Accueil > monde | Entretien par Anne-Claire Gras | 30 juin 2012

« Lopez Obrador essaie de se tourner davantage vers les milieux populaires »

A la veille de l’élection présidentielle au Mexique, Hélène Combes, chargée de recherche au CNRS, spécialiste des partis et mouvements sociaux en Amérique latine et auteur de Faire parti. Trajectoires de gauche au Mexique (Paris, Karthala, printemps 2011) fait le point sur l’état de la gauche mexicaine.

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Regards.fr : Le mouvement étudiant de constestation « #Yosoy132 » peut-il faire gagner le PRD ?

Hélène Combes : Je crois qu’il faut être prudent sur la possibilité de changer le cours de l’élection. Certes, via le mouvement « #Yosoy132 », on observe une politisation des étudiants des universités privées, issus pour la plupart des classes les plus aisées et peu enclins traditionnellement à un intérêt pour la chose publique. C’est aussi la première fois qu’émerge une mobilisation étudiante nationale, réunissant des représentants d’universités publiques et privées. Le mouvement dénonce le monopole de la télévision mexicaine, tenue par deux groupes dont les propriétaires figurent dans la liste des hommes les plus riches au monde. En cela, il rejoint les revendications, déjà anciennes, de López Obrador. Mais malgré cette convergence, il se définit comme « anti-PRI », et non en faveur du PRD.

Regards.fr : Quel programme a défendu le candidat du PRD Andrés Manuel López Obrador au cours de cette campagne ?

Hélène Combes : De façon générale, López Obrador a fait de la lutte contre la pauvreté et pour le pouvoir d’achat des milieux populaires sa priorité. Cela passe notamment par la lutte contre les monopoles, qui contribuent à faire grimper les prix, de l’eau en bouteille en passant par les médicaments ou le pain. Son programme est aussi axé autour de la défense des services publics et de la compagnie pétrolière nationale. Face au développement du narcotrafic, il propose des politiques sociales universelles et une stratégie éducative forte. Une préoccupation à laquelle il a répondu en tant que maire PRD de Mexico, de 2000 à 2005, avec la création d’une université et de lycées publics, ou encore la mise en place d’un système de retraite universel pour les plus de 70 ans... Quand on regarde ça depuis la France, on peut considérer qu’il a mené une politique de gauche modérée. Mais pour le Mexique, c’était déjà une petite révolution !

Regards.fr : Quel est l’électorat traditionnel du PRD ?

Hélène Combes : Le PRD, fondé en 1989, a toujours été présent dans les zones rurales du centre et du sud du Mexique. Il est aussi très enraciné à Mexico, où il rassemble aussi bien classes populaires et classes moyennes, notamment les étudiants des universités publiques. Depuis l’élection de 2006, López Obrador a souhaité se tourner davantage vers les milieux populaires, au-delà de Mexico. Le nom qu’il a choisi pour son mouvement, « Morena », fait d’ailleurs référence aux personnes à la peau mate. Dans un Mexique où la classe et l’appartenance ethnique, bien souvent, se superposent et où la société est extrêmement clivée, il a ainsi donné un signe très fort. Pourtant, les choses ne sont pas aussi monolithiques. Le PRI est quant à lui très bien implanté dans les grandes banlieues populaires autour de Mexico, où le parti fait un travail de proximité important. Or ce sont ces municipalités et leurs 14 millions d’habitants qui peuvent faire gagner (ou perdre) la présidentielle.

Regards.fr : La candidature de López Obrador était-elle évidente au sein de la gauche ?

Hélène Combes : Pas du tout. Dès les résultats controversés de 2006, López Obrador a fait le choix de la mobilisation, notamment en organisant un campement géant dans la capitale puis en créant un « gouvernement » parallèle. Ce n’a pas plu au courant modéré du PRD. L’opposition a duré pendant quatre ans, jusqu’à mettre sur la table sa sortie voire son exclusion du parti. Entourés de ses douze « ministres », López Obrador a organisé, entre 2007 et 2010, une tournée de toutes les communes du pays. Cette initiative a remporté un très fort succès populaire, qui lui a permis de s’imposer une nouvelle fois comme candidat.

Regards.fr : Les zapatistes du sous-commandant Marcos ont-ils définitivement quitté l’arène politique mexicaine ?

Hélène Combes : Après la révolte de 1994, des figures du PRD ont été des compagnons de route du zapatisme. A partir de 1997, cette relation s’est distendue. Le divorce est vraiment intervenu lors des élections de 2006 : le sous-commandant Marcos a appelé ses sympathisants à boycotter l’élection. Quel que soit le bilan que l’on fasse de l’élection de 2006 (fraudes ou pas fraudes), il n’a manqué que 243 000 voix à López Obrador pour remporter la victoire, peut-être celles de ces sympathisants zapatistes... Plus généralement, le sous-commandant Marcos a perdu ce qui faisait son originalité, c’est-à-dire le soutien d’une gauche mexicaine extrêmement variée, via notamment l’appui de grands intellectuels. Aujourd’hui, ces figures se sont massivement retrouvées au côté de López Obrador.

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