Accueil > actu | Par Clémentine Autain, Emmanuelle Cosse, Marion Rousset | 1er décembre 2009

NPA, PG, Europe Écologie... Ils savourent le mélange des cultures (2)

Les militants des nouvelles formations politiques plébiscitent la confrontation des histoires et des traditions. Une quête partagée au NPA, au PG, à Europe Ecologie, à la Fédération... Rencontres.

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Le NPA, le Parti de gauche (PG), Europe Ecologie, la Fédération pour une alternative sociale et écologique (FASE), le Forum social des quartiers populaires (FSQP) : l’année passée a vu naître plusieurs partis et mouvements politiques à gauche. Qu’en attendent leurs militants ? De quoi sont-ils le plus satisfaits ? Quels sont leurs espoirs et leurs doutes ?

Ce que Sakina Faouzi, 24 ans, ex-membre de l’association Pour la République sociale (PRS) et militante de la première heure au PG, apprécie dans sa jeune organisation, c’est le côté « parti creuset » , dans lequel différentes cultures de gauche se retrouvent : « Dès son origine, le PG a eu la volonté de rassembler diverses sensibilités, on a des gens qui viennent de courants républicains, d’autres tiers-mondistes, d’autres socialistes... La gauche écologiste devrait nous rejoindre si tout se passe bien. On ne souhaite pas une organisation en tendances. Il s’agit plutôt de redéfinir un projet politique en prenant le meilleur de chacune de ces visions, différentes mais complémentaires. » Cette recherche d’une mise en commun est une aspiration partagée par les militants des nouvelles formations politiques. Pour faire du neuf, la confrontation des histoires et des traditions est plébiscitée. L’écolo François Longérinas, 54 ans, aujourd’hui observateur au Secrétariat général du PG et en passe de prendre sa carte, ne dit pas autre chose : « Ils utilisent la formule de « parti creuset », ce n’est pas faux, c’est assez intéressant comme démarche. » Lui qui fut adhérent chez les Verts pendant plus de dix ans espère voir émerger une nouvelle force de gauche majoritaire, alternative au Parti socialiste. Il « n’a jamais cru que ça pouvait venir du PS » et ne croit « plus que ce soit possible chez les Verts » . Car, selon lui, « aujourd’hui, l’articulation d’un combat à la fois écologique, ou écologiste, et social se mène au sein d’une gauche rénovée. Le PG, c’est le meilleur choix possible, ou le moins mauvais choix possible, parce que tout est à construire. Je ne suis convaincu ni par l’éventualité d’un renouveau du Parti socialiste, ni par une évolution des Verts vers Europe Ecologie qui, de mon point de vue, défend de plus en plus une écologie libérale. Il faut donc une troisième voie » .

LE CHOC CULTUREL VALORISÉ

Même son de cloche du côté du NPA. Jean-François Mailler, entré à la LCR de Champigny (94) au moment de sa dissolution, savoure le mélange des cultures et des histoires qu’il perçoit au sein du jeune parti anticapitaliste. « Je viens du courant libertaire de la CNT, une autre famille politique que la matrice fondatrice du NPA, la Ligue communiste révolutionnaire. Ce qui m’a beaucoup plu en venant ici, c’est qu’on a su trouver un cadre où des familles politiques divergentes pendant longtemps peuvent travailler ensemble. Entre trotskystes et libertaires, on refaisait sans cesse la bataille de Kronstadt et de Barcelone : on menait des luttes communes, mais les uns critiquaient le comportement de Trotsky à Kronstadt, les autres celui des libertaires à Barcelone , raconte Jean-François Mailler. J’ai été très surpris au sein du NPA de voir des gens qui venaient d’horizons différents trouver un cadre commun de discussion, de proposition et surtout d’action. C’est un lieu où les divergences politiques peuvent s’exprimer dans une vraie camaraderie. C’est peut-être dû au fait que le parti n’est pas vieux et qu’il n’y a pas encore de grosses tendances structurées. Du coup, les affrontements n’ont pas encore laissé de grandes rancunes. » Dépasser les clivages anciens, se débarrasser des vieilles querelles : la jeunesse des organisations apparaît comme un atout dans cette quête partagée par beaucoup de militants. Le choc culturel s’avère donc valorisé.

François Simon, qui fut longtemps militant socialiste puis investi dans la « grande nébuleuse de la gauche de la gauche » , fait preuve d’un enthousiasme intact quant à son engagement à Europe Ecologie. Lui aussi se réjouit de la mixité des apports au sein de ce rassemblement : « Chez les non-Verts, j’ai identifié quatre familles qui arrivent à bien s’entendre. Il y a la famille issue du monde environnementaliste et associatif, celle qui gravite autour de l’économie solidaire, les altermondialistes et les régionalistes. On pratique le consensus plutôt que le vote » , affirme-t-il. Mais il admet que « ce qui est compliqué pour les Verts, c’est d’arriver à accepter que les idées qu’ils ont portées pendant des années, alors que l’identité « écologie politique » est sur le devant de la scène, soient mises dans un pot commun. » L’idée se fait jour de dégager une cohérence nouvelle, à partir de la confrontation d’expériences et de concepts politiques hétérogènes. Le mélange de la carpe et du lapin, de José Bové et de Daniel Cohn-Bendit lors des dernières élections européennes, ne fut-il pas l’une des clés du succès ? « Il y a une prise de conscience individuelle de personnalités symboliques, qui montre que ce mouvement est en marche. Stéphane Gatignon à Sevran, Christophe Cavard dans le Gard, ou encore Augustin Legrand ont rejoint Europe Ecologie. Quand on voit la valse-hésitation de Corinne Lepage, on peut supposer qu’elle va basculer. Au niveau des structures, c’est plus compliqué, tout agrandissement ne peut se faire que si la nouvelle structure adhère à la philosophie d’Europe Ecologie » , estime François Simon. Selon lui, il est « difficile demain d’imaginer un accord purement tacticien avec le Modem, c’est du domaine du discours irréel aujourd’hui, car il y a des éclaircissements idéologiques qui ne sont pas là » . Pour Daniel Cohn-Bendit, en revanche, les choses sont moins claires : ce leader d’Europe Ecologie ne cesse, en effet, de répéter qu’il est favorable pour la présidentielle à un rassemblement de la gauche, jusqu’au Modem. Pour les régionales, le casting annoncé reste dans la veine des européennes. Une mixité d’ancrages et de profils assumée, revendiquée, et apparemment plébiscitée. Au risque de friser l’auberge espagnole...

Le caractère hybride d’Europe Ecologie, fût-il fragile dans sa construction et incertain dans son devenir, est aussi un facteur d’attraction. La nouvelle formule que propose ce rassemblement relève, à sa manière, d’un dépassement de la forme parti. Voilà qui plaît. Comment construire au XXIe siècle une nouvelle structure sans qu’elle soit identifiable aux cadres politiques traditionnels ? Amigo Yonkeu, 37 ans, conseiller municipal à Arcueil (94) a rejoint Europe Ecologie en février 2009. « Je ne suis pas issu d’un parti politique, explique-t-il, mais d’une longue expérience associative. Dès le départ, ce qui m’a intéressé dans Europe Ecologie, c’est la liberté. Pas d’obligation d’adhésion, « d’entrer » dans un parti. C’était un appel à vivre ensemble, démarche dont je me suis senti tout de suite très proche. Le message était nouveau, j’ai trouvé cela très excitant, même si j’avais aussi de nombreux doutes. J’y suis donc venu progressivement, j’ai commencé par des réunions locales, j’ai participé à l’élaboration du programme, puis on m’a proposé d’être candidat aux européennes. » Selon cet élu délégué à la jeunesse, « ce qui marche bien dans Europe Ecologie, c’est la forme réseau. Une sorte d’organisation où l’on se sent libre. Faire de la politique autrement, ce n’est pas qu’un slogan, c’est surtout avoir de nouvelles pratiques politiques » .

ESPOIRS ET DÉFIS

Dominique Attia, qui a quitté le PCF après trente ans d’engagement, retrouve aussi dans la FASE autre chose que la « sauvegarde de l’appareil » qu’elle avait trop vu au Parti communiste. « L’expérience des collectifs unitaires, la candidature commune m’ont montré qu’on pouvait faire quelque chose de nouveau. On pouvait faire cause commune avec des gens issus de diverses formations, tout en disant les choses comme on les sent, avec une volonté de construire une alternative. Et je crois que c’est comme cela qu’on doit s’organiser aujourd’hui en politique. C’est pour cela que je me sens très bien à la FASE, qui est une sorte de prolongement de ces expériences-là. Je n’y perds pas mon identité et je crois que quand on subit, on doit avoir un esprit d’ouverture, rassembler différentes sensibilités pour construire un projet sur les fondamentaux. » Et d’ajouter : « Franchement, si la Fédération n’existait pas, je serais bien ennuyée pour trouver un lieu d’engagement. Il faut construire des espaces pour une autre façon de s’engager qui attire des gens qui ne veulent pas aller dans les partis mais qu’on voit dans tous les collectifs. »

Les défis d’une structuration nouvelle, répondant aux exigences de l’efficacité politique et aux aspirations démocratiques des militants, ne sont pas minces. Danièle Obono, passée de la LCR à la direction du NPA, milite toujours à Aubervilliers (93). Elle ne cache pas la difficulté : « Au quotidien, on est encore dans une période d’adaptation sur l’articulation de toutes les expériences, ce qui n’est pas évident, et sur le fonctionnement des comités locaux. Ces questions renvoient à des conceptions différentes du parti, plus pyramidales ou plus horizontales » , résume-t-elle. Sans compter une ambition nouvelle, derrière ces débats : « On veut construire un parti de masse. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça bouscule les cadres de pensée traditionnels de la LCR. Le changement d’échelle nous repositionne. Je ne sais pas où ça va mener. » Le processus de constitution du NPA, du PG et d’Europe Ecologie, entre autres, n’est pas terminé. Si d’ores et déjà, des difficultés et des douches froides pointent leur nez, tous les espoirs restent encore permis.

CONTRAINTES DU CALENDRIER

A ce stade, chez tous ces nouveaux militants qui veulent y croire, des craintes s’expriment mais l’heure est encore aux paris. Pour François Simon, « si demain Europe Ecologie devient un énième parti à construire des élus ou un accompagnement du système tel qu’il est, ça n’ira pas » . Pour Dominique Attia, dans cette période particulière autour des alliances, il y a « toujours une volonté hégémonique des uns par rapport aux autres, et c’est assez navrant » . Car se pose aussi la question de savoir si on peut exister en tant que formation quand on n’a pas d’élus. « On a fait l’impasse aux européennes, si on le fait aux régionales, cela pourrait être compliqué. Ce serait bien qu’à un moment, on sorte de l’ornière. Mais si ce n’est pas là, ce sera plus tard. Ce qui me paraît important, c’est qu’on ait conscience qu’il y a un tas de gens qui sont au bord du chemin et qui n’attendent qu’un projet unitaire pour s’engager. Si cela ne prend pas, on n’aura pas le dessus. » François Longérinas exprime en positif une inquiétude sérieuse sur le PG : « ll y a un truc à transformer, c’est presque le défi principal : il faut donner une image jeune à ce tout nouveau parti qui a déjà une image ringarde. » Au NPA, le résultat en demi-teinte des élections européennes, première échéance du parti, ne fut sans doute pas à la hauteur des espoirs militants. Le flux d’adhésions annoncées semble nettement plus mince qu’il n’y paraît et certains ont déjà quitté l’organisation. Danièle Obono a plutôt fait le choix de batailler pour défendre sa vision des choses : « On a fait le bilan des élections européennes. On ne reconstruira pas sur des démarcations pures, sur des positions unilatérales. C’est vrai pour tout le monde. L’idée, c’est d’avoir maintenant le débat qu’on n’a pas eu l’occasion d’avoir aux européennes car les échéances étaient très rapprochées. » De fait, le calendrier électoral n’aide pas, obligeant à se remettre en marche sans tarder, à peine une élection finie.

Signe de l’essoufflement des partis traditionnels hérités du XXe siècle et de la recomposition en cours des clivages, des lignes de fractures, à l’intérieur de la gauche, l’émergence de plusieurs nouvelles forces politiques traduit au fond le besoin d’une gauche capable de projeter dans les imaginaires et dans les pratiques quotidiennes une autre vision du monde. C.A.**, **E.C.** et **M.R.

Lire l’ensemble du dossier sur :

http://www.regards.fr/article/?id=4419

http://www.regards.fr/article/?id=4422

Paru dans Regards n°67, décembre 2009

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