Accueil > Culture | Par Raymonde Temkine | 1er juillet 2000

Paul Puaux un homme debout

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Avec la fille de Paul, Yolaine Goustiaux, Melly Puaux est le maître d’oeuvre de ce qu’on peut appeler une somme tant le livre est riche, suivant Paul Puaux pas à pas tout au long de son existence. Elles ont eu recours à des archives, une mine d’écrits et d’illustrations et ont amplement utilisé une série d’entretiens télévisés réalisés en 1994 par Dominique Darzacq pour l’INA où Puaux se révèle tel qu’en lui-même ; le militant modeste et efficace des causes qu’il a servies, et chaleureux, et plein de bonhomie. A cela s’ajoutent des témoignages recherchés auprès de témoins, nombreux encore, même pour ce qui précède la vie publique près de Vilar de cet avignonnais d’adoption devenu la figure la plus populaire de la cité. Si bien que ce livre présenté avec soin, avec goût, avec amour, est à la fois la bigraphie d’un homme de grand caractère et d’élévation morale ainsi que l’évocation d’un moment d’exceptionnel foisonnement du théâtre populaire dans sa plus grande ouverture et sa plus haute ambition qui pour Vilar signifiait "apprendre et apprendre, libérer l’homme".

"Vivre l’utopie, c’est une façon d’être en règle avec sa conscience"

La partie la moins connue de la vie de Paul Puaux est évidemment celle d’avant son entrée en festival. Normalien à 16 ans, instituteur à 19, il vit pleinement, dit-il, la période du Front Populaire, fréquente les auberges de jeunesse, les CEMEA (1). Assidu des chantiers de jeunesse et dès 1939 éclaireur de France, il entre en 1941 dans la résistance et le voilà FFI. Pour échapper au STO, il se fait mineur de fond dans l’Ardèche. Redevenu instituteur, il est dans l’après-guerre, un militant de la Paix qui entre au parti communiste et se présente deux fois à la députation. Cela lui vaudra le retrait de sa délégation au poste d’inspecteur de la Jeunesse et de l’Education populaire où Jean Guéhenno l’avait nommé en 1945. En 1947 il rencontre Jean Vilar inconnu à Avignon, qui y débarque et cherche "qui peut faire savoir ce que nous faisons à ces jeunes ?" On lui désigne Paul Puaux qui s’y emploie, qui s’y dévoue : "Ma rencontre avec Vilar a changé ma vie."

De lui, toujours présent, toujours efficace, Vilar fait en 1966 son administrateur permanent, titre que Puaux tint à conserver : "on ne succède pas à Vilar" : quand après sa mort il dirigea (1971-1979) le festival.Avec raison, plutôt que de conter les grandes heures du festival, le livre accorde de l’importance aux voyages de Puaux à l’étranger pour y rencontrer artistes et personnalités à faire venir en Avignon. Il n’empêche que, témoignages aidant et surtout photos, il n’est en fait personne ayant sur scène ou lors des nombreuses activités impulsées, assumé un rôle important ou modeste, qui ne figure ici. Après sa démission, Paul crée et dirige avec Melly la maison Jean-Vilar, dont sa présidence du conseil d’administration de l’Opéra de Paris (1981-1983) l’éloigne peu de temps. C’est à Avignon qu’est son coeur. Et là, jusqu’à sa mort le 27 décembre 1999, il continue à être le militant d’une culture populaire, toujours actif, toujours entretenant le rêve d’un monde meilleur et ne se contentant pas de rêver, même si notre fin de siècle considère comme utopie bien des combats qu’il a menés. "Au fond, vivre l’utopie, c’est une façon d’être en règle avec sa conscience" : bilan de sa vie tiré six mois avant sa disparition. n R.T.

Melly Puaux et Yolaine Goustiaux,

Paul Puaux, l’homme des fidélités,

éd. Association Jean Vilar, avec le concours du Centre national du livre.

Paul Puaux, Avignon en festivals ou les utopies necessaires,

éd. Hachette, Paris 1983

En collaboration :

le Guide d’Avignon et de son festival,

éd. La Manufacture-Lyon 1987, réed.1991 ; l’Aventure du théâtre populaire, d’Epidaure à Avignon, éd. du Rocher 1996.

1. CEMEA Centre d’entraînement aux méthodes actives

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