Accueil > monde | Par Gülay Erdogan | 8 février 2009

Omar Al Somi : « Les mobilisations témoignent d’une articulation réussie entre deux France »

Depuis longtemps, les Français n’avaient manifesté si nombreux pour la Palestine. L’attaque de Gaza par Israël a entraîné une mobilisation qui rassemble bien au-delà des cercles traditionnels des organisations de solidarité. Le point de vue d’un responsable de l’association Génération Palestine.

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Partout dans le monde et notamment en France, les mobilisations de solidarité avec le peuple palestinien ont été importantes en janvier. Qui se mobilise et d’où vient cette nouvelle dynamique ?** **Omar Al Somi. La première raison de cette mobilisation de la société civile en Europe et dans le monde, c’est l’extraordinaire violence et brutalité dont a fait preuve Israël à Gaza. Sans compter un siège qui, depuis plus d’un an et demi, a mis ce territoire au bord de la pire crise humanitaire. Un fort sentiment de rage face à ces crimes s’exprime dans la rue pour dire à Israël « ça suffit » ! Il faut mettre un terme à toutes ces violations des lois internationales. Soixante ans après la Nakba [expulsion des Palestiniens en 1948, Ndlr], quarante ans après le début de l’occupation, il est temps enfin de trouver une juste solution au conflit israélo-palestinien. En France, plusieurs dizaines d’organisations politiques (PCF, Verts, LCR...), syndicales (FSU, CGT...) et associatives (Génération Palestine, CCIPPP, AFPS...) se sont mobilisées. Et, pour la première fois, on a une articulation réussie entre deux France qui jusqu’à présent avaient du mal à se retrouver. D’un côté, les mouvements classiques, mobilisés sur la cause palestinienne comme sur la plupart des grandes causes antiracistes et anticoloniales. De l’autre, ces nouveaux citoyens français d’origine arabe et musulmane. Du fait de leur bonne connaissance, via les médias arabophones, de ce qui se passe au Proche-Orient, ils sont plus mobilisés que la moyenne sur les enjeux de paix et de justice en Palestine. Ces deux parties de la société avaient du mal à se retrouver depuis 2001. La stigmatisation des Français issus de l’immigration comme des terroristes potentiels avait créé une situation difficile. Et là, grâce à l’urgence et à un travail de fourmi qui a été entrepris par beaucoup d’associations dans les quartiers, on a pu expliquer qu’on devait se retrouver sur un message commun, citoyen, universel, qui est celui de la défense du droit international.

Les partis politiques sont-ils suffisamment mobilisés ?** **O. Al S. Le silence ou les condamnations au mieux très timides de la gauche institutionnelle, le PS, et de différents syndicats posent un vrai problème. Ils peinent à sortir d’une longue tradition de soutien à Israël et de négation des droits du peuple palestinien. Nous appelons l’ensemble des organisations politiques françaises à rejoindre ceux qui sont déjà avec nous. Et ce n’est pas seulement un enjeu pour le Proche-Orient, ça l’est aussi pour la France.

Parce que, selon vous, la discrétion de certains pourrait accentuer des clivages dans la société française ?** **O. Al S. Michèle Alliot-Marie a dit qu’il ne fallait pas importer le conflit israélo-palestinien. Alors il faudra répondre à cette question : qui l’importe ? Si on utilise ce slogan pour interdire toute mobilisation de solidarité avec la Palestine, eh bien, on empêche l’expression d’une solidarité citoyenne fondée sur le droit international qui peut permettre justement de trouver un canal d’expression à la révolte de toutes ces personnes indignées par l’injustice qui règne au Proche-Orient. Pour ne pas importer le conflit israélo-palestinien en France, mobilisons-nous donc tous ensemble. Nous avons à nos côtés des organisations comme l’Union juive française pour la paix, le Collectif pour une autre voix juive et beaucoup d’autres issues de la diaspora arabe et musulmane. Ce n’est pas en refusant de parler de la Palestine qu’on évitera les troubles et les tensions liés à la situation régionale.

Propos recueilli par G.E.

Paru dans Regards n°59 février 2009

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