Accueil > économie | Par Claire Wehrung | 1er décembre 2008

« On touche 380 euros par tonne de lait »

Mi-novembre, le gouvernement annonçait un plan d’aide aux agriculteurs qui ne prévoit aucune mesure pour le lait. Rencontre avec un producteur normand.

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« Le prix du lait est réévalué chaque trimestre, à l’occasion des rencontres interprofessionnelles où se réunissent les représentants syndicaux des agriculteurs et quelques-uns des transformateurs, c’est-à-dire Danone, Lactalis ou encore Senoble. Ce sont ces grands groupes qui proposent un prix. C’est ensuite à nous, producteurs, de le négocier... Mais il faut se battre. Aujourd’hui, on touche 380 euros par tonne de lait. Ce qui me fait 38 centimes par litre, 10 à 15 centimes par litre charges déduites. Et les charges ne cessent d’augmenter : le prix des engrais vient de doubler et les produits agrochimiques ont pris 30 %. Or les transformateurs veulent descendre le prix de la tonne de lait à 260 euros dès le 1er janvier. Si le gouvernement laisse faire, je toucherai 26 centimes par litre, soit à peine 5 centimes après déduction des charges. C’est irréaliste. Les transformateurs jouent avec la crise. Sous prétexte que la consommation a baissé, on nous achète le lait, la viande et le blé de moins en moins cher tandis qu’à l’étal, les prix s’envolent. Les transformateurs et la grande distribution s’engraissent sur le dos des producteurs et des consommateurs. Tout ce que nous réclamons au gouvernement, ce sont des prix fixes. On ne veut surtout pas de subventions qui nous font passer pour des assistés. On a besoin de savoir ce qu’on va gagner chaque mois, car notre métier consiste à perpétuellement parier sur l’avenir : par exemple, trois années s’écoulent entre la naissance d’un veau et le moment où il sera productif. De même, on ne peut pas décider de stopper l’une de nos activités parce qu’elle marche mal une année : la tendance peut s’inverser au semestre suivant.

Sur le total de mon chiffre d’affaires, je prélève environ 2 500 euros par mois. 800 partent dans le rachat de la ferme à mes parents et 800 euros vont au remboursement de ma maison. Il me reste environ 800 euros pour vivre. C’est un peu dur pour 60 heures de travail hebdomadaires, 365 jours par an.

Moi, je fais ça depuis treize ans. J’ai repris l’exploitation à mes parents après un BTS agricole. Je vis principalement de la production laitière qui représente 60 % de mes revenus, mais 80 % de mon temps de travail. J’ai 110 hectares et 40 vaches : c’est une exploitation moyenne. Je fais aussi des céréales et de la viande, puisque toutes les vaches laitières ont une fin tragique. Ma journée commence à 7 heures avec la première traite. Après j’emmène mes deux filles de 4 et 6 ans à l’école. Ensuite je continue : je prépare les aliments, je nettoie les litières, je vais en pâture soigner les animaux et puis, il y a toujours du travail côté céréales. Enfin, à 18 heures, c’est la traite du soir. Ça fait un peu plus d’un an que je ne suis pas parti en vacances. Ça ne me manque pas plus que ça. Je vis mon métier comme une passion, ça ne me coûte pas de travailler les week-ends. Mais aujourd’hui on est inquiet face à la volatilité des prix. Avant, les agriculteurs travaillaient en pensant à ce qu’ils laisseraient à leurs enfants. Aujourd’hui, la situation est beaucoup trop fragile pour que j’y pense. »

Propos recueillis par Claire Wehrung

Paru dans Regards n°57 décembre 2008

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