Accueil > économie | Par Samuel Lehoux | 1er janvier 2009

On risque de devenir tondeur de « béton vert ».

Les journées d’action s’enchaînent sur le campus de Villetaneuse pour sauvegarder le secteur des paysagistes, menacé par l’extinction des postes de catégorie C dans les universités. Rencontre avec un amoureux du métier.

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Avant, je travaillais au ministère de l’Education nationale et pour des cabinets de ministres. Mais ça ne m’intéressait plus,de faire des jardins pour quatre personnes. Il y a cinq ans, j’ai pu venir travailler à l’Université de Paris-13. Au cœur de la Seine-Saint-Denis et entourée de beaucoup de béton, cette fac possède 26 hectares paysagers et d’énormes capacités en espaces verts. Je suis arrivé ici avec plein de projets. On était neuf employés. On a commencé à faire deux à trois créations par an, pour améliorer le site. Ce n’était pas les idées qui manquaient. On voulait innover, faire par exemple un amphithéâtre paysager à l’extérieur, pour que les étudiants puissent suivre des cours dehors. Aujourd’hui, je suis responsable d’une équipe de seulement trois personnes, dont deux titulaires en catégorie C, et un contractuel qui disparaîtra au mois d’août. Les anciens paysagistes ont changé de poste ou sont partis à la retraite, sans être remplacés. Pire encore, avec la suppression des postes de catégorie C, mes deux seuls collègues risquent d’intégrer des équipes polyvalentes et d’être affectés à des tâches qui n’ont rien à voir avec notre métier. Une partie de l’argent généré par le blocage de ces postes va être redistribuée au mérite ! Et pendant ce temps, les personnes contractuelles, qui font pourtant du bon boulot, on ne les embauche pas... Ils ne nous le disent pas clairement, mais ils veulent se passer de nous.

Pourtant, on aménage des espaces de passage et de détente agréables. On met des bancs, on crée des allées. Et c’est satisfaisant de voir que beaucoup de monde profite de ces espaces, y compris les personnels administratifs. D’ailleurs, nos prés fleuris et le patio de l’IUT figurent sur les documents envoyés par la fac et sur la page d’accueil de son site Internet...

Au-delà de ça, la faune et la flore sont en danger. Il y a 15 hectares de prés en friche autour des bâtiments. On essaie d’y conserver un écosystème équilibré en faisant des rotations de parcelles. On peut ainsi voir à Villetaneuse des hérissons, un nid d’abeille, des orchidées sauvages... Les prés fleuris permettent aussi la pollinisation. Tout ça disparaîtra fatalement. Sans ces jardins, ces prés et le personnel pour s’en occuper quotidiennement, que va devenir notre métier ? On installe du « béton vert », c’est-à-dire des plaques toutes faites de pelouses taillées à trois centimètres qui ne peuvent abriter aucune faune. Ils veulent qu’on finisse « tondeur », sans avoir rien à y redire. Mais on ne demande pas à un ébéniste de raboter des fenêtres toute la journée. L’équipe en a marre d’être partout et nulle part. On ne nous offre plus la possibilité de faire notre boulot au sens noble du terme. Ça devient pire que dans le privé. La profession rime avec rendement, alors que je m’étais engagé dans la fonction publique justement pour conserver l’amour de mon métier. C’est la première fois qu’on se mobilise comme ça dans notre secteur. On croit en notre mouvement. Après, il faut que la pression monte au niveau national.

Propos recueillis par S.L.

Paru dans Regards n°58 janvier 2009

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