Accueil > N° 28 - Avril 2006 | Par Emmanuel Riondé | 1er avril 2006

Marseille. Quartiers et facs : convergence en vue

A la fac Saint-Charles à Marseille, les amphis relèvent la convergence de leur lutte avec celle des jeunes des quartiers et celle des autres précaires.

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Lundi 20 mars. La fac Saint-Charles est en grève, bloquée et occupée. A l’entrée, chaises et tables en vrac, quelques étudiants assurent une présence tranquille. On fait les comptes, excellents, de la manif du 18, deux jours avant. Ils étaient plus de 120 000 à défiler de la porte d’Aix au Vieux-Port. Le deuxième cortège de l’Hexagone après Paris, ouvert par un bon tiers d’étudiants et de lycéens. « Jeunesse en lutte » : c’était écrit.

César, l’un des porte-parole du mouvement, a seulement 18 ans mais déjà quelques bagarres en bandoulière - loi Fillon, Le Pen, etc. :, et une rhétorique militante bien élaborée. « La convergence avec le mouvement de novembre, on en parle, comme on parle de la loi sur les quotas d’immigration », assure-t-il sans promettre une issue concrète à ces préoccupations timides, encore portées par le plus petit nombre.

Au bas du grand amphi, le tableau noir donne le ton général et quelques indications d’importance : « Ceux qui ne participent pas à la lutte participent à la défaite » ; « Respectez les lieux », avec deux vignettes barrées de rouge : une cigarette et un gros joint.

« Ceux qui participent à la lutte » sont là, les yeux étroits, rétrécis par les nuits courtes mais toujours concernés ; et personne ne fume. Peu après 11 heures, le sociologue Saïd Bouamama s’est posé sur un rebord de chaise. Il va parler de « la révolte des banlieues [comme] indicateur de précarité ». L’AG suivra son intervention, les travées sont encore clairsemées mais ça ne va pas durer. « Je pense que vous allez enclencher d’autres mouvements sociaux si vous allez jusqu’au bout de votre mobilisation. » Applaudissements. « Un des messages importants de la sociologie critique, c’est que les mots sont importants. En préférant certains termes à d’autres, on peut dévitaliser un mouvement social. (...) En novembre, ce n’était pas des émeutes, c’était une révolte. Et le terme de banlieue nous habitue à caractériser géographiquement une population, or ce qui caractérise la population qui s’est révoltée, c’est son appartenance sociale ; il faut parler de classes populaires. » Un peu plus de monde dans les travées, l’attention estudiantine est soutenue. On enregistre pour diffusion dans deux jours sur Radio-Galère, 88.4.

Des événements prévisibles

Trois processus en cours depuis plusieurs années rendaient, selon le sociologue, les événements de novembre prévisibles : précarisation, ghettoïsation, ethnicisation. « Un jeune m’a dit une fois : « on nous traite comme des esclaves, révolte comme des animaux ! » Les révoltes prennent les formes qu’elles peuvent prendre et j’annonce qu’il y aura d’autres révoltes populaires fortes dans ces quartiers. » L’apprentissage à 14 ans est contenu dans la loi pour l’égalité des chances. De quelles classes sociales seront issus les jeunes ados au turbin en alternance avant 15 ans ? Convergence de la lutte actuelle avec la jeunesse populaire de ces quartiers, première victime de la précarité. L’invitation du sociologue est sans fioriture : « C’est bien un combat pour changer le contexte qu’il vous faut mener. » Il rajoute que, au-delà du CPE, « l’enjeu est celui de l’abrogation de la loi pour l’égalité des chances » et que la demande d’amnistie du mouvement social doit être étendue aux embastillés de novembre.

Dans un amphi où le taux de densité n’a cessé de croître, ces propos reçoivent un écho favorable. Les étudiants reprennent la parole. La coordination nationale suivante est annoncée à Aix. « A Marseille, plus de 20 % des gens vivent en dessous du seuil de pauvreté, lance une fille. Ce sera l’occasion pour nous de parler de ça : on va pouvoir porter la voix de ceux qui sont très précarisés. » Approbation générale.

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