Accueil > N° 40 - mai/juin 2007 | Par | 11 mai 2007

Mobilisés puis condamnés

De nombreux manifestants post-second tour payent aujourd’hui le prix fort : prison ferme : de leurs actions et de leurs supposés affrontements avec les forces de l’ordre. Tentative de bilan statistique (et provisoire) des chiffres des mobilisations (nombre de manifestants, interpellations, voitures brûlées, comparutions immédiates). La mobilisation s’organise aussi dans les facultés, en vue de la manifestation du 16 mai prochain. Par Simon Doniol.

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Un président élu, des manifestations hostiles dans la rue. Première rupture pour Nicolas Sarkozy. Le cas de figure est unique dans l’histoire des élections présidentielles de la cinquième République. Depuis dimanche 6 mai à 20 heures, l’hostilité à l’égard du nouvel occupant de l’Élysée a été démontrée, le dispositif sécuritaire mise en place préventivement pour y répondre également. Pour autant, difficile, voir impossible de rendre compte de manière journalistique des mobilisations sociales. Pour s’en convaincre, (re)lisez les travaux du sociologue Patrick Champagne (1). Ce dernier rappelle que l’observateur (journaliste ou sociologue) d’une manifestation ne peut traduire objectivement un mouvement social sur le papier du fait de sa position singulière dans l’espace. Il ne peut voir le mouvement dans sa globalité et se tient aux bribes d’évenements qu’il a pu observer. De plus, nous sommes ici en présence de manifestations "spontanées" et non prévues, la couverture médiatique ne peut qu’en être altérée.

Ces quatre derniers jours, des manifestations, qualifiées dans une vision médiatique « anti-sarko », se sont multipliées dans plusieurs villes de France. Le ministre de l’intérieur, François Baroin, semble se réjouir de leur « décrue ». Ces mobilisations possèdent pour la plupart un caractère spontané, et les participants ne sont pas à réduire à l’étiquette du militant d’ « extrême gauche ».

Au soir du 6 mai à Paris, 5000 personnes se sont retrouvées à la place de la Bastille peu avant 22 heures pour exprimer leur mécontentement après l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. On dénombrait 2500 personnes à Toulouse, 2000 à Lyon, 600 à Nantes, des centaines à Marseille, Lille, Rennes, Grenoble, Brest. La liste est loin d’être exhaustive.

Cette même nuit, 730 voitures ont été incendiées et les forces de l’ordre ont procédés à 595 interpellations sur le territoire national. (Les chiffres proviennent de la Direction Générale de la Police Nationale).

Quelques vidéos mises en ligne sur les manifestations du 6 mai :

 http://www.dailymotion.com/video/x1wvlu_bastille-6-mai-20h05

 http://www.dailymotion.com/video/x1x0lq_bastille

 http://www.dailymotion.com/video/x1wxfg_baston-a-bastille

 http://www.dailymotion.com/video/x1ww70_bastille

 http://www.dailymotion.com/video/x1xi3s_gaz-place-de-la-bastille

 http://www.dailymotion.com/video/x1xfxu_interpellation-bastille

Le 7 mai, les mobilisations se sont poursuivies  : 800 personnes ont manifesté à Caen, 300 lycéens parisiens dans la journée et 500 personnes dans la soirée, 400 à Nantes, 300 à Tours, 200 à Lyon, une centaine à Toulouse. Au total, on dénombrait 365 voitures incendiées et 160 interpellations au soir de lundi.

 http://www.dailymotion.com/video/x1x9gl_bastille-7mai-rue89

 http://www.dailymotion.com/video/x1xiz7_20070508-france-3-1213

Le mardi 8 mai , 400 personnes ont manifestés à Lyon, 500 à Caen, et 200 à Lyon, et aucun chiffres notables pour Paris, les estimations oscillant entre 300 et 400 personnes à la place de la Bastille. 292 voitures auraient été brûlées et la police a procédé à 86 interpellations.

Le mercredi 9 mai , la manifestation prévue à 19h30 sur le Boulevard Saint-Michel à Paris n’était pas à relier directement aux mobilisations post-second tour. Se tenaient à proximité entre 200 et 300 militants d’extrême droite qui commémorent depuis 12 ans, à la date du 9 mai, la mort d’un des leurs près de la station de métro Port-Royal. En réaction, des manifestants « anti-fachos » se sont mobilisés dans le quartier latin et, contexte aidant, une certaine convergence de prise de position a eu lieu entre des manifestants « anti-fachos » et des « anti-sarko ». Les forces de l’ordre ont déployé un périmètre de sécurité en prévision d’éventuels affrontements entre des militants d’extrême droite et les autres manifestants. La « zone tampon » prévue par la police se situait en haut du boulevard Saint-Michel, à proximité des jardins du Luxembourg. Dès 21h, les contrôles d’identité ont été massif, la manifestation n’a pu se déployer. 118 personnes ont été arrêtés, du côté des opposants à l’extrême droite, pour être relachées tard dans la nuit. Les manifestants d’extrême droite n’ont pas été inquiétés par la police. Dans la nuit de mercredi à jeudi, 198 voitures ont été brûlées et la police a procédé à 29 interpellations.

Concernant les jugements, on peut s’intéresser au cas des comparutions immédiates, certaines personnes interpellées n’ayant pas choisi cette méthode expéditive de jugement, retardant par la même leur sentence mais maintenant aussi leur garde à vue :

Quatre jeunes majeurs arrêtés pour des violences à Rennes dans la nuit qui a suivi l’annonce de l’élection de Nicolas Sarkozy, ont été jugés dans l’après-midi de lundi en comparution immédiate par le tribunal correctionnel de Rennes, et condamnés à deux mois de prison ferme pour l’un et de 105 à 140 heures de travail d’intérêt général (TIG) pour les autres.
Deux jeunes gens ont été condamnés à des peines de six mois et trois mois de prison ferme pour des violences commises lors de la manifestation anti-Sarkozy de dimanche soir à Lyon.
Deux jeunes majeurs ont été condamnés à six et quatre mois de prison ferme, à Charleville-Mézières, pour leur participation à des affrontements avec la police dans la nuit de dimanche à lundi après l’élection de Nicolas Sarkozy, apprend-on de source judiciaire.
Sept personnes arrêtées durant une manifestation contre l’élection de Nicolas Sarkozy dimanche à Marseille et soupçonnées de jets de projectiles contre des policiers ou de violences ont été remises en liberté jusqu’à leur procès le 17 octobre.
Sept hommes, âgés de 20 à 35 ans, ont été condamnés à Bordeaux à des peines de 4 à 6 mois de prison ferme pour avoir jeté des projectiles sur des forces de l’ordre au cours d’une manifestation dimanche après l’élection de Nicolas Sarkozy.
Six hommes âgés de 19 à 42 ans, interpellés dans la nuit de lundi à mardi lors d’affrontements avec les forces de l’ordre à Rennes, ont été condamnés mercredi en comparution immédiate à des peines allant de 105 heures de travail d’intérêt général (TIG) à trois mois.
Le tribunal correctionnel de Paris a condamné deux manifestants qui se trouvaient place de la Bastille dimanche soir, quelques heures après l’élection de Nicolas Sarkozy, à quatre mois de prison ferme, pour avoir lancé des pavés sur les forces de l’ordre. Deux autres manifestants ont été condamné à 8 mois d’emprisonnement dont 4 avec sursis, l’un pour des dégradations et l’autre pour vol.
Le tribunal correctionnel de Toulouse, qui devait juger 17 personnes pour les incidents survenus depuis dimanche soir après l’élection de Nicolas Sarkozy, a prononcé des condamnations d’un à six mois de prison ferme contre huit manifestants pour avoir notamment jeté des projectiles sur les forces de l’ordre . (Sources tempsreel.nouvelobs.com)

49 personnes ont donc été jugés pour leur action dans le cadre des manifestations.

Pour plus d’informations sur les jugements, quelques sites dressent des comptes rendus d’audiences : http://www.rebellyon.info/article3733.html (site d’informations alternatives Lyonnais. Des comptes rendus d’audience des comparutions immédiates y sont publiés pour Lyon).

 http://paris.indymedia.org : Il faut bien chercher. Des liens sont disponibles vers les sites indymedia d’autres villes comme Grenoble, Lille, Liège, Marseille, Nantes, Nice, Toulouse.

A noter également les contributions de photographes ayant suivit les mobilisations qui publient leurs travaux sur ce site : http://www.flickr.com/search/?q=manifestations

 http://www.flickr.com/photos/hughes_leglise : Ce photographe suit les manifestations depuis le 6 mai. A noter que plusieurs légendes sont en anglais.

(1) Patrick Champagne, "La manifestation, la production de l’événement politique", Actes de la recherche en sciences sociales, 1984, n°52-53, p. 19-41.

« Mai 2007 » contre « mais les exams » chez les étudiants

La rue ne restera pas insensible ce mercredi 16 mai 2007, jour de la passation de pouvoir entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. Plusieurs manifestations étudiantes sont prévues en France, le plus important rassemblement étant attendu à 14 heures à Paris, place de la bastille, à en croire le tract diffusé par les étudiants de Tolbiac (Paris 1) et Nanterre (consultable sur http://antisarko92.blogspot.com/2007/05/les-tudiants-appellent-la-manifestation.html ). Les étudiants de Lyon 2 et de Toulouse III devraient se joindre aux mobilisés parisiens.

Plusieurs AG se sont tenues dans les facs depuis l’élection de Nicolas Sarkozy le 6 mai. Dès le 7 mai, le syndicat FSE (Fédération Syndicale étudiante) organisait deux réunions, l’une à Tolbiac (300 étudiants) et l’autre à la Sorbonne (90 étudiants), en vue de préparer les mobilisations contre le projet de réforme de l’université imaginé par Nicolas Sarkozy et son équipe de campagne. Au menu des luttes étudiantes, contrer le projet d’autonomisation et de privatisation des facultés, refuser la sélection à l’université ainsi que la hausse des frais d’inscription, et empêcher l’instauration des « pôles d’excellence ».

Le mercredi 9 mai, plus de 600 étudiants s’étaient réunis à Tolbiac et ont voté la grève et le blocage de l’université, ce même blocage étant démantelé dès le lendemain par un nouveau vote. La Direction administrative de Tolbiac a préalablement décidé de fermer l’université jusqu’à nouvel ordre (Les cours ont repris depuis le 11 mai). Ces mobilisations interviennent dans un contexte tendu, d’examens notamment, et l’été n’est pas propice aux manifestations étudiantes. C’est pourtant cet été que le prochain gouvernement du futur premier ministre de Nicolas Sarkozy votera les lois relatives à l’université.

Ce jeudi 10 mai avait également lieu à l’université de Nanterre (Paris X) une AG sur le thème des mobilisations. 350 personnes (les estimations allant jusqu’à 1000) se seraient réunies mais aucun blocage n’a été voté. À l’initiative de plusieurs syndicats et associations étudiantes (notamment Sud Étudiant, CNT, Collectif Unef unie et démocratique, Culture Paris-X, JCR) l’appel à un rassemblement le 16 mai a été l’un des points central de l’assemblée. La présence d’étudiants pro-sarkozy ou des membres du syndicat UNEF, opposés à des mobilisations « contre-productives » selon les mots de leur président Bruno Julliard, n’a pas entraîné l’arrêt des débats.

L’université de lettres et de science humaines de Toulouse III le Mirail organisait une AG le 10 mai, qui aurait réuni entre 800 et 2000 personnes, si l’on s’en tient aux chiffres des journalistes de Libération pour le premier, ou celui des organisateurs pour le second. Pas d’appel au blocage, pour cause de partiels, mais une mise en place d’un communiqué engagé sur la manifestation du 16 mai. (à consulter sur http://paris.indymedia.org/article.php3?id_article=81250 ).

Une AG est prévue à la Fac de Nanterre à 11H, ce mercredi 16 mai, en préalable à la manifestation parisienne. Des rassemblements sont également attendus ce même jour à Rennes, Rouen, Caen, Marseille, Dijon, la liste n’est pas exhaustive.

Simon Doniol

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