Accueil > Culture | Par Luce Vigo | 1er mai 1999

Makéna Diop, conteur : ’Voulez-vous partager cette histoire ?’

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Makéna Diop, conteur, acteur, metteur en espace sénégalais, a conçu, avec Catherine Ruelle pour Racines noires le projet "Ciné-conte". Il sera à Cannes, pour mettre en scène, presque chaque soir, avec des musiciens, des poètes, des conteurs, des peintres, dans l’espace de la CCAS, des moments magiques qui emmènera chacun "de l’image au verbe".

"Je suis né", dit-il, "dans un milieu de conteurs. Mon oncle était conteur populaire. Jeune, je l’ai souvent suivi et je me suis rendu compte qu’avec sa matière, il était son auteur, son metteur en espace et son acteur, et qu’il utilisait une langue souvent en mouvement, une langue où le verbe lui-même contenait l’image. J’ai donc appris à approcher le spectacle vivant à travers le conte. Une fois au conservatoire, j’ai appris qu’il y avait des disciplines séparées, évidemment : il y avait un auteur, il y avait un metteur en scène, il y avait un comédien. Moi, j’ai toujours voulu synthétiser les trois en un seul mouvement. Je me suis demandé comment ces trois choses pouvaient cheminer en même temps.

J’ai rencontré Catherine Ruelle et sa passion du cinéma, et en parlant à bâtons rompus il est venu un moment où nous avons parlé du verbe et de l’image : quel rapport le verbe pouvait-il avoir avec l’image, est-ce que l’image était verbe, est-ce que le verbe lui-même était l’image ? A partir de ces interrogations, il y avait la possibilité de trouver un lien qui permettrait au conteur de réduire la distance entre l’imaginaire qui naît du verbe quand on l’entend, et l’imaginaire qu’on peut trouver au cinéma. C’est ainsi que « Ciné-conte » a pris forme.

"J’avais aussi une autre préoccupation qui est au coeur de ma réflexion sur l’expression cinématographique des cinéastes africains. Je me suis rendu compte que si le cinéma, aujourd’hui en Afrique, n’arrive pas à décoller dans une certaine mesure ni à se nommer lui-même, c’est que, pendant très longtemps, les réalisateurs ont voulu faire des devoirs d’école face à des « décideurs » qui disaient, à partir de certains canons, de certains critères, ce qu’était un film acceptable, ce qu’était un bon film. Ce faisant ils s’éloignaient un peu de leur matière et de leur vraie parole. Et parce qu’ils viennent d’un lieu où le conte est aussi valeur d’identité, comment pouvaient-ils nommer leur propre être à travers un support devenu universel ? En disant qu’ils peuvent utiliser l’image pour lui faire dire ce qu’on veut lui faire dire à soi...."

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