Accueil > Société | Par Jackie Viruega, Marie Marquès | 1er octobre 1999

Ma ville, la tienne, la nôtre, la leur

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Enquête sur la villeLe ghetto nous guette-t-il ? C’est la crainte d’une majorité de citadins, très visible dans la consultation publique "habiter, se déplacer, vivre la ville" (voir encadré) menée cette année à Perpignan, Orléans, Lille, Dijon, Lyon, Nîmes. Le "zoning", ce cloisonnement fonctionnel et social de la ville accompagnant son étalement géographique, est perçu par la grande majorité des habitants comme le résultat d’erreurs du passé, qui méritent des correctifs.

Au regret des Orléanais qu’on ait "mis les étudiants dans une réserve" (à la périphérie) sans bus en nombre suffisant "pour aller au centre", répond le constat poétique d’un Dijonais : "Pour tisser le centre et les banlieues il faut deux fils, et les croiser, pas seulement les juxtaposer". Et aux inquiétudes des Nîmois "On a laissé grandir ces cités celles de la ZUP sans penser à la fracture qu’elles allaient engendrer", fait écho le souhait de solidarité des Lillois, seule voie à leurs yeux face à la métamorphose rapide de leur ville et de sa métropole.

Constater les déchirures du tissu social n’est en rien une nouveauté. Ce qui l’est, en revanche, c’est la demande, adressée aux élus et aux politiques, de réparation, de "retissage" du lien entre les générations, entre les communautés, entre les activités. Est-ce étonnant, au moment où des voix mettent en garde contre "l’entre-soi" (social, ethnique, religieux) porteur de repli identitaire et de tentation communautariste ? Pour André Campana et Jean-Charles Eleb, qui ont organisé la consultation dans les six villes, "la demande de séparation est le fait de 10 % à 20 % de la population. Ce pourcentage peut monter à 40 % en temps de crise aigüe. Mais une majorité est en train de se constituer, qui craint tout phénomène de ghetto et revendique le lien social".

La rupture du lien avec l’autre, une des causes de l’insécurité

Non seulement le discours sécuritaire est peu répandu mais la rupture du lien avec l’autre est analysée comme la cause de l’insécurité (ou du sentiment d’insécurité). D’où la revendication, inédite, d’initiatives politiques qui favorisent la mixité sociale, parallèlement aux mesures institutionnelles classiques de prévention.

Elles intéressent plusieurs domaines. Le rejet croissant de la voiture : accusée de faire perdre du temps et de l’argent, de stresser les automobilistes et de polluer l’atmosphère : se matérialise dans les grandes villes par des décisions individuelles d’utiliser les transports collectifs et la demande de mesures politiques dans ce sens. Les transports collectifs sont, en effet, malgré leurs inconvénients, crédités d’un pouvoir de désenclavement, de mobilité, donc de mixité sociale, et d’une capacité à respecter l’environnement (1).

La ville, résultat d’un projet collectif, n’a pas à être livrée comme un marché

L’agglomération née de l’urbanisation des dernières décennies est reconnue comme une nouvelle unité urbaine mais la ville centre reste la référence identitaire et le souhait est très vif que les centres-villes jouent à nouveau leur fonction classique d’échanges et de brassage des populations.

Plus largement et dans le même ordre d’idées, la majorité des habitants considère que la ville doit résulter d’un projet collectif et n’a pas à être livrée, comme un marché, au seul jeu de l’offre et de la demande. D’où, logiquement, leur exigence de prendre la parole et d’être écoutés. Les élus locaux sont fermement sollicités pour organiser la circulation de l’information, recueillir les avis et surtout prendre des décisions conformes aux consultations : un droit de suite est même souhaité. Enfin, de manière plus minoritaire, la ville est sensée favoriser l’emploi en attirant les entreprises, en formant les jeunes, en aidant les chômeurs.

Que vont faire les pouvoirs publics d’une demande aussi structurée ? Une nouvelle loi unique sur la ville, concernant l’urbanisme, l’habitat, les transports, est en chantier (voir l’entretien avec F. Rol-Tanguy). Lors de la clôture de la consultation nationale en juin, le Premier ministre a insisté sur la nécessité d’une vision globale, reprenant l’ensemble des politiques urbaines, pour tenter de réduire les fractures, sociale, géographique, intergénérationnelle.

Le passage de "la quantité à la qualité", c’est-à-dire la substitution de mesures qui assurent de bonnes conditions de vie aux anciennes règles, conçues autrefois pour loger ou reloger massivement, requiert la correction du "zoning", du délabrement des centres-villes, du mitage des périphéries, de la multiplication anarchique des transports. Comment ? En simplifiant la règlementation, en rénovant les textes, en cessant de juxtaposer les programmes de voirie, de logement, de transport, d’aménagement, etc. pour travailler dans la "transversalité".

En voici un exemple : la maîtrise du trafic automobile concerne au premier chef les Plans de déplacement urbain, mais aussi l’urbanisme proprement dit : l’obligation de construire des parkings pour les bureaux a renforcé l’usage de la voiture. Sujet délicat. Il n’est pas le seul : les mesures qui ont freiné (souvent à juste titre) la construction en centre-ville, ont contribué à bâtir davantage en périphérie, ce qui présente d’autres inconvénients. Et encore : la loi d’orientation des villes faisait obligation de construire des logements sociaux aux communes qui en comptaient moins de 20 % dans leur parc locatif. Pour la faire respecter, incitations et sanctions sont, à l’évidence, nécessaires !

Organiser la ville n’a vraiment rien de simple. C’est cependant l’ordre du jour.

1. En 1998, la fréquentation des bus, tramways, métros et trains express régionaux a connu une hausse de 2,3 %, contrairement à la stagnation des dix années précédentes. (Source : Union des transports publics).

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