Accueil > actu | Par Catherine Tricot | 1er janvier 2008

PCF, à la recherche de l’espace perdu

Jusqu’à peu impensable, la question est désormais le cœur des discussions des militants communistes : existe-t-il un avenir pour le PCF ?

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Le résultat de la candidature de Marie-George Buffet (1,93 %) lors de la présidentielle a produit un cataclysme dans le PCF. Le piteux résultat de Robert Hue en 2002 avait été mis sur le compte d’un rejet de la gauche plurielle. Cette fois aucune cause externe ne parvient à relativiser la sanction. Même le léger mieux des législatives (4,2 % et 15 députés) ne rassure guère. Les tentatives volontaires depuis la rentrée de réoccuper l’espace politique ont confirmé la difficulté pour les communistes : quoi qu’ils fassent, quoi qu’ils disent, ils sont inaudibles. Quinze jours après les grèves de mi-octobre une manifestation de résistance au pouvoir n’a pas su réunir au-delà des rangs des militants fidèles, de plus en plus âgés. Tous les sondages placent Olivier Besancenot au rang de premier opposant du pouvoir tandis que Marie-George Buffet ne parvient décidément pas à occuper cette position (1). Dans une direction atomisée, les débats tournent à l’aigre. Le conseil national discute désormais dans un climat tendu de l’ultime question : peut-on, doit-on continuer le PCF ?

Du côté du « oui », on retrouve les plus radicaux autour du maire de Vénissieux, André Gerin, et de l’élu d’Aubervilliers, Jean-Jacques Karman, mais aussi les militants du Nord-Pas-de Calais qui veulent « revenir au PCF ». Pour eux, les causes de l’effondrement sont à rechercher dans l’abandon de la dictature du prolétariat, du centralisme démocratique, les participations gouvernementales et enfin l’ouverture aux questions de société ont dilué l’identité, coupé le parti de ses bases sociales. Il faut faire marche arrière.

Egalement partisans du « oui », ceux que l’on appelle parfois « les conservateurs » autour de Nicolas Marchand et Yves Dimicoli. Mais le diagnostic est tellement grave qu’ils ne peuvent plus seulement réclamer un retour à l’ordre passé. Terme abominable il y a peu, ils se revendiquent désormais d’une « novation profonde ».

Egalement du côté de la continuité du PCF, Marie-George Buffet. Assommée par un score qu’elle n’avait pas anticipé, elle ne veut surtout pas être celle qui fermera le PCF. A défaut de projet, son approche tient dans un volontarisme militant et un retour à la base : distribuer des tracts, faire des manifs, donner la parole aux militants. Elle a insisté pour transformer le congrès extraordinaire en AG des militants avec des délégués par sections pour que s’exprime l’attachement au parti. Redoutant le débat général sur l’avenir, elle souhaite l’éclater dans de nouveaux ateliers thématiques tels que le PCF en a fait tant et tant depuis dix ans (2).

Comment rebondir ?

Du côté de ceux qui proposent de construire une autre formation, deux options. La première est constituée par le noyau de ceux que l’on appelle encore improprement les « huistes » (3). Michel Maso, Daniel Ciréra, Pierre Blotin, le syndicaliste Denis Cohen et quelques secrétaires fédéraux tirent les leçons de l’échec de la mutation et du déclin du PCF : il est devenu inamendable ; il faut constituer un « nouveau parti communiste ».

La seconde option est celle de la création d’une nouvelle force à la gauche du parti socialiste rassemblant les différents courants qui se rattachent aux courants radicaux, critiques, alternatifs. Ceux que l’on appelle désormais « les communistes unitaires » (ex-refondateurs) sont partisans d’une telle formation avec le maintien d’un courant communiste en son sein qui devra redéfinir le projet communiste. L’autre branche « huiste » incarnée par Marie-Pierre Vieu, Dominique Grador et Jean-Claude Gayssot n’a pas cette insistance sur l’espace autonome communiste. Mais malgré cette nuance, tous affirment que, de fait, le PCF n’est déjà plus et qu’il ne rebondira pas. Pour eux, il s’agit de contribuer à la naissance d’une nouvelle force à partir de l’actif militant, symbolique, politique et culturel. A défaut, insistent-ils, on s’oblige à choisir entre la social-démocratie recentrée et la LCR.

Peur du repli

Enfin, d’autres dirigeants considèrent que le moment n’est pas venu de trancher sur la disposition des forces à venir. Ils s’attachent à convaincre que l’immobilisme et le repli ne sont pas de rigueur. Circonspects, les secrétaires fédéraux et les élus n’ont pas encore, pour la plupart, pris parti. Ils redoutent l’éclatement du corps militant dont ils se sentent comptable ou dont ils ont besoin. Mais nombreux craignent le repli qui coûterait très cher en termes d’élus ; ils savent aussi les difficultés à faire vivre l’actuelle organisation politique et recherchent une solution qui relance la mobilisation des communistes.

Passé les élections cantonales et municipales, le débat va commencer ; il durera jusqu’au congrès de décembre 2008. Existentiel, il sera décisif et sans concession. Le PCF est au pied du mur et cette fois tout le monde le ressent. Catherine Tricot

1. Dans le sondage du Figaro du 30 novembre, pour 19 % des Français, Olivier Besancenot est le principal opposant à Sarkozy ; Marie-George Buffet est sous la barre de 1 %.

2. Ainsi, comme en 2003 et en 2006, on retrouve un atelier sur « la visée communiste » avec, pressentis, quasiment les mêmes protagonistes...

3. Robert Hue est désormais très en distance de ces débats et ne soutient aucune de ces hypothèses. En parlant de « huistes » on évoque ceux qui entouraient le secrétaire national du temps de la tentative de « mutation du PCF ».

Paru dans Regards n°47, Janvier 2008

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