Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 1er décembre 2009

Mesurettes patriotiques

Qui peut douter encore que le grand débat sur « l’identité nationale » lancé par Eric Besson

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

(l’occasion de démontrer au passage qu’il ne sert pas qu’à traquer le clandestin) ne constitue d’abord une vaste opération électoraliste pour conjurer la crise « Jean Sarkozy » et continuer de capter une partie de l’électorat FN ? Le simple fait d’institutionnaliser le sujet (en l’enfermant dans les préfectures) suffit à démontrer la volonté de l’instrumentaliser, car pour qui s’intéresse un peu à la chose sportive, il devient évident que cette thématique n’a jamais cessé d’occuper le terrain, du moins médiatique. Comme l’explique Pierre Orlac’h, rédacteur en chef du site Lesdessousdusport.fr) : « Finalement, en suivant l’actualité des Bleus depuis plusieurs saisons, on se rend compte que le débat sur l’identité nationale ne se décrète pas, il revient de manière régulière. Il n’y a pas toujours de réponses concrètes, car l’identité nationale est un concept flou, et surtout personnel. Nous ne sommes pas tous français de la même manière. »

De l’équipe Black-Blanc-Beur de 1998, cette France qui découvrait que la victoire rend chauvin n’importe qui, y compris en banlieue, aux décomptes des joueurs noirs par Zemmour et compagnie, la représentation sportive de la nation, métaphore en crampon de cette fameuse identité nationale, a depuis longtemps démontré que l’affaire ne peut se résumer à une série de définitions simples ou à l’affirmation réac de quelques « interdits » (de la burqa aux sifflets de l’hymne national) pour solde de tout compte. Toutefois, il serait aussi erroné de croire que la droite se réveille seulement maintenant. Si l’offensive est massive et frontale cette fois-ci, péril dans les sondages oblige, le sarkozysme, alimenté sur ce versant par l’ex(?)-militant d’extrême droite Patrice Buisson, s’est toujours obstiné à réinjecter du tricolore (avec beaucoup de bleu et de blanc et pas trop de rouge) dans le débat public. Après les sifflets au Stade de France, un rapport réalisé par cinq parlementaires UMP avait été remis déjà à Eric Besson sur « le respect des symboles de la République » . L’attitude des sportifs y était particulièrement ciblée, avec un soupçon permanent indexé sur la coloration de la peau. Certains élus bien intentionnés avaient même poussé le bouchon plus loin (tactique habituelle aujourd’hui afin de tester l’opinion, quitte à faire marche arrière provisoirement) en émettant l’idée sublime d’obliger nos stars du ballon à entonner les couplets de Rouget de Lisle. Même Bernard Laporte (pas franchement un foudre de guerre gauchiste), alors secrétaire d’Etat, avait trouvé la suggestion absurde. Au final, gageons que le sport permettra à Eric Besson de faire vibrer la corde sentimentale de l’intégration (le syndrome Zidane) tout en enfonçant le clou des quelques mesurettes patriotiques qui sortiront de ce « grand débat », en guise de méthadone idéologique pour les électeurs en manque de lepénisme. Mais comme on le dit si bien à l’UMP, « Rama Yade dans le Val-d’Oise, cela fait plus couleur locale » .

N.K.

Homophobie

Montpellier doit être maudite. Après Georges Frêche, voici Louis Nicollin, qui s’excuse d’avoir traité un joueur de « tarlouze » en précisant qu’on peut s’expliquer entre hommes puisqu’on n’est pas des « gonzesses » (il refusait déjà de passer des clips contre l’homophobie, donc pas de surprise sur le fond). Peu de temps avant, un club amateur, le Créteil Bébel, avait refusé de rencontrer le Paris Football Gay Club, sous prétexte qu’en tant que musulman il ne pouvait s’aligner face à des gens de convictions « homo ». Y a du boulot à tous les niveaux...

La revue

Fondée en 1975 par Pierre Bourdieu, voici une revue qui a toujours porté un regard critique et approfondi sur la question sportive. De fait l’essor du free fight, ici disséqué en profondeur, la mode de la capoeira ou les processus de réappropriation culturelle de disciplines ancestrales permettent d’interroger de manière originale le rapport de chaque société au corps combattant, à la violence sociale ou à la culture populaire.

« Pratiques martiales et sports de combat », Actes de la recherche en sciences sociales n° 179, septembre 2009, éd. Seuil

Paru dans Regards n°67, décembre 2009

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?