Accueil > politique | Par Antoine Châtelain | 1er février 2007

Marie-George Buffet, entre identité communiste et rassemblement antilibéral

La campagne de Marie-George Buffet ne se présente pas formellement sous le sigle du PCF, mais sous le nom de « gauche populaire et antilibérale ». Le défi : associer l’identité du PCF et les thématiques de la dynamique antilibérale.

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Le PCF a finalement décidé, on le sait, de maintenir la candidature de Marie-George Buffet à l’élection présidentielle d’avril prochain. Pour la direction du PCF, ce choix a été doublement légitimé : il correspondait à une décision formelle des communistes prise en décembre dernier, après la réunion des collectifs antilibéraux à Saint-Ouen ; dans la préparation de cette réunion, une majorité des collectifs locaux s’étaient prononcés en faveur de la candidature de la secrétaire nationale. Il n’y a pas eu consensus, reconnaît-on, place du Colonel-Fabien, mais ce consensus n’était pas réellement possible : il n’y avait donc pas d’autre solution que de se rabattre sur la règle de la majorité. Sans doute cette règle avait-elle été explicitement repoussée quelques semaines plus tôt, avec l’assentiment appuyée de dirigeants communistes qui redoutaient alors la logique des « primaires » réclamée par José Bové. Mais, faute de grives il faut savoir se contenter de merles et, faute de consensus, s’en remettre à la majorité des collectifs : et non à la majorité des militants... Au final, la campagne de Marie-George Buffet ne se présente donc pas formellement sous le sigle du PCF, mais sous celui d’une « gauche populaire antilibérale ».

Risques et périls

La décision prise l’a été sur la base d’un assentiment largement majoritaire à l’intérieur du PCF. Mais la majorité n’est bien sûr pas l’unanimité. En fait, les fédérations communistes qui se sont prononcées le plus nettement en faveur du maintien d’une candidature Buffet ont été souvent celles (par exemple le Nord et le Pas-de-Calais) où le choix du rassemblement antilibéral avait été le moins retenu en février dernier, dans la préparation du Congrès. En revanche, les fédérations où la densité et l’ancienneté des collectifs unitaires est forte et où les communistes s’y sont massivement investis ont voté pour plus de la moyenne en faveur de l’option du retrait (certaines fédérations de la région parisienne, du Sud-Ouest ou de l’arc méditerranéen).

Le pari du groupe dirigeant est risqué. Pour l’instant, les sondages ne témoignent pas d’un décollage des intentions de vote qui restent à un niveau très bas (3 % en moyenne), surtout chez les jeunes et les catégories populaires. Les communistes, traditionnellement, comptent sur la mobilisation militante pour inverser le cours des choses, même si les expériences précédentes, depuis 1981, n’attestent guère du fait. Si José Bové n’est pas candidat au final et si Olivier Besancenot n’obtient pas les signatures nécessaires, le PCF peut, il est vrai, espérer éviter le pire. Mais que se passera-t-il si Besancenot parvient in extremis au quota de signatures nécessaire et, a fortiori, si José Bové se présente à son tour, qui plus est avec l’onction d’une autre partie des collectifs antilibéraux ?

En tout état de cause, le processus de désignation de la candidature aura plutôt avivé les dissensions internes. Une part des militants attend une campagne identitaire assumée, sous le signe de la faucille et du marteau. Ceux-là manifestent déjà leur agacement, devant un matériel de campagne qui valorise les symboles (ou plutôt les non-symboles) de la « gauche populaire et antilibérale » plutôt que ceux associés historiquement au communisme. De plus, l’équipe de campagne proprement dite a fait la part belle aux proches de la secrétaire nationale, au détriment de ceux qui, autour de Nicolas Marchand ou d’Yves Dimicoli, plaident depuis longtemps pour une entrée en campagne d’une candidate du Parti communiste ès qualités.

Sur l’autre versant de l’organisation communiste, nombre de militants qui plaidaient pour le retrait de l’offre communiste initiale restent amers devant l’échec d’une candidature permettant au courant antilibéral de s’approcher de l’arc des forces rassemblé en 2005, lors de la campagne référendaire. Certains se préparent certes à soutenir, plus ou moins ouvertement, la candidate de leur parti, pour « limiter les dégâts ». D’autres pourraient ne pas s’y résigner, à commencer par celles et ceux qui ont d’ores et déjà décidé de s’engager autour d’une candidature Bové. Les communistes, plaident ceux-là, ne peuvent sans se déjuger rester à l’écart de ce qui s’avère un mouvement massif, du point de vue militant en tout cas. Le PCF de 1988 avait déjà été placé devant le dilemme posé par la candidature de Pierre Juquin, qui avait été longtemps dirigeant du PCF. Cette fois, le trouble pourrait-être plus grand, sans que l’on puisse encore en mesurer précisément les effets.

Au bout du compte, la situation est plus délicate que jamais dans une organisation qui n’a pas oublié le choc traumatisant de la précédente consultation présidentielle. Manifestement, la majorité de la direction communiste a craint que, en n’allant pas jusqu’au bout de la candidature Buffet, elle laisse le champ libre à une recomposition politique à terme qui, pense-t-elle, se serait faite à son détriment. Pour une part, le choix a été culturellement facilité par une relecture de l’histoire qui attribue une part non négligeable du déclin communiste à la décision de ne pas présenter de candidature face à François Mitterrand, en 1965 et en 1974. Le parti absent à une consultation présidentielle hypothèque ses chances d’avenir...

A contrario, le problème est qu’un parti qui s’installe dans la marginalité à l’occasion des scrutins présidentiels risque d’avoir beaucoup de mal à reconquérir un seuil minimal de crédibilité politique. Le PCF table sur le fait que, à la différence de 2002, sa candidate ne sera pas affaiblie par le discrédit qui avait pesé sur la gauche plurielle et les deux principales formations gouvernementales. Mais il n’ignore pas non plus le poids du vote utile, auquel s’ajoute désormais le trouble d’une opération antilibérale ratée. Dans la confusion créée par l’échec de la grande réunion des collectifs antilibéraux à Saint-Ouen en décembre dernier, le PCF parviendra-t-il à associer son image propre, qu’incarne sa personnalité la plus emblématique, avec les thématiques qui ont porté la dynamique antilibérale depuis deux ans ? La campagne permettra vite de le dire.

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