Accueil > économie | Par Samuel Lehoux | 4 mars 2009

Modèle, ce n’est pas un métier ?

Depuis octobre 2008, les modèles se mobilisent à Paris pour être reconnus professionnellement. Les enjeux d’un métier à part entière raconté par une passionnée.

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« J’ai commencé à poser à 19 ans. Progressivement, le métier de modèle m’a choisie. J’y revenais toujours pour compléter avec d’autres emplois. Depuis que je me suis installée à Paris, il y a quatre ans, je vis de ce métier. Les possibilités sont nombreuses dans cette capitale artistique. Mes principaux employeurs sont la Mairie de Paris et les Beaux-Arts, mais je travaille aussi pour des artistes, des centres culturels. C’est un métier toujours en mouvement, qui a besoin de tourner pour oxygéner la création. De la même façon, les poses sont très variées. Elles vont d’une seconde à trois quarts d’heure. Le modèle est très souvent nu mais je peux aussi poser en mouvement, habillée ou pour un portrait. Au-delà de l’art de la pose, de porter la nudité sur une sellette, c’est un don de soi intense dans un temps plus ou moins court. Quand je pose, les esprits se concentrent dans un cadre éphémère et privilégié entre les artistes et le modèle. Pendant ce temps de recherche artistique, je suis nue, mais aussi vulnérable, pleine des sentiments qui m’habitent à ce moment. Les artistes sont aussi nus dans leur incapacité à saisir le mouvement du corps. Il y a un côté très humain dans ce métier, associant la beauté et l’imperfection, l’immobilité et le palpitant, la chair et les émotions. Je suis contente de porter cette dimension humaine. Par mon métier, j’ai l’impression d’ouvrir les yeux de certains étudiants, de permettre un enseignement et l’expression artistique.

Mais notre savoir-faire n’est pas assez considéré. Comme pour beaucoup de métiers difficiles, il y a le côté physique. On vit avec les courants d’air, avec les crampes. Mais surtout, notre disponibilité est immense, et nous nous déplaçons plusieurs fois dans une journée. Or, nous vivons dans une précarité énorme, sans aucun statut. Pour les tarifs, en fonction des employeurs, ça va du simple au double ! Alors, pour la première fois, les modèles s’organisent à Paris. Au début, quelques modèles des Beaux-Arts se sont dit : « On est vraiment mal payé » . Dans le même temps, en septembre 2008, les « cornets » qui circulaient à la fin de chaque séance (1) ont été interdits par la Mairie de Paris. Le comité des modèles de la Ville de Paris et le Collectif des modèles des Beaux-Arts (CoMBA) : (2) se sont constitués pour revendiquer le double de ce qu’on est payé. On obtient toujours le même type de réponse : « Modèle, ce n’est pas un métier. » Des artistes diront pourtant qu’il y a des modèles qui savent poser et d’autres non. Et même si on a le soutien des professeurs et des dessinateurs, les négociations risquent d’être longues. Nous ne pouvons faire peur par notre nombre donc on s’installe dans le temps, avec des actions telles que le rendez-vous « 15 + ou : 1 » . Les 14 ou 16 de chaque mois, les modèles et les sympathisants sont appelés à se réunir place Saint-Germain-des-Prés pour une opération à dimension artistique. Le 14 février dernier, il était par exemple prévu de faire une révérence déambulatoire au jardin des Tuileries, à la mémoire des modèles qui ont contribué à la réalisation de chaque sculpture. Nous prenons aussi le temps de rédiger une charte pour ouvrir la discussion sur une reconnaissance et un éventuel statut. Il s’agit d’adapter aux conditions actuelles ce beau métier qui existe depuis que les hommes sculptent. »

Propos recueillis par Samuel Lehoux

1. Feuille roulée où les étudiants peuvent déposer un peu d’argent pendant que le

modèle se rhabille.

2. http://comba2008.wordpress.com

Paru dans /Regards// N°60, mars 2009

nom : Marie Martin

âge : 31 ans

emploi : Modèle

heures : 25 h par semaine si annualisation

salaire : 900-1000 euros net

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