Accueil > actu | Par Marc Endeweld | 1er décembre 2009

NPA, PG, Europe Écologie... Le parti des quartiers (3)

Le dernier Forum social des quartiers populaires rassemblant des militants associatifs d’horizons divers, a acté le lancement d’un Mouvement politique des quartiers et de l’immigration. Témoignages croisés.

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C’était le 25 septembre dernier. Le troisième Forum social des quartiers populaires se tenait à Montpellier (après Saint-Denis et Nanterre), au Petit Bard, un quartier populaire habitué aux mobilisations. Bref, un espace familier pour les militants qui s’y réunissaient. Ces derniers venaient de tous les coins de France : « Même si nous n’avons pas les mêmes trajectoires associatives et politiques, nous avons à peu près la même histoire en fait, nous sommes issus des mouvements pour l’égalité des droits des années 1980 » , constate Salah Amokrane, des Motivé-e-s et du actikollectif à Toulouse.

DÉBOUCHÉS POLITIQUES

Depuis cette époque, Salah a ainsi régulièrement croisé dans les luttes les militants du Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB), mais aussi « les collègues de Lyon, avec ce qui s’est passé à Vaulx-en-Velin » . Comme Abdelaziz Chaambi, qui milite depuis le début des années 1990 à Lyon dans le cadre de l’association Divercité et le Collectif des musulmans de France : « Que des musulmans pratiquants soient capables de bosser avec des athées comme les copains du MIB, ça avait beaucoup gêné à l’époque les autorités et les partis politiques. Nous avons compris que nous pouvions travailler ensemble au-delà de nos appartenances, explique-t-il, aujourd’hui, il est nécessaire de tracer un sillon pour les nouvelles générations, de poser les jalons pour leur montrer comment faire de la politique d’une manière autonome. Et montrer aux jeunes qu’on peut être français et musulman et participer aux luttes sociales, d’autant plus qu’aujourd’hui les musulmans sont dragués par l’extrême droite à travers la question palestinienne sur fond d’antisémitisme » , prévient Abdelaziz. D’où l’urgence de trouver des débouchés politiques à la colère des jeunes qui s’est exprimée dans les violences de 2005.

UN RÉSEAU NATIONAL

D’autant plus que l’idée de se fédérer dans un mouvement à l’échelle nationale ne date pas d’hier : « En 2002, on avait déjà eu l’idée d’un réseau national avec d’autres associations, mais on campait à l’époque sur nos identités respectives », rappelle Salah Amokrane, « les jeunes nous ont un peu rappelés à l’ordre » . C’est d’ailleurs peu de temps après les émeutes consécutives à la mort de Bouna et Zyed, à Clichy-sous-Bois, que ces militants décident de se rencontrer « avec [ leurs] expériences et [leurs] limites » à travers les Forums sociaux des quartiers populaires (1). Très vite, un projet sur la mémoire des luttes dans les quartiers est lancé, ainsi qu’une campagne contre les violences policières.

Mais dans la tête de tous, la vocation des Forums était de réfléchir à de possibles débouchés politiques. Et c’est finalement en septembre dernier que plusieurs militants des FSQP ont pris la décision de s’affirmer politiquement dans les prochains mois : « Nous n’avons pas la prétention de représenter « les gens en colère ». Au contraire, il est nécessaire de fédérer au maximum, les mecs en colère comme les étudiants » , précise Tarek du MIB. Qui ajoute : « Si nous avons attendu très longtemps avant de nous lancer dans l’aventure, c’est que nous sommes fragiles. Mais notre parole a toujours été minorée dans le champ politique, donc autant le faire nous-mêmes. Même si ce n’est pas évident. Nous devons nous poser encore de nombreuses questions : quels moyens, quelle organisation ? » La prudence des uns est mêlée à l’optimisme des autres : « Il y a une vraie attente de la jeunesse, l’espace politique existe » , rappelle Salah. A Clichy-sous-Bois, Mohammed Mechmache, militant de l’association ACLEFEU en est également persuadé : « A la dernière présidentielle, avec notre combat, nous avons réussi à inciter des millions de jeunes des quartiers à s’inscrire sur les listes électorales. Or, depuis, les partis politiques n’arrivent pas à mobiliser dans les quartiers. Il y a pourtant un potentiel réel, et nous avons la capacité d’aller à leur rencontre. Cette fois-ci, nous avons décidé de faire le boulot nous-mêmes ! »

A Toulouse, les Motivé-e-s s’étaient déjà lancés en politique en se présentant dans le cadre de la campagne municipale de 2001 : « Nous nous sommes déjà engagés sur un terrain institutionnel. Ce fut un succès relatif, mais on s’est aperçu que, même dans une ville comme Toulouse, il est possible de prendre une initiative politique autonome, raconte Salah Amokrane, et c’est un très bon moyen de peser dans le rapport de force avec les autres partis. Quand dans une ville tu pèses 10 %, on t’écoute. C’est indéniable. » Mais à l’échelon local, une dynamique politique peut vite s’essouffler : « Un conseil municipal, c’est un espace d’opposition démocratique très relatif, confie Salah, un pied dans l’institution donne néanmoins de la légitimité et c’est un atout non négligeable pour la suite. » La suite justement : en se lançant dans la création de ce mouvement politique des quartiers et de l’immigration, tous prennent conscience qu’ils peuvent tenter, enfin, de discuter d’égal à égal avec les autres forces politiques : « Même si un contexte unitaire à la gauche de gauche aurait été plus simple pour nous, remarque Salah, mais par rapport à d’autres moments, la question des élections n’est pas écartée d’un revers de la main. » M.E.

1. http://fsqp.free.fr

Lire l’ensemble du dossier sur :

http://www.regards.fr/article/?id=4419

http://www.regards.fr/article/?id=4421

Paru dans Regards n°67, décembre 2009

Un rendez-vous à Bagnolet

La convergence d’associations de quartiers et de personnes issues de l’immigration au sein du FSQP est la face émergée d’un mouvement. Dimanche 8 novembre, ils étaient une centaine venus de différentes villes de la région parisienne à se retrouver à l’invitation de quatre associations de quartiers de Bagnolet. « Ne soyez plus l’Arabe ou le noir de service » , a lancé un ancien à l’adresse des jeunes militants. L’entrée en politique est jugée trop peu soutenue par de solides réseaux pour échapper à la récupération. Ce constat ouvre le débat. Se constituer en force politique ? Se séparer des autres combats anticapitalistes’ Les sujets sont connus. La réponse se cherche encore. Fait nouveau : la présence d’élus sur le plan local et d’intellos. Significativement, la tribune était occupée par des sociologues et Mouloud Aounit, toujours fidèle au poste. Les filles’ absentes de la tribune ? étaient néanmoins présentes et actives dans un débat où dominent le sentiment d’urgence (notamment face à la police) et l’ancrage dans une histoire : chacun se situe au regard de celle-ci et des expériences passées. Indubitablement, un mouvement populaire cherche ses voies. C.T.

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