Accueil > Société | Par Cécile Raimbeau | 1er octobre 2007

Ma petite entreprise

En Espagne, des immigrés créent leurs emplois dans l’économie sociale. Aux entreprises capitalistes classiques, ils préfèrent les coopératives ou leurs cousines, les sociétés de travail, s’assurant en famille des emplois stables. Reportage à Barcelone.

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Mariana et Christian ont peu d’instants de relâche derrière leur vitrine à l’enseigne catalane Cubi Viatges. Quand il n’est pas au téléphone, ce couple d’Equatoriens reçoit un compatriote projetant son retour au pays en avion. A la nuit tombée, on les voit encore calculer le montant des assurances et des commissions sur les billets. Ces immigrés n’ont pas choisi la solution de facilité : « Les étrangers montent généralement des affaires plus simples qu’une agence de voyages » , remarque Mariana qui a préféré réaliser son rêve.

Ces Latinos de 29 et 31 ans ont débarqué à Barcelone il y a six ans. « Nous étions sans travail, sans argent, sans papiers ! » , résume Christian. Lui avait occupé au pays un poste de cadre dans l’import. Elle, un emploi de comptable dans l’administration. Leurs atouts : ils étaient hispanophones, armés de motivations et d’un diplôme universitaire. Mais nombreux sont les immigrés latinos dans la même situation. « Nous avons trouvé des petits boulots au noir, puis des emplois déclarés dans le secrétariat » , se souvient Christian qui rêvait de mieux. « Au moins, nous avons pu régulariser nos papiers ! »

Que faire sans crédit ?

Il y a deux ans, leur dernier contrat de travail est rompu. Ils sont licenciés. « On voulait avoir notre propre entreprise, être maîtres de nos horaires, de nos salaires. C’était une occasion » , avance Mariana. Ni une, ni deux, le couple se lance dans ces interminables démarches qui découragent les hésitants. « Tout est compliqué pour des étrangers, même avec des papiers et un permis de travail. Que faire sans capital ? »

En Espagne, comme en France, les créateurs d’entreprise immigrés rencontrent des difficultés dans l’accès au crédit bancaire. C’est pourquoi nombreux se tournent vers le microcrédit. Mariana trouve, elle, sa solution à la Fesalc, la Fédération catalane des sociétés de travail. L’organisme fédère ce que les Espagnols appellent les sociedades laborales, des entreprises sociales d’actionnariat salarial. Bien que le droit de vote y dépende du nombre de parts détenues, leurs principes restent proches de ceux des coopératives : « S’il peut y avoir des actionnaires extérieurs, les salariés sont détenteurs majoritaires du capital et nul ne peut posséder plus d’un tiers des parts » , explique Amadeo Ibarz, économiste de la Fesalc, devenu tuteur de Cubi Viatges.

Coopératives

Ce spécialiste va convaincre les Equatoriens. Avec le modèle d’entreprise qu’il leur présente, ils peuvent tous deux capitaliser en associant des amis ou des membres de la famille. Qui plus est, ils vont bénéficier d’une mesure de soutien aux chômeurs créateurs de coopératives : le « pago unico », « paiement unique ». Amadeo précise : « Il s’agit du versement d’un seul coup et de façon anticipée de la totalité de l’assurance chômage à laquelle le chômeur (espagnol ou pas) aurait droit (en moyenne environ 10 000 euros). La condition : placer cette somme au capital d’une coopérative ou d’une société de travail. » En Espagne, environ 25 000 coopératives et 20 000 sociétés de travail représentent plus de 440 000 travailleurs dont 9% sont des associés étrangers. Ces derniers peuvent créer ce type d’entreprises avec un permis de travail basique sans besoin d’obtenir celui d’indépendant qui prend au moins six mois.

Epaulés par la Fesalc, Mariana et Christian se décident pour une Société de travail à responsabilité limitée. Le taux de survie à trois ans de ces micro-entreprises sociales est de 67%. Composées en moyenne de trois associés, elles sont souvent dotées d’un capital familial, détenu à 40% par des femmes. Pour des immigrées, c’est une chance d’être intégrées au projet du mari. Une fois la société créée, ils peuvent aussi tenter d’ouvrir le capital à des parents, déguisant un regroupement familial.
« Avant tout, fidéliser la clientèle ! » , freine le couple, effrayé par la concurrence d’Internet. Si leur agence venait à couler, toutefois, ils ne devraient rien à personne : l’aide à fonds perdus pour capitaliser est perçue comme un droit.

C.R.

Paru dans Regards n°44

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