Accueil > monde | Par Charlotte Noblet | 1er janvier 2007

Mais que veut Merkel ?

Première femme à occuper le poste de chancelier, à la tête d’une coalition avec les sociaux-démocrates, Angela Merkel a été réélue à la tête de l’Union chrétienne-démocrate et va présider le Conseil de l’Union européenne. La « touche » Merkel vue de près.

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Avec 93 % des voix, la voici réélue à la tête du parti qu’elle dirige depuis 2000. Celle qui, il y a un an, se faisait encore surnommée « la petite fille de Kohl » est aujourd’hui la femme la plus puissante qu’il y ait jamais eu en Allemagne. Présidente de l’Union chrétienne-démocrate : le parti conservateur allemand : et première femme à occuper le poste de chancelier, Angela Merkel s’apprête maintenant à présider le Conseil de l’Union européenne et à accueillir le G8.

En est-elle capable ? Même les barons de la droite n’osaient faire confiance à la figure de proue de leur parti. Une femme pour chancelière, une physicienne ayant grandi en RDA et, qui plus est, protestante et sans enfants : la « caille de l’Est » saura-elle évoluer avec aisance sur la scène internationale ? Pour beaucoup, le fait qu’Angela Merkel se soit imposée déjà en grande gagnante de législatives toutefois mitigées pour son parti posait problème. Réception ici et baise-main là, la nouvelle chancelière allemande a acquis rapidement une certaine notoriété. Et un an après son intronisation du 22 novembre 2005, même les délégués de la CDU désorientés par le rapprochement avec le parti social-démocrate (SPD) au sein de la grande coalition, à Berlin, l’ont reconduite à la tête de leur parti avec 93 % des suffrages. Angie a su faire oublier sa légendaire coupe au bol vietnamienne. Maintenant, elle est populaire et va jusqu’à rafler le prix « Vision pour l’Europe 2006 » de la Fondation Edmond-Israël (société Clearstream) pour « ses mérites et sa contribution exceptionnelle au développement de l’Europe du futur ».

De ses débuts à la chancellerie, Merkel s’en félicite. « Après des années de stagnation, le pays connaît de nouveau l’essor », déclare-t-elle fin novembre. Baisse du chômage et endettement le plus bas depuis la réunification : la quinquagénaire vante les succès de son gouvernement. Retraite à 67 ans et introduction d’un salaire parental, hausse de la TVA de 16 à 19 % début 2007 ou mesures d’austérité pour l’aide sociale : « Ce sont de bons points dont nous ne pouvons que nous réjouir. »

Le pseudo-social à la CDU

Selon les derniers sondages, 61 % des Allemands seraient cependant « insatisfaits » du travail de la grande coalition. Le 21 octobre dernier, ils étaient plus de 200 000 à manifester. « Nous demandons un financement solidaire du système de santé, une retraite digne, un emploi qui n’appauvrisse pas et une participation des grands groupes industriels aux dépenses publiques », expliquait Michael Sommer, président du DGB, la confédération allemande des syndicats. « Sous-classe » ou « précariat », le malaise social est bien là et les partis d’extrême droite savent l’exploiter : déjà présent dans deux parlements régionaux, le NPD projette d’entrer au Bundestag en 2009.

De quoi ébranler les volontés réformatrices de la « dame de fer » ? Non, tout juste de quoi apporter une petite touche de pseudo-social à la CDU, dernièrement qualifiée par la chancelière de « parti des employés et des employeurs ». Et lorsqu’une commission d’économistes reconnus lui reproche l’absence d’une « politique claire et volontariste », Merkel défend sa « politique des petits pas », cette « succession de décisions dans la bonne direction », au risque de ne pas profiter de la « large majorité parlementaire » et de s’enliser dans un « maquis d’intérêts politiques contradictoires », comme pour la réforme de la santé dont l’accouchement laborieux devrait se solder par une hausse des cotisations de l’assurance-maladie.

Qu’importe : tenace et travailleuse, la chancelière se démarque dans d’autres domaines, comme la lutte contre le terrorisme. En novembre 2005, l’Allemagne est le premier pays européen à délivrer le passeport biométrique réclamé par les Etats-Unis. Puis, Mondial du football aidant, la vidéosurveillance s’impose au quotidien. Et l’opposition a eu beau brandir le spectre de l’Etat Big Brother, le Bundestag vient d’adopter la mise en place d’une banque de données antiterroriste commune aux services de renseignements et à la police. Faut-il y déceler une marque de Merkel, « Transatlantikerin » avertie ?

Relations transatlantiques

Car la chancelière a toujours fait part de sa volonté de relancer les relations transatlantiques. Déjà en 2003 elle soutenait l’intervention américaine en Irak. « Angela Merkel ne remet pas en cause le rôle des Etats-Unis en tant que puissance mondiale », explique Karl-Heinz Kamp, de la Fondation Konrad-Adenauer (1). Elle considère au contraire qu’il est presque toujours possible de débattre avec eux des problèmes internationaux, qu’il est rare de les résoudre sans leur aide et qu’il est impossible de le faire en les défiant. » Selon lui, « Angela Merkel ne veut pas de la politique étrangère menée par Chirac et Schröder reposant sur l’aversion envers les Etats-Unis. Mais elle sait aussi prendre ses distances par rapport à l’administration Bush, comme lors de sa visite à Washington en janvier 2006. Seulement, la chancelière fait part de ses critiques en privé. Et ça, c’est nouveau. » Peut-on pour autant parler d’une « nouvelle » politique étrangère de l’Allemagne ?

Merkel ne semble que rétablir la balance diplomatique entre Etats-Unis et Europe que l’Allemagne utilisait si bien du temps de Kohl. « A la différence près qu’aujourd’hui, si Berlin devait choisir, elle se tournerait davantage vers Paris que vers Washington », mentionne Hanns W. Maull. Selon le politologue de l’université de Trèves, une autre constance traditionnelle de la CDU s’affirme ces derniers temps, à savoir la prédominance accordée à l’OTAN. L’Allemagne entend « civiliser » les relations internationales via l’OTAN. Faisant silence sur la guerre du Kosovo, elle préfère vanter les mérites de son armée de conscrits, « citoyens en uniformes » œuvrant à la reconstruction civile, par exemple au nord de l’Afghanistan. « Privilégier l’engagement civil à l’engagement militaire », c’est le message répété par Merkel lors du sommet de l’OTAN à Riga. « Une Allemagne comme simple « puissance civile », c’est difficile à accepter pour les autres pays », note Karl-Heinz Kamp. « Mais de toute façon, la République fédérale n’a pas les moyens de mener une politique étrangère de sécurité forte. Depuis la réunification, les budgets des trois ministères Affaires étrangères, Défense et Développement ont quasiment été réduits de moitié. »

Faisant sienne l’idée que pour la sécurité intérieure et extérieure, mais aussi pour la protection de l’environnement ou le commerce mondial, un pays ne peut défendre seul ses intérêts efficacement, le gouvernement Merkel entend en convaincre les autres Etats membres de l’Union européenne dès le semestre prochain, profitant de la présidence allemande du Conseil de l’UE.

Partenariat stratégique

Et la chancelière prépare déjà le terrain. Lors du triangle de Weimar, au début du mois, Angela Merkel s’est ainsi efforcée de convaincre le président polonais de lever son veto à l’ouverture de négociations sur l’approvisionnement en énergie avec la Russie, premier fournisseur de l’UE. Fin octobre déjà, la chancelière assurait à l’autre Kaczynski, le premier ministre polonais, une livraison en énergie au cas où Moscou boycotterait la Pologne avec le gazoduc en mer Baltique. Le « partenariat stratégique » avec le Kremlin serait « incontournable pour l’avenir de l’Europe », selon la chancelière.

Et le « partenariat privilégié » avec la Turquie ? Les ambitions de Merkel semblent là plus sécuritaires et conservatrices que libérales. « Les contours extérieurs de l’UE doivent être précisés », déclare le cabinet fédéral, alors que la chancelière défend l’idée d’une « clause de rendez-vous » avec la Turquie, lui laissant plusieurs mois pour régler la question chypriote avant que les Vingt-Cinq ne votent à l’unanimité sur la reprise des négociations d’adhésion.

Bruxelles voit là le danger d’un « nouveau psychodrame politique ». Plus à craindre serait la ténacité de Merkel à vouloir sauver le traité constitutionnel européen (TCE). « Le TCE signé par tous les gouvernements et adopté par la majorité des Etats membres demeure le meilleur document fondamental pour l’UE », déclarait début novembre le cabinet fédéral. « Le gouvernement fédéral fera tout son possible pour poursuivre avec succès le processus constitutionnel. » L’idée est d’arriver à un accord juste avant les élections européennes de 2009, c’est-à-dire fin 2008, pendant... la présidence française de l’UE. « Angie, Angie, they can’t say we never tried » chantaient les Rolling Stones. Ch.N.

(1)Coordinateur du programme Politique de sécurité de la Fondation Konrad-Adenauer (think thank de la CDU).

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