Accueil > Culture | Par Aline Pénitot | 16 octobre 2012

Occupy la FIAC

La Foire internationale d’art contemporain (FIAC) se tiendra au Grand Palais, au Jardin des Tuileries et au Jardin des Plantes du 18 au 21 octobre. L’artiste conceptuelle Sophie Nys présente Fort Patti I, une pièce qui dénote dans ce royaume mondain et financier.

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Conceptuel de quoi ? - L’art conceptuel puise une bonne partie de ses racines dans le dadaïsme de Marcel Duchamp. Au début du siècle dernier, en posant une Roue de Bicyclette sur un tabouret ou en exposant une Fontaine qui n’est autre qu’un urinoir, Marcel Duchamp a largement remis en question la notion traditionnelle d’œuvre d’art. Il est fort peu probable que Duchamp ait alors conscience que ses ready-mades allaient imprégner la majeure partie de l’art du XXe. À briser aussi fortement les codes établis et en émancipant l’art de la peinture et du cadre, il laisse à la postérité une liberté artistique fructueuse. Pour l’artiste conceptuel, l’idée prime maintenant sur sa réalisation. Il s’attache à étudier les signes, le langage, la philosophie, les fondements de l’art, les outils d’exposition et de médiation de l’art… Ses œuvres peuvent prendre n’importe quelle forme : un livre, une installation, une performance, un film, un dessin, un objet. Le courant s’épaissit au cours du siècle et de grands noms restent : Joseph Beuys, Robert Fillou, Daniel Buren, Dan Graham, John Cage.


Sophie Nys occupe la place - Depuis une dizaine d’années, depuis Bruxelles ou Zürich, Sophie Nys s’impose dans cette lignée-là, jusqu’alors, il faut bien le dire, très masculine. Alors logiquement, on lui demande si elle est féministe (Le salon). Si un artiste noir s’était retrouvé exposé dans une galerie du 6e arrondissement de Paris, - imaginons-, on lui aurait demandé avec le même aplomb faussement « pote » s’il luttait contre le racisme. Sophie Nys répond habilement qu’il est bien difficile de définir l’art féministe mais qu’elle aime discuter de la place des femmes dans l’art contemporain. Elle s’avoue perplexe que si peu de prix soient accordés aux femmes alors qu’elles représentent plus de 60 % des étudiants en école d’art. Si elle pense être féministe - il est de bon ton de l’être dans les milieux artistiques ces temps-ci, elle espère surtout que son travail se réfère aussi à « beaucoup d’autres choses ».

Il faut dire qu’elle s’attaque à du dur, et même selon ses propres mots « à du viril », aux figures du pouvoir totalitaire, politique, philosophique, artistique, social… Hitler, Mussolini, Heidegger, Wermeer, Duchamp, Lénine. Quand elle effectue une recherche sur les questions de condition d’exposition, elle propose un travail sur le pilori. Elle s’engouffre alors avec précision dans un travail documentaire qui va des objets de tortures du Moyen-Âge au journal antisémite Pilori, bien connu pendant la Seconde Guerre mondiale. Sophie Nys explore des traces de l’histoire qu’aucun chercheur ni journaliste ne saurait remarquer. Emmanuel Hervé promeut Sophie Nys en France via sa galerie éponyme qui a le bon goût de se trouver à Belleville ; il pense que l’artiste est « à la recherche du grain de sable qui pourrait enrayer la fluidité historique ».

Fort Patti I, une œuvre minimale à tiroirs - Pour la 39e édition de la Foire internationale d’art contemporain de Paris, Sophie Nys présente Fort Patti I. Cette pièce semble d’une facture simpliste : il s’agit d’un tronc creux posé sur des tréteaux et d’une pièce de 1 cent. Le texte qui accompagne l’œuvre nous donne un bon nombre de clés pour décrypter cette pièce. Sophie Nys a travaillé à partir d’une photographie de 1915, achetée à Soho à New York. La photo montre un ancien conduit d’eau exhumé à l’occasion des fouilles organisées lors des travaux de la station de métro Wall-Street. Le conduit a été exposé sur des tréteaux et curieusement photographié avec le même sérieux que si l’on avait trouvé une colonne antique. Pour les New Yorkais, les canalisations étaient comparées aux attributs phalliques et Sophie Nys cherche à en « inverser l’évocation ».

Les intertextes de l’œuvre ne s’arrêtent pas là. Sophie Nys a acheté cette photo au lendemain de l’évacuation par la police des manifestants d’Occupy Wall Street, réunis à Zucotti Park en novembre 2011. Un an pile après, au moment de se remémorer des faits, elle crée Fort Patti I, en écho à la disparition de la tente qui abritait les 5 000 ouvrages de la bibliothèque des militants d’OWS, une tente qui avait été offerte par Patti Smith. Elle-même ancienne habitante du Chelsea Hôtel non loin de Soho. Un Chelsea Hôtel dont les résidents sont en train de se faire exproprier. Les boucles conceptuelles que provoque un simple tronc d’arbre peuvent tourner un bon moment dans l’univers de Sophie Nys. Sans compter que Fort Patti I implique sans doute qu’il y aura un Fort Patti II, Sophie Nys laissant des indices à suivre à travers ses propres propositions artistiques. Œuvre après œuvre, chacune marquée de références cinglantes, Sophie Nys réussit avec humour à déjouer les pièges d’un conservatisme historique rigoureux.

Fiac, du 18 au 21 octobre 2012, Grand Palais, Jardin des Tuileries et Jardin des plantes. www.fiac.com

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