Accueil > actu | Par Rémi Douat | 1er octobre 2007

Paumés mais pas désespérés...

Dynamiser le PCF, donner une nouvelle impulsion à la LCR ou créer une grande force de gauche radicale... Après la douche froide électorale et l’échec du processus unitaire, les militants expriment encore de très fortes attentes politiques. Rencontres et paroles de militants dans les allées de la Fête de l’Huma.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

La fête de l’Humanité est toujours l’occasion de prendre la température politique du moment. Cette année, l’enjeu est encore plus important. Chaque force de gauche, de la LCR au PS, est à un tournant, à l’heure des choix. » Gaëtan, « communiste de cœur » et observateur attentif des débats en cours, cavale de débats en forums dans les allées du parc du Bourget. Son bilan, le samedi soir : « paumé » , lâche-t-il. « Je sens qu’il y a une vraie envie de se reprendre mais je vois mal les différents acteurs se sortir de l’ornière dans laquelle ils sont. » Ornière ? On résume : un PCF qui a pu sauver les meubles aux législatives après avoir encaissé une gifle sévère à la présidentielle, enregistrant là son plus mauvais score. A l’ordre du jour, place du Colonel-Fabien, le débat sur la stratégie à adopter pour se refaire, dépassement ou repli ? Invitée de poids, une LCR auréolée du plus gros score des petits, venue avec une proposition de création d’un parti anticapitaliste dépassant le parti révolutionnaire mais suspecté de vouloir imposer la cadence, le calendrier... et le contenu. Ajoutons un François Hollande qui a fait ce qu’il a pu pour faire oublier « une droitisation » du PS, ainsi qu’on le commentait dans les allées, une Cécile Duflot qui n’a guère plus la cote... et, au total, des dizaines de milliers de militants désarçonnés.

CONFUSION

Simone reprend, dubitative : « J’y croyais beaucoup lorsque nous avons tenté de trouver un candidat commun pour la présidentielle, je me disais que même en cas d’échec, les effets pour la suite des combats seraient de toute façon bénéfiques. Aujourd’hui, j’en doute. Je crois que cette séquence a fait beaucoup de mal à l’unité. » Amar, militant PCF, tient Olivier Besancenot pour responsable de la confusion : « Il me fait l’effet de jouer les gros bras, en surfant sur son score électoral, et ferme la porte à tout dialogue avec les autres. Il joue perso, c’est bien dommage. » Devant le tout petit stand de la LCR, un militant se justifie : « Olivier a le mérite de faire une proposition. Elle s’adresse à ceux qui veulent changer les choses en profondeur, pas aux bureaux politiques de tel ou tel parti. »

A côté, les composantes de la gauche radicale sont réunis sur le stand des Communistes unitaires pour reprendre le débat sur le rassemblement des forces. Sous une tente très attentive, un militant prend la parole : « Il faut arrêter ce boulot de boutiquiers ! Nous ne sommes plus crédibles. »

« ENFOIRÉ DE LIBÉRAL »

Applaudissement nourri. A quelques stands de là, Marie-George Buffet accueille justement le leader de la LCR, ainsi que Cécile Duflot (Verts) et François Hollande (PS) pour le débat vedette de la Fête. Il n’y a pas de place pour tout le monde et les échanges sont vifs aux alentours de l’estrade. Les noms d’oiseaux fusent pour Hollande, « traître » , « enfoiré de libéral » ... Michel relève les invectives, amusé, mais a un vocabulaire plus choisi : « Ils ont tort d’inviter Hollande. La gauche retrouvera la force dont elle a besoin face à Sarkozy à condition d’assumer totalement ses valeurs initiales : la solidarité, la lutte contre la précarisation et un divorce total avec le libéralisme. Le PS actuellement ne donne pas les gages de cela. Le PCF doit se refonder en prenant appui sur sa gauche et rien que sur sa gauche. »

Chez les politiques comme chez les militants, la question est la même. « Quelle force politique de gauche pour demain ? » Nous sommes à la Fête de l’Huma, chacun convient que le PCF a une carte maîtresse à jouer, mais comment ? Pour Claudine, militante communiste « de toujours » , « le PCF a tout essayé pour enrayer son érosion » . « J’ai longtemps cru à une recomposition du PCF en tant que tel, poursuit-elle, avec des aménagements aux marges. Aujourd’hui je pense qu’il faut aller plus loin, tout remettre sur la table et mettre en chantier ce parti, travailler à la construction ouverte d’une grande formation de gauche. Si cette réinvention se fait sous l’égide du PCF et de sa direction, il est évident que nous resterons entre nous. Un peu comme Besancenot avec sa proposition pseudo-ouverte. » Pour Paul, en revanche, qui ce samedi a d’ailleurs travaillé à faire adhérer les visiteurs, pas question d’abandonner « les fondamentaux » . « Au-delà de mon attachement au PCF en tant que tel, comme des milliers de militants, l’idée d’un nouveau parti me paraît une utopie non souhaitable. Ceux qui n’ont pas d’histoire n’ont pas d’avenir. On ne brade pas son histoire. La nôtre est à l’origine d’innombrables victoires et espoirs... et il faudrait nous convaincre de renoncer à ça ? »

Bastien, 25 ans, a commencé à s’intéresser « à tout ça » avec le référendum, puis le CPE. Il n’est encarté nulle part : « Comme tout le monde, je ne sais pas quelle forme pourra prendre une vraie alternative politique de gauche. Mais je sais qu’il y a du pain sur la planche tout de suite... Les facs, les retraites, l’immigration, la carte scolaire... ça tape partout, si on ne peut pas être ensemble dans les urnes, soyons-le dans la rue. »

R.D.

Paru dans Regards n°44

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?