Accueil > idées/culture | Par Emmanuel Riondé | 14 février 2011

Palestine, enjeux de cartes

Un territoire fragmenté, une population malmenée mais toujours
debout... La Palestine aujourd’hui. Un atlas et un recueil de
contributions savantes se détachent de l’actualité pour proposer
des approches renouvelées et tranchantes de la question.

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On attendait avec impatience le
jour où les éditions Autrement se
piqueraient de traiter la Palestine
dans leur remarquable collection
d’atlas. Comment mener un tel
projet concernant un pays qui n’existe pas en
tant qu’Etat indépendant dans des frontières
reconnues’ Le titre choisi, Atlas des Palestiniens,
répond en partie à
cette question : les auteurs se
sont d’abord intéressés aux
Hommes. Et, nous disent-ils,
être palestinien aujourd’hui
c’est – avant tout – vivre sous
occupation israélienne. Or
la définition de l’occupation
«  est très simple : un Etat impose par la force sa
présence et ses décisions sur un territoire après
l’avoir conquis par les armes ; aux termes des
conventions de Genève de 1949, cet Etat est
une puissance occupante
 ».

En découle pour les Palestiniens une situation
– un quotidien kafkaïen et brutal couplé à la
nécessité de faire perdurer collectivement un
projet de libération nationale – dont les auteurs
déclinent toutes les facettes en s’appuyant sur la
dense cartographie de Madeleine Benoit-Guyod.

La première partie de l’ouvrage, « Histoire et
politique », quoique traitée de manière succincte
(une seule petite colonne sur « l’essor du Hamas
 ») retrace l’évolution du mouvement national
palestinien, depuis la présence ottomane jusqu’à
la mise en place de l’Autorité nationale. La deuxième,
« Population et société », fait le point sur
des sujets aussi essentiels que les réfugiés
ou les « arabes israéliens »
et aborde la question de la
démographie qui, soixante
ans après l’injonction de Ben
Gourion (« Toute femme juive
qui en a la capacité et qui
n’amène pas au monde au
moins quatre enfants sains,
s’esquive de son devoir auprès de la nation.
 »),
reste un enjeu central du conflit.

Les conséquences de la guerre

Mais c’est la troisième partie consacrée aux
« Territoires » qui permet de mesurer au plus
juste l’ampleur de la tragédie palestinienne en
ce début de XXIe siècle. Le mur comme «  matérialisation
d’un projet d’annexion
 », la dimension
stratégique de « l’architecture d’une colonie »,
le « cas exemplaire de violence hydraulique » que représente le détournement de l’eau cisjordanienne
au profit d’Israël, les conséquences
concrètes (sur l’éducation, la santé, la sécurité
alimentaire...) de la guerre menée à Gaza... En
plus d’éclairer ces aspects parfois méconnus
de l’occupation, les auteurs se livrent à un efficace
décryptage des situations (administratives
et politiques) des Palestiniens d’Hébron ou de
Jérusalem-Est. Ces derniers se retrouvant «  traités
comme des immigrants alors qu’ils sont
chez eux et qu’ils vivent là souvent depuis des
générations
 ».

«  Il ne va rien se passer (dans les mois et les
années à venir), concluent les auteurs, car on
ne voit ni pourquoi ni comment la situation
totalement asymétrique qui prévaut depuis des
décennies, entre d’un côté une puissance occupante
et de l’autre un peuple sous occupation,
changerait pour se métamorphoser en une paix
qui n’aurait de sens que si elle était juste.
 »

Représentations médiatiques

Précédant cette amère conclusion, la partie
intitulée « La paix dans l’impasse » s’avère paradoxale.
Tout en prenant acte de l’échec d’Oslo,
elle rappelle combien on a parfois semblé proche
d’une solution ces dernières années, notamment
en décembre 2003 avec l’initiative de Genève
qualifiée par les auteurs de « document le plus
intéressant pour imaginer une paix israélo-palestinienne

 ». Ce serait donc toujours possible ?
Sans répondre à cette question, un ouvrage
paru en novembre propose de multiples clefs
pour en saisir tous les enjeux. Israël-Palestine,
les enjeux d’un conflit
, dirigé par Esther Benbassa,
est un recueil d’articles essentiellement
rédigés par de jeunes universitaires français.
Trois d’entre eux s’intéressent aux représentations
médiatiques du conflit – aux côtés des
seuls journalistes du lot : Dominique Vidal, Denis
Sieffert et Gilles Paris.

Les autres interrogent ses mouvements, circulations,
interactions et affiliations. Comment
l’Autorité palestinienne manoeuvre-t-elle avec les
contre-pouvoirs à l’échelle locale ? (Julien Salingue)
 ; le « concept d’ethnocratie à l’épreuve
du terrain » (Pierre Renno) ; « l’évolution de l’engagement
politique dans les territoires palestiniens
 » (Pénélope Larzillière) ; ou encore l’état
des « tendances actuelles dans l’écriture des
sciences humaines et sociales sur le Proche-
Orient » (Philippe Bourmaud).

Les deux « camps » sont traités et l’on y trouve
des pages fort intéressantes sur la représentation
du conflit en France (« Les institutions juives
face au spectre de “l’islamisation” de la cause
palestinienne en France », Vincent Geisser). Un
tel éparpillement rend difficile la construction
d’un propos collectif homogène politiquement.
Mais l’intérêt de cet ouvrage est ailleurs : dans
le sérieux des travaux menés, et dans le regard
neuf que ces jeunes chercheurs, bien souvent
sur un ton très libre, portent sur ce vieux conflit.

A Lire

Atlas des Palestiniens,
un peuple en quête d’un Etat
,

de Jean-Paul Chagnollaud et
Sid-Ahmed Souiah, cartographie
de Madeleine Benoit-Guyod,
éd Autrement, 80 p. 17 €.

Israël-Palestine,
les enjeux d’un conflit
,
sous la direction d’Esther
Benbassa, éd. CNRS,
300 p., 22 €

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