Accueil > Société | Entretien par Jon Elizalde | 11 octobre 2011

« On se syndique quand on se stabilise dans la vie »

Trois questions à Jean-Marie Pernot, chercheur à l’Institut de recherches économiques
et sociales (Ires), auteur de « Syndicats, lendemains
de crise » (2010).

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Regards.fr : Volontairement ou pas, les syndicats sont
restés à l’écart des mouvements des Indignés.
Pourquoi ?

Jean-Marie Pernot : Par nature, les syndicats fédèrent peu les très
jeunes. On se syndique quand on se stabilise
dans la vie : emploi, famille, etc. Le syndicalisme
n’a jamais été l’objet de ceux qui n’ont rien. Les
jeunes se sentent de plus en plus exclus du
monde des installés, dont fait partie le syndicalisme.
Et ce, partout. Bien sûr, il y a la peur classique
d’être récupéré. Mais aujourd’hui, s’ajoute
à cela l’idée suivante : les syndicats c’est le
système, et on nous empêche d’y entrer. Les
syndicats n’apparaissent pas comme des outils
d’émancipation.
Le problème est surtout sur la forme : le syndicalisme
est ancré dans le salariat classique, en
décalage avec le marché du travail actuel. Ce
qui pouvait marcher avant, ne marche plus : il y
a une disjonction entre ceux qui peuvent lutter
et les autres. Une partie du salariat continue de
bien vivre, les autres décrochent.

Regards.fr : Ces mouvements vont-ils durer ?

Jean-Marie Pernot : Il n’est pas impossible qu’il y ait une génération
précaire, comme il y a eu une génération
mai 1968. Comment s’inscrire dans la durée
et dans des formes de débats soutenables ?
Au bout d’un moment, la démocratie directe ne
suffit plus. S’unir sous une forme associative est
indispensable pour les précaires. Ils ne s’imposeront
que par le nombre.

Regards.fr : Peuvent-ils faire évoluer les syndicats ?

Jean-Marie Pernot : Ces mouvements-là ont une capacité d’interpellation.
Si ce qui émane de la mobilisation des
jeunes est puissant et durable, alors oui, cela
aura un effet sur le syndicalisme. Surtout que
les syndicats ont un souci de relève générationnelle.
Ils ne peuvent pas voir une mobilisation
de jeunes sans s’y intéresser. Il faut trouver une
forme d’organisation adéquate, qui rompe en
partie avec le modèle de l’entreprise. Il faut aussi
un syndicalisme plus ouvert sur les questions
sociétales. Attention, il n’y a pas d’indifférence
des syndicats pour les plus précaires, mais un
manque d’efficacité. Les syndicats doivent être
politisés, pas dans le champ partisan, mais avoir
quelque chose à dire à la société, sur le vivreensemble,
etc.

Un rapprochement des deux est un processus
de longue durée, avec des efforts de part et
d’autre. Mais quel type de démocratie dans ces
mouvements ? C’est une question centrale.

A lire

Syndicats, lendemains
de crise ?

de Jean-Marie Pernot

éd. Gallimard, 430p., 7,80 €.

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