Accueil > idées/culture | Par Marie Nossereau | 1er juillet 2007

Pékin express, les tribulations de Tibère et Nicole en Chine

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Le principe de « Pékin Express », diffusé sur M6 tous les mardis en prime time, est a priori sympathique. Avec un euro par jour, par personne, et les moyens du bord, les candidats doivent parcourir en auto-stop des étapes d’environ 400 kilomètres à travers le continent asiatique, traverser des contrées exotiques, se loger et se nourrir, le tout sans connaître la langue locale. Plutôt divertissant. Voire intéressant.

J’entends déjà résonner à vos oreilles la petite musique de la rencontre des cultures et du dialogue entre les peuples. Et vous voilà prêts, du coup, à sacrifier à ce paradoxe ultime du téléspectateur : ignorer bien gentiment que l’aventure est filmée, ce qui implique bien sûr que les candidats à la rencontre des cultures et au dialogue entre les peuples soient suivis par un essaim de caméramans et de preneurs de son. En temps normal, ce phénomène compromet la rencontre et le dialogue, mais bon... La télé fait des miracles. Je vous vois donc déjà, mardi soir, 20h50, vous frotter les mains devant la télé assister à un jeu de téléréalité un peu moins idiot que les autres, pour une fois. Mais c’est bien mal connaître M6.

Car dans « Pékin Express », les candidats doivent aller vite, en tout cas, plus vite que les autres. La première équipe arrivée en fin d’étape gagne « l’immunité » pour l’étape suivante. Et la dernière est impitoyablement sortie de la course. En fait, les dix équipes de deux qui prennent le départ de « Pékin Express » n’ont qu’une idée en tête : gagner. A la fin, il n’en restera plus qu’un, selon la formule désormais consacrée. Du coup, comment dire, le dialogue entre les peuples passe un peu à l’as. Et se réduit à sa plus simple expression : « Please, can you stop the car ? » tient déjà du message élaboré à côté des « Possible to eat ? » , des « No, no, no money ! » , voire des « Ta gueule, conduis ! » et des « Putain, quel con ! » qui sont, semble-t-il, les formules magiques des candidats de « Pékin Express ».

La preuve avec Tibère et Nicole. Dans « Pékin Express », tout le monde les aime bien. Ils ont le rôle du « vieux couple » d’Agenais indestructibles. Mariés depuis quarante ans, toujours amoureux. Leur obsession : le souvenir de leurs petits-enfants. Leur motivation : gagner la course pour l’amour de leurs petits-enfants. Leur séquence émotion : regarder en pleurant les photos de leurs petits-enfants. Le décor affectif est planté. Eh bien, en fait, Tibère et Nicole sont méchants. Surtout Nicole. Elle, sa spécialité, c’est de tutoyer les gens qu’elle ne connaît pas sous prétexte qu’il s’agit d’Asiatiques. Et de les insulter. Voire de les frapper.

Cette jeune femme chinoise chauffeur de taxi en a fait les frais. Elle accepte d’accompagner notre bucolique couple d’Agenais. Pas gratuitement, bien sûr : taxi, c’est son métier. Nicole met pourtant les choses au clair d’emblée. Elle parle franglais à une Chinoise, qui ne comprend ni l’anglais ni le français : le couple n’a pas d’argent, ne peut pas payer la course mais monte quand même dans ce taxi. En VO, avé l’accent : « No money, c’est bien compris, t’auras la montre ! » La dite montre est une breloque sans doute fabriquée en Chine... Rencontre des cultures, quand tu nous tiens !

La jeune femme appelle quelques collègues en route, tâche de se renseigner sur l’itinéraire à emprunter pour atteindre une destination qu’elle ne connaît pas. Et, évidemment, se trompe de route. Nicole fait arrêter le taxi et c’est là qu’elle va donner toute sa mesure. Le compteur affiche 200 yuans (20 euros). La Chinoise supplie : « Vous devez me payer, le litre d’essence coûte cher ! C’est 5 yuans par litre ! » Nicole ne veut rien entendre. Toujours avé l’accent : « Je m’en fous, tu peux dire ce que tu veux, je comprends rien à ce que tu dis ! » Notre grand-mère pleine d’amour pour ses petiots agite sa montre pourrie au nez du taxi : « Tu la veux, la montre, ou tu la veux pas ? » La chauffeuse de taxi, qui ne sait plus quoi tenter pour récupérer son argent justement gagné, s’accroche au sac de Tibère : « C’est pas possible, vous êtes fous, j’appelle la police ! » Et Nicole : « Tu vas le lâcher, oui ! Touche pas ! » Les deux femmes en viennent presque aux mains. Jusqu’à ce que, à bout « d’arguments », Nicole sorte de son sac un bracelet en plaqué or, probablement le genre d’objets qui permirent aux Espagnols d’amadouer les Indiens d’Amérique, et essaie de refiler sa camelote à la jeune Chinoise furibarde. Mais rien n’y fait, elle veut son argent, et nos deux Français, surpris par ce refus (les Indiens s’amusaient pourtant d’un morceau de verre sans valeur), n’ont plus qu’une solution : prendre la fuite. La scène est d’une violence hallucinante.

On s’attendait vraiment à ce que « la Production » (puisque dans un jeu de téléréalité, c’est toujours « la Production » qui joue le rôle de Dieu) prenne des sanctions envers Tibère et Nicole. Mais non. Les voleurs ont pu poursuivre le jeu et se faire paisiblement éliminer quelques épisodes et centaines de kilomètres plus loin. Après avoir, entre autres aventures, mangé du chien sans le savoir. Bien fait. M.N.

Cette saison de « Pékin Express » a été diffusée sur M6 tous les mardis en prime time.

Article paru dans Regards n°41, juillet/août 2007

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