Accueil > actu | Éditorial par Clémentine Autain | 1er avril 2008

Municipales, victoire de la « mollitude »

Les élections municipales de mars dernier

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, c’est un peu la vie en rose... Comment ne pas se réjouir de la poussée à gauche ? Tout recul de la droite est une bonne nouvelle. Toute nouvelle marge de manœuvre à gauche est un point d’appui pour la conquête d’un monde meilleur. Cela étant, la gauche a-t-elle vraiment gagné ? Sort-elle de cette échéance réellement renforcée ?

Quoi qu’en aient dit, avec une langue de bois édifiante, tous les ténors de droite, le soir du second tour, l’UMP s’est pris un carton rouge. Il faut dire que l’échec de Nicolas Sarkozy est précoce et sévère... Leur ligne de défense ? « Il faut déconnecter politique locale et nationale » , ont-ils répété en chœur. Consternant. Car les électeurs prennent nécessairement en considération le contexte général quand ils votent et les programmes locaux ont normalement une couleur politique de référence. Je dis « normalement » parce que force est de constater que les valeurs de type « dynamisme » ou « pragmatisme » l’ont bien souvent emporté sur le contenu des projets. Au total : le clivage droite/gauche a perdu de sa saveur. Pour preuve, l’installation de l’idée du « gouvernement des meilleurs », pour lequel le local est du pur velours. La place de la compétition projet contre projet diminue au profit d’un combat en termes de compétence, de capacité à bien gérer les affaires de la cité. L’essor du Modem, construit autour de cette thématique, en est l’illustration parfaite. La disparition de logos politiques sur les documents de campagne, à droite mais pas seulement, est tout aussi révélatrice.

L’argument en vogue du « maire à plein temps », comme argument massue contre l’adversaire, en dit également long : on ne combat plus centralement sur le fond des choix politiques mais plutôt sur la personnalité du candidat au poste de maire et la qualité des équipes en compétition : notons que cette valorisation de l’engagement exclusivement local alimente la machine à déconsidérer la politique nationale. Comme si le renouvellement des personnes était plus important que celui des idées... C’est ainsi que le Modem peut soutenir le maire socialiste sortant à Dijon et le candidat UMP à Bordeaux, car à chaque fois, la question est celle du « bon maire ». Si le Modem a perdu en tant que force politique, ce que les médias n’ont cessé de rabâcher, il sort vainqueur sur le fond. Le mouvement de recentrage a gagné le PS et la « mollitude » s’est largement installée sur les bancs des assemblées. Aussi symptomatique : le « communisme municipal », autrefois très identifié, a perdu de sa réalité, nombre de maires communistes sortants misant avant tout sur leur notoriété personnelle et leur qualité de bon gestionnaire. Cette municipale a ainsi vu se renforcer la confusion, avec des lignes de fractures politiques de moins en moins perceptibles.

Pourtant, une clarification des clivages ne serait pas du luxe car, du local au global, il y a des enjeux qui impliquent des choix de société et une vision globale de l’avenir. Dans un contexte de mondialisation libérale où le sentiment de n’avoir plus prise sur le cours des choses domine, où les milieux économiques et financiers mènent la danse, on est tenté de trouver du réconfort dans l’élection locale... Car qui de mieux placé que les édiles locaux pour incarner le désir de résultat et la demande de proximité ? Façon père protecteur (plutôt que mère protectrice : pour mémoire, à l’heure de la parité, la proportion de femmes maires est de l’ordre de 1 pour 10 hommes), le maire est à la fois une figure du pouvoir symbolique, version « Ve République », et celui qui incarne le pouvoir-faire. L’impact de ses décisions paraît facilement palpable : création d’une crèche ou d’une piscine, passage au tri sélectif, fête du livre ou des confitures... sont autant de décisions aux effets évaluables. On peut sans doute chercher là l’un des facteurs de la fameuse « prime aux sortants » des maires, prime qui contraste avec l’alternance prévalant à l’échelle nationale.

En tout cas, de cette échéance, le PS sort plus hégémonique que jamais à gauche. Pour autant, a-t-il convaincu par la qualité de son offre politique ? Rien n’est moins sûr... La faiblesse du projet empêche l’enthousiasme. Le PS s’est sans doute davantage renforcé grâce au rejet des équipes de droite en place, localement et nationalement. Il apparaît comme la seule force capable de mettre dehors l’UMP. Mais son déficit de projet politique ne permet pas une adhésion réelle : ce qui se trouve conforté, c’est l’effet de balancier entre droite et gauche, c’est le jeu de l’alternance et non l’alternative. La différence des projets municipaux n’est pas apparue avec clarté. Le logement reste probablement le point le plus clivant. En outre, à l’intérieur de la gauche, les clivages semblent tout aussi peu nets. La gauche de gauche dit sans cesse, avec raison, qu’il faut agir « du local au global ». Pour l’heure, même si des efforts de contenu ont pu être réalisés ici ou là dans des dynamiques unitaires de la gauche de gauche, le projet municipal alternatif n’est pas formalisé au point d’être nationalement lisible. La faiblesse de cet espace n’est pas sans lien avec cette carence de fond. Au total, le renforcement du PS, la satellisation du PCF et des Verts, l’implantation toute relative mais réelle de la LCR qui campe sur une ligne anti-instutionnelle et le manque de visibilité des quelques listes alternatives n’ouvrent pas de perspective immédiate tangible pour la construction d’une gauche de gauche, capable d’être en situation de battre la droite. Les tentatives de rassemblement de la dernière période ayant échoué, il y a fort à parier qu’il faudra à l’avenir reconsidérer la méthode pour y parvenir. Quelle nouvelle construction politique permettra de susciter une dynamique porteuse de transformation sociale ? Les municipales ne nous en ont pas donné la clé.

C.A.

Paru dans Regards n°50 avril 2008

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