Accueil > Société | Chronique par Nicolas Kssis | 20 novembre 2011

Paris Première, la fin d’une ère

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Difficile de le cacher, l’annonce de l’arrivée
d’Éric Zemmour sur Paris Première
nous a un peu fendu le coeur
. Malgré
toutes nos réticences et autre esprit « critique
radical » bourdieusien, on l’a aimée cette chaîne,
qui fête de manière fort étrange son vingt-cinquième
anniversaire en ouvrant son antenne à
celui qui pense que l’antiracisme est
plus dangereux que le racisme, auprès
duquel tout ce que la France compte de
néo-réac et de hussards fachos vient
prendre conseils et courage pour sauver
« l’occident viril et dominateur ». Elle
était née en 1986 comme la simple version
parisienne d’une chaîne locale, avec
même la mairie postchiraquienne penchée
au-dessus du berceau. Mais Paris
est capitale ! Rapidement émancipée et
privée, elle accueille Jean-Edern Hallier
qui jette les livres par-dessus les invités
pendant qu’Aure Atika balance son verre
à la gueule du Professeur Chauron dans
l’émission de Nova.

Ses slogans successifs « La télé qui a
l’esprit plus large que le petit écran
 »,
puis « Vous pouvez rallumer la télé »,
indiquèrent clairement la tendance : la
petite lucarne ne constituera plus le plaisir honteux
du peuple, mais deviendra un lieu aussi chic
et distingué qu’une remise du prix du café de
Flore, pour hipster averti qui ne sort plus de peur
de rater son programme préféré (ou s’y faire
inviter). Parisienne sans honte, élitiste assumée
et sélective (payante) avec décontraction, elle
reste encore de ce fait atypique dans le PAF. Elle
abritera surtout dans ses bras la renaissance de
Thierry Ardisson qui lui offrira, en fils reconnaissant,
ses plus belles années avec « Paris dernière
 », errance nocturne et élégiaque dans un
Paris d’églises orthodoxes et de syndicats anarchistes - sans oublier « Rive droite rive gauche »,
son célèbre « pomme Q », où les acteurs culturels
parlaient enfin autant que ceux qui parlaient
d’eux. Et également des films en VOST
(si rares à l’époque), des cycles d’hommages,
des soirées Hentai (les mangas
classés X), et des séries décalées, tels
Nip/Tuck ou récemment Modern familly
(petite merveille de sitcom qui explose
tous les crédo habituellement conservateurs
sur les sacro-saintes valeurs familiales
américaines). Elle deviendra en
2004 une extension luxueuse du groupe
M6 (après tout chaque gouvernement
de droite à son ministre de la Culture
non ?), qui n’avait pas encore injecté
dans la veine populaire une racoleuse
W9 à coup de rediff en boucle, de reportages
sur l’insécurité ou la prostitution.

Alors que reste-t-il de ce mini Canal
Plus qui n’aurait pas vendu son âme
pour du cul (et encore… Comment
oublier les émissions de sous-films
érotiques présentées par un Dick Rivers prenant
sa revanche symbolique sur « La Dernière
séance » d’Eddy Mitchell ?) et du foot. Que ce
soit « Rive droite », resucée falote du « 93 faubourg
Saint-Honoré », où Guillaume Durand
sert la soupe à Chantal Jouanno et Pierre
Ménès, ou l’arrivée de Zemmour, on y sent
désormais quelque chose de l’air du temps…

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