Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 8 novembre 2010

Lutte antidopage : la fin des illusions

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La démission de Pierre Bordry de la présidence de l’Agence française de lutte contre le dopage a fait l’effet d’une bombe dans le petit monde sportif. Ce « haut-fonctionnaire » à l’ancienne avait investi sa mission avec une rigueur et un goût de l’indépendance qui avaient finalement forcé le respect des plus sceptiques. Sa retraite précoce, accompagnée de nombreuses interviews dépitées qu’il accorde depuis, démontre malheureusement en retour que ce combat se heurte toujours aux même obstacles. Y compris au plus haut sommet de l’Etat, puisque Nicolas Sarkozy, grand amateur de football et de cyclisme, s’est personnellement engagé à protéger la grande boucle et le pensionnaire de l’Elysée a reçu à sa table un Lance Armstrong fortement soupçonné (pour rester prudent) de prise d’EPO.

Car la lutte contre le dopage s’apparente finalement de plus en plus à une farce hypocrite. «  Laissez moi tranquille, tout le monde se dope  », clamait déjà en son temps Jacques Anquetil. Le dopage s’insère de fait, et depuis toujours, au coeur d’un système sportif porté par l’esprit de compétition et le souci impératif de la victoire ou de la performance. Pour rappel, le vin Mariani, à base de feuilles de coca, lancé en 1863, très prisé par Jules Verne ou Auguste Rodin, fut alors surtout présenté en Angleterre comme le breuvage des athlètes. De fait, la respectable et très morale « lutte contre le dopage », sert d’abord à protéger une illusion en sanctionnant quelques seconds couteaux et le reste des affaires s’évaporent en querelles juridiques, débats d’experts et « contamination en toute bonne foi », comme Contador shooté a son insu par de la viande rouge.

Il reste encore à savoir quel est l’enjeu politique de cette croisade éthique. S’agit-il de garantir au public (ou du moins de lui faire croire) que son spectacle sportif est bel et bien réalisé sans « trucage » ? Ou sommes-nous aussi confrontés à un véritable problème de santé publique, vue la pénétration de certaines pratiques dans les plus petits niveaux amateurs ? Avec les nocives conséquences que l’on sait pour les principaux concernés : les joueurs de football américains affichent une espérance de vie de vingt ans inférieure à la moyenne et, toujours aux Etats-Unis, 11 % des garçons prendraient régulièrement des stéroïdes. Il suffit, chez nous, de compter le nombre d’anciens sportifs qui hantent des centres de désintoxication, dont certains leur sont parfois réservés.

L’explication d’une telle réalité massive doit peut-être se rechercher au-delà du seul champ sportif. Comme l’explique fort bien d’ailleurs la sociologue Isabelle Quéval : «  On ne peut évoquer le dopage sportif sans évoquer le dopage social massif qui se généralise, depuis les consommations les plus anodines (mais néanmoins addictives) de produits vitaminés, d’aliments enrichis, d’alicaments ou de compléments alimentaires de toutes sortes, jusqu’aux véritables toxicomanies médicamenteuses, en particulier liées aux psychotropes . »

Nicolas Kssis

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