont construire stades et gymnases, accordant des subventions et, évidemment, utilisant les associations sportives comme des relais de leur emprise locale. L’engagement progressif de l’Etat sous le gaullisme triomphant va réajuster la répartition des tâches, sans jamais toutefois décentrer complètement l’axe d’implantation fondamental du sport : la localité.

Si le degré de soutien d’une mairie à la cause sportive ne peut se mesurer uniquement à l’aune des clivages partisans, les municipalités ouvrières, dès 1913, se montrèrent particulièrement à la pointe, notamment en banlieue parisienne. Leur action naviguait déjà entre une « banlieue noire » des taudis et des usines, la banlieue des combats revendicatifs, et une « banlieue verte, lieu et moyen d’un nouvel équilibre entre le corps, le travail et le logis, entre l’individu et la famille, bref une conquête, ou pour le moins une aspiration populaire », selon les mots d’Alain Faure.

Par la suite, le fameux communisme municipal se caractérisa par son souci de la question sportive (le cas exemplaire de Georges Marrane à Ivry), notamment en termes d’équipements, avec une relation étroite avec les clubs dits travaillistes. Ainsi à Villejuif, le baptême du stade Karl-Marx en 1934 s’effectua devant près de 6 000 « travailleurs » et en présence de Jules Ladoumègues. Paul Vaillant-Couturier présenta cette réalisation comme l’illustration de « ce que peut amener un régime ouvrier pour les besoins de la classe ouvrière ». Après quoi « il remit le stade aux travailleurs ».

Les socialistes, dans des villes comme Pantin ou Roubaix, sauront également répondre aux aspirations nouvelles de la population. A droite, par exemple à Lyon, certains maires comprendront parfaitement le poids grandissant des loisirs dans la société française, utilisant à merveille la carte de la notabilité par le muscle. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs si, dès qu’ils reprenaient une mairie « aux rouges », les nouveaux édiles de droite s’attachaient à reprendre le mouvement sportif associatif en main (on a pu le voir aussi dans le 20e arrondissement de Paris, avec l’attitude de Didier Bariani, arc-bouté sur le Paris FC face à la nouvelle majorité « gauche plurielle » de l’arrondissement).

Ces dernières années, les choses se sont sensiblement compliquées et une menace sérieuse plane sur le modus vivendi du sport amateur (quid de l’avenir des clubs locaux confrontés aux sollicitations de plus en plus pesantes : dont dépend l’attribution des fonds du CNDS : de l’accompagnement éducatif, les détournant de leur vocation initiale). Et les élections municipales à venir n’en seront qu’un des épisodes supplémentaires. L’Etat, dont Nicolas Sarkozy avait promis qu’il consacrerait 3 % (nous en sommes à moins de 0,4 %) de son budget au sport, semble surtout soucieux de se concentrer sur le haut niveau et les installations de prestige. Avec des régions pour l’instant en retrait bien que lourdement chargées, les municipalités se retrouvent de nouveau, comme aux temps pionniers, rameutées pour colmater les brèches. Enfin que reste-t-il du modèle du communisme municipal et de sa politique sportive ? Les avancées et les reculs permettront également de le mesurer, surtout dans la perspective du maintien d’un service public du sport garantissant la diversité associative et le libre accès du plus grand nombre à la pratique sportive. N.K.

Paru dans Regards n°49, Mars 2008

Politique au stade

Si le mouvement sportif et notamment le CIO aiment à signaler qu’ils se veulent apolitiques, cet ouvrage collectif permet de mesurer l’importance de la prégnance des implications partisanes ou idéologiques, de la simple course de régate à la fin du XIXe siècle jusqu’aux Olympiades populaires de Barcelone en 1936, sans oublier évidemment les coupes du monde de football ou encore la décolonisation en Tunisie. Un panorama qui démontre à quel point le sport permet de comprendre l’histoire tout autant que l’inverse.

André Gounot, Denis Jallat et Benoît Caritey [dir.], Les politiques au stade. Etude comparée des manifestations sportives du XIXe au XXe siècle, Presses universitaires de Rennes

Contre Pied

Un petit coup de chapeau à la revue ContrePied, éditée par le centre « EPS et société » du SNEP, qui fête ses dix ans d’existence. Un titre qui défend l’articulation nécessaire entre le monde de l’éducation physique et les débats de société, en essayant d’y apporter le double éclairage des questionnements professionnels et de l’expertise extérieure. Une démarche à saluer à l’heure où de réelles inquiétudes pèsent sur la place de l’éducation physique dans le système scolaire.

La revue Contre Pied, www.contrepied.net

Gradins de foot

Enfin, pour tous ceux qui regardent davantage les gradins que ce qui se passe sur le

terrain, et au vu du niveau du foot français on peut les comprendre, signalons Culture tribunes, petit et agréable magazine consacré au monde des ultras. A côté des photos de tifo (animations organisées par les supporters), on ressent aussi le profond malaise de ces derniers mohicans du football populaire, surtout à l’heure où il ne sera bientôt plus possible d’accéder gratuitement aux images de la L1 (cf. les attributions de tous les droits télé à Canal + et Orange) et où, en Angleterre, on parle de délocaliser une journée de championnat en Asie.

Culture Tribunes, n°5, en kiosque, www.culturetribunes.fr/

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