Accueil > actu | Par Rémi Douat | 1er octobre 2007

PCF/LCR/VERTS/PRS/ANTILIBERAUX : la fin du petit commerce

Le petit commerce et l’esprit de boutique ont rongé la gauche radicale. Si les divisions mortifères sont toujours à l’œuvre, l’idée de construire une nouvelle force politique en rupture avec l’ordre libéral dominant arrive en force. Tous ensemble ? Ce n’est pas fait.

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« Dans la riposte à Sarkozy, on frisait le ridicule, s’inquiète Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF. Maintenant c’est fait, nous sommes en mesure de riposter, grâce à l’initiative de Marie-George Buffet » , poursuit le communiste. La création d’un « comité de riposte » , réunissant socialistes, communistes, Ligue communiste révolutionnaire et Verts serait l’un des acquis de la rentrée politique. Mais cette unité de façade, dont l’efficacité reste à prouver, ne saurait masquer les profonds désaccords. Seules les questions mettent tout le monde d’accord. Comment faire front au sarkozysme ? Comment surmonter la crise des idées progressistes et de leur expression, notamment dans les urnes ? Comment, en somme, ne pas laisser le drapeau de la gauche à terre face à la révolution libérale de la majorité ? Sur les réponses apportées, on se déchire. La droitisation de nombreux dirigeants socialistes se confirme chaque jour un peu plus, accompagnant « l’ouverture » de Nicolas Sarkozy. Consolation pour les socialistes de gauche, un espace est laissé vacant pour l’expression des valeurs de gauche. Le PCF, lui, joue une partition très compliquée. Tenter d’abord de sortir la tête de l’eau, après une séquence électorale calamiteuse. Préserver ensuite son héritage tout en prenant acte de la nécessité de se rénover, voire de « dépasser » le parti en tant que tel. Le tout en s’assurant du soutien du PS pour les municipales de mars, échéance sur laquelle le PCF n’a pas le droit à l’erreur. En attendant, les débats entre courants secouent le navire. De son côté, la LCR tiendra congrès du 24 au 27 janvier et verra alors si les militants sont prêts à se fondre dans le nouveau parti anticapitaliste voulu par Olivier Besancenot. Là encore, le débat se déroule en interne. Mais la LCR dite « unitaire » , animée par Christian Picquet, se charge de montrer une autre voix que celle de la direction en prônant lui aussi une « refondation d’une gauche de gauche » . Avec notamment Claude Debons (ex-coordinateur des collectifs antilibéraux), Eric Coquerel (Mars gauche républicaine) et Clémentine Autain (lire page 11), il appelle à la création d’une « nouvelle force politique résolument à gauche » susceptible d’agréger différentes traditions de la gauche de transformation sociale, et, point de rupture avec la LCR, ayant vocation à ne pas se contenter d’une posture de « témoignage » . Enfin, les collectifs antilibéraux, rescapés de la séquence pré-présidentielle, se réunissent en assises à l’automne et entendent continuer à jouer un rôle fédérateur. Au programme, le point sur l’échec de l’action des collectifs (un tout petit score pour José Bové, aujourd’hui reparti sur le front des OGM, et les difficultés d’agréger des cultures politiques différentes), ainsi que la pérennisation en structures indépendantes.

DÉPASSER LE PCF

Au PCF, donc, l’idée d’une nouvelle force politique gagne du terrain et l’enjeu n’est pas tant de savoir ce qu’il faut changer, mais jusqu’à quel point. Iconoclaste hier, la perspective d’un nouvelle force politique dépassant le seul PCF est aujourd’hui partagée par plusieurs dirigeants. L’ancien ministre Jean-Claude Gayssot demandait récemment que le congrès de décembre soit l’occasion d’annoncer « la volonté » de créer une nouvelle force politique « avec d’autres » . Patrice Cohen-Seat, conseiller politique de Marie-George Buffet, a sorti un livre allant dans ce sens, bien au delà de « l’inventaire général » préconisé par la dirigeante communiste. Pour elle, l’idée est en effet exclue, même si le vocabulaire évolue. Les plus orthodoxes même, comme Nicolas Marchand, parlent de « rénovation » . Pour le porte-parole Olivier Dartigolles (1), « ne rien changer, ce serait renoncer » . « La gauche a besoin de lieux d’échange, de passerelles, de dialogue pour organiser, dans la rispote politique à Nicolas Sarkozy, le combat pour une alternative, pour travailler à une dynamique à vocation majoritaire. Pour moi il n’existe pas de solution écrite d’avance. Il faut ouvrir un processus et que le congrès extraordinaire envoie un message fort : le PCF est disponible pour y participer. » A cette condition, il deviendrait « attractif » , concluait-il.

Plus radicale, Dominique Grador estime qu’il « faut une nouvelle force, et pas un PCF renouvelé. On nous reproche par avance de vouloir rassembler autour de nous. C’est vrai que la force militante du PCF demeure importante et que notre fonction élective est reconnue mais il y a aujourd’hui une inutilité de nos idées dans le sens où nous ne pesons pas assez. C’est à cela qu’il faut travailler et cette idée commence à faire son chemin » . La communiste sait pourtant les dangers des grands travaux : « On peut tout changer pour que rien ne change, ce ne serait pas la première fois. Ou faire du vieux en voulant faire du neuf, comme dans les collectifs antilibéraux. » Alors quelle est la méthode et avec qui ? « Il faut créer un processus populaire et appeler ceux qui partagent un même constat à travailler ensemble et non les inviter à rénover le PCF. Il faut créer à égalité avec d’autres une nouvelle force anticapitaliste : il existe tout un vivier au PS qui ne suit plus les orientations libérales de ce parti, d’autres chez les écolos, les altermondialistes. »

BOUT DE ROUTE AVEC SARKO ?

Reste que le rapport au PS ne se joue évidemment pas que sur les idées. Le nombre d’élus locaux et l’implantation municipale, 806 maires et 2 700 maires adjoints, sont une vraie force politique pour le PCF. Des accords avec le PS sont nécessaires lors des échéances électorales de mars. Pour préserver ce capital, Marie-George Buffet a d’ores et déjà demandé l’union au PS, dès le premier tour, pour conquérir de nouvelles municipalités et préserver les positions acquises. De son côté, le PCF approuve le principe d’un « comité de liaison de la gauche » voulu par François Hollande, devant se réunir chaque mois et ayant vocation à créer les bases d’une « gauche victorieuse » , selon les termes de Solférino. Entrer à tout prix dans une nouvelle phase de son existence, être attentif à sa gauche tout en ne tournant pas le dos aux socialistes, chez qui d’ailleurs on ne sait plus très bien où l’on habite... La séquence est plus que compliquée pour les communistes.

Pendant ce temps-là, au PS, une mutation bien difficile à suivre se poursuit. On l’a vu, les éléphants désertent jusque chez Nicolas Sarkozy, tandis que les jeunes lions, quadras rénovateurs, tentent de capter ce qui reste de l’héritage. Mais déjà l’un d’eux, le fougueux député-maire d’Evry, Manuel Valls, se voit bien faire « un bout de route » avec Nicolas Sarkozy. A la gauche de la formation, le malaise est important. Marc Dolez, invité par le PRS de Jean-Luc Mélenchon sur son stand de la Fête de l’Huma, a été plus que clair : « Si l’acte de décès du PS n’est pas encore prononcé, nous sommes nombreux à penser qu’un point de non-retour est presque atteint » . Emmanuel Maurel, lui aussi à la gauche du PS, s’inquiète du « social-défaitisme majoritaire dans les rangs de la gauche avec comme tout horizon la politique au niveau local » . Lui aussi appelle de ses vœux une « grande force politique de gauche » . Si un tel parti devait exister, « les militants socialistes devraient alors faire un autre choix que le PS » , indique-t-il.

AMBIANCE FRAÎCHE

La vie de la Ligue communiste révolutionnaire, même « forte » de son score de 4,08 % à la présidentielle, n’est pas non plus un long fleuve tranquille. Sa proposition de lancer un grand parti anticapitaliste ne fait pas seulement débat en interne. Pour le leader de la Ligue dite unitaire, Christian Picquet, la proposition est positive dans le sens où « la direction de la LCR appelle dorénavant à son dépassement, [mais] nous ne saurions partager la méthode consistant à refuser toute alliance ou confrontation avec des courants issus de la gauche ou de la mouvance antilibérale, pour résumer la démarche conduisant à la naissance d’un nouveau parti à quelques composantes « révolutionnaires » ou « guévaristes » et à des « anonymes ». Poursuivre dans cette voie risque d’hypothéquer l’objectif lui-même, en laissant penser que la LCR ne cherche, en l’occurrence, qu’à s’élargir » .

Besancenot a remporté la mise contestataire et médiatique, et, en stratège politique, veut tirer les marrons du feu, quitte à assumer de mettre à mal les espoirs autour d’un processus unitaire, en tout cas tel que la période pré-présidentielle l’a envisagé. Venu en débattre sur le stand des Communistes unitaires (voir encadré), Pierre-François Grond, porte-parole de la LCR, soulignait à l’issue du débat le caractère « irréconciliable » de la posture de « rupture » de la LCR et de celle d’une « gauche d’adaptation » . « C’est un désaccord fondamental avec le PCF, même si cela n’empêche pas des alliances ponctuelles sur des enjeux bien précis. On nous reproche de vouloir nous cantonner au « témoignage », de ne pas mouiller la chemise ! Mais nous assumons de rejeter toute alliance destinée seulement à être majoritaire. La moindre des choses, c’est que les conditions politiques d’un tel accord soient réunies. Nous savons que ce genre de posture implique une subordination, notamment avec le PS. C’est hors de question. » Même si nous n’en sommes plus à l’heure des affrontements, l’ambiance entre le LCR et PCF est plutôt fraîche. Le porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles, par exemple, va jusqu’à dire que la proposition de Besancenot « accompagne le bipartisme triomphant » . « Une insulte » , selon son homologue de la LCR. Ambiance. Plus mesurée, la communiste Dominique Grador estime qu’Oliver Besancenot « prend les choses par le bon bout dans la mesure où il veut faire une force anticapitaliste et non trostkiste. La Ligue envisage donc de dépasser sa famille » . Mais là encore, le divorce est total sur la méthode : « Besancenot continue de penser qu’on n’a pas à se mêler des affaires institutionnelles, regrette-t-elle. Alors on est condamné à faire de la politique dans la rue ou à prendre le pouvoir tout entier ! »

TROISIÈME VOIX

Y a-t-il une troisième voie, entre un parti « gestionnaire » et un parti de « témoignage »  ? C’est l’alternative défendue notamment par Christian Picquet : « C’est à la refondation d’une gauche de gauche à laquelle il convient de nous atteler. Une gauche qui refuse à la fois l’impasse de la « modernisation » sociale-libérale et celle, symétrique, d’une gauche certes radicale mais incapable de porter majoritairement une alternative sociale et démocratique. Une gauche qui, se refusant aux postures de témoignage, vise à battre le social-libéralisme et sa domination sur le mouvement ouvrier. » Mais l’idée d’une telle force n’est pas neuve. Les acteurs de l’antilibéralisme s’y sont déjà cassé les dents avant l’élection présidentielle, alors qu’il s’agissait de se mettre d’accord sur un candidat commun. Comment éviter les tentations hégémoniques, les replis identitaires, les difficultés de créer une culture collective avec des origines différentes ? Au total, en cette rentrée de septembre, la thématique de « la nouvelle force politique » a bien le vent en poupe. Faut-il attendre ? Beaucoup hésitent, certains échaudés encore par l’expérience amère du « rassemblement antilibéral » de 2006. Tout se passe un peu comme si tout le monde attendait tout le monde. Nombreux sont ceux qui craignent les retards à l’allumage. Pour les communistes unitaires présents à la Fête de l’Humanité, par exemple, l’attentisme n’est pas un bon choix : « Il faut tendre dans les délais les plus courts possibles vers la constitution d’une force politique capable d’exprimer une exigence transformatrice. » Les semaines à venir et l’évolution de chaque composante potentielle de ladite « nouvelle force » vont peser lourd dans la balance.

R.D.

Paru dans Regards n°44

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