Accueil > N° 4 - novembre 2010 | Par Catherine Tricot | 13 novembre 2010

Les visages de la révolte (2) - Intersyndicale, l’unité malgré tout

Atones les Français ? Face à un gouvernement inflexible, ils ont battu le pavé. Dans les entreprises et dans la rue, nous leur avons donné la parole. Le sentiment d’injustice et l’exaspération ont dépassé le seul enjeu des retraites

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René Mouriaux, historien, auteur de nombreux ouvrages sur le syndicalisme français, revient sur les mouvements sociaux depuis l’élection de Nicolas Sarkozy .

« Entre 1995 et 2007, nous avons connu douze ans de mouvements sociaux : chaque victoire a fini par se transformer en défaite. Ce sont des années de recul syndical, de faiblesse de la gauche qui perd trois élections présidentielles de suite. La gauche plurielle elle même ne convainc pas. 2007 ouvre une nouvelle page. Nicolas Sarkozy se veut homme de rupture. Il est le héros de la révolution conservatrice made in France. Son quinquennat a connu plusieurs temps.

L’arrogance

Du 6 mai 2007 (jour de son élection) à mars 2008, il est agressif et arrogant. C’est à cette date qu’il se moque des luttes et dit qu’il n’y aura plus en France de grève visible.

La division syndicale

Succède à cette offensive de premiers revers pour le pouvoir qui ne suscitent pas de poussée du mouvement social, notamment du fait de la division syndicale au sujet de la loi de 2008 sur la représentativité : la CGT et la CFDT s’opposent à tous les autres syndicats.

Les illusions

La troisième phase est celle des débuts de la crise financière mondiale. Elle va du discours de Toulon (fin 2008) au sommet de la crise à Pittsburgh (septembre 2009) : Nicolas Sarkozy surfe sur la situation. Il donne l’impression de travailler à la défense de l’économie française. Il préside l’Union européenne et réclame une régulation des marchés, la refonte du système monétaire international. Mais déjà Obama le reçoit fraîchement. Cet accueil signe l’arrêt de son rayonnement international.

L’offensive syndicale

Début 2009, les syndicats appellent à de grandes manifestations contre la crise et rédigent une plateforme revendicative très large mais un peu floue, «  la plus vaste depuis dix ans  » selon Maryse Dumas de la CGT. Les appels à manifester sont très suivis. Mais la plateforme n’est pas reprise par la rue et, très vite, l’intersyndicale s’essouffle. FO claque la porte. L’époque est celle des revers électoraux pour le pouvoir, aux européennes et aux régionales.

La contre-offensive sécuritaire et l’austérité

Cette dernière phase, la nôtre, commence au lendemain des régionales (mars 2010). Elle est marquée par le discours de Grenoble (le 30 juillet) et le lancement non prévu de la réforme des retraites. L’intersyndicale redémarre, avec cette fois une continuité malgré des désaccords stratégiques et tactiques. L’engagement de chaque syndicat est à géométrie variable. De fait, il règne une certaine indétermination sur les objectifs du mouvement : l’intersyndicale ne réclame pas le retrait mais ne formule pas non plus de contrepropositions. Elle se contente de réclamer « une réforme juste ». Le caractère interprofessionnel et l’objectif transversal sont une force du mouvement. Mais pour gagner, il manque une structuration nette autour d’un axe fort dont bénéficiaient d’autres mouvements (cheminots, enseignants...) et d’une capacité de blocage. Certains pensent que la prochaine manche se jouera en 2012... »

Propos recueillis par Catherine Tricot

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