Accueil > Société | Par La rédaction | 29 novembre 2012

Peuple, qui es-tu ?

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

L’Université populaire de Gennevilliers organise un séminaire sur le peuple. À cette occasion, un dossier autour de ce « mystère » : d’un côté, des mouvements planétaires subversifs ; de l’autre côté, l’idée que le peuple désespéré et amer glisse vers des formes de contre-révolution.

A lire sur Regards et ailleurs... :

"On redécouvre la lune. Le peuple est en froid avec la politique instituée. Les livres, les tribunes, les attentions à l’approche de la présidentielle se tournent vers les catégories populaires dont le suffrage est recherché. Il y a pourtant plus de vingt ans que celles-ci ont décroché, qu’elles ne sont plus portées à gauche par une espérance et qu’une part significative d’entre elles se réfugie progressivement dans l’abstention et le vote FN. En 2002, les ingrédients qui nourrissent l’inquiétude sur un peuple délaissé et maltraité étaient déjà présents. Qu’avons-nous fait en dix ans ?
« Le peuple » avait disparu de notre vocabulaire. Même à gauche, la référence ne faisait plus recette. Le peuple morcelé, atomisé, avait quitté l’imaginaire collectif. En des temps marqués par l’atonie des idéaux et la baisse de la conflictualité politique, on lui préférait « l’opinion », « les gens », « l’électorat ». Un certain scepticisme planait, et continue de planer pour une part, sur la notion jugée trop vague, démagogique, ringarde. Et voilà que le peuple fait son retour. Dans le débat public, dans les discours politiques, la référence n’est plus boudée.

A la bonne heure… Car sans mobilisation populaire, la transformation sociale et écologique, substantielle et durable, ne peut advenir. Le progrès humain pour la société toute entière ne peut se réaliser qu’à la condition que les catégories opprimées et dominées trouvent la dignité et la voix qui leur fait pour l’instant défaut. Notre pays, celui de la Révolution française, en sait quelque chose : les moments de bascule, de conquêtes sociales significatives, de ruptures avec l’ordre existant coïncident avec l’irruption d’un peuple fédéré sur la scène sociale et politique.

Depuis plus de vingt ans, au lieu de prendre à bras-le-corps cette question, on a continué à mépriser le peuple. Les politiques néolibérales ont démantelé les protections sociales et dégradé les conditions de vie du plus grand nombre. La droite au pouvoir a mené à bien son travail de sape. Elle a de surcroît entrepris une œuvre idéologique de culpabilisation des pauvres. A gauche, certains ont semblé faire une croix sur le peuple, comme s’il était finalement irrattrapable, trop inculte, trop barbare pour pouvoir continuer à prendre appui sur lui. En pensant que les victoires électorales, seules dignes d’intérêt, pourraient s’obtenir sans lui. D’autres, à gauche, s’apitoient sur le peuple, l’idéalisent dans une figure qui n’est plus la sienne. L’incantation sur un mode nostalgique des grandes heures du mouvement ouvrier ne sert à rien. Le passé est une source de réflexions et de symboles, mais il ne se reproduira pas à l’identique, avec les mots et les images d’hier. Il y a plus grave… Puisque ni droite, ni gauche, ne trouvaient le sésame pour fédérer le peuple, l’extrême droite a cru voir son heure arriver. Sur des bases rétrogrades et raciste, elle caresse le peuple dans le mauvais sens du poil et prospère sur ce qui est laissé vacant.
Au total, le compte n’y est pas. Et ce n’est pas nouveau. Quel gâchis ! Toute la gauche est devant ses responsabilités. L’invocation morale ne vaudra jamais le retour critique sur les expériences historiques qui nous ont conduit là où nous sommes. Les échecs du XXe siècle doivent être digérés et imposent de tirer des leçons substantielles. Soit la gauche est capable de renouer avec le peuple, soit elle ira de naufrages en naufrages, inutile au monde. Mais pour réussir, il faut qu’elle soit à la fois fidèle à elle-même, en retrouvant sa boussole et son tranchant, et qu’elle sache ce qu’il lui convient de changer, au plus profond d’elle-même.

Il ne suffit pas de dire aux catégories populaires qu’on les aime pour les mobiliser. Nous devons répondre à la seule question qui vaille : comment la politique contribue-t-elle à permettre aux différentes composantes du peuple aujourd’hui dispersé - dans ses statuts, ses activités, ses origines, ses lieux de vie - de se constituer en communauté de projet ? Cette réponse n’arrivera pas d’un coup d’un seul : elle suppose une mobilisation politique, sociale, artistique, intellectuelle inédite et au long cours. Elle s’inscrit dans une histoire mais ne peut se contenter de la répéter. L’entreprise de refondation, de novation à produire doit s’appuyer sur la réalité du peuple tel qu’il est aujourd’hui. En préalable, il nous faut donc prendre la mesure des mutations du monde du travail et de la cité.

La réalité du peuple, en partie abstraite, est en perpétuelle redéfinition. La force de la notion, c’est qu’elle recouvre, dans notre langue française depuis la fin du XVIIIe siècle, une double acception. Le peuple mêle le social et le politique. Il est un et multiple. L’étymologie latine n’est pas inutile. Le peuple est à la fois la plèbe (plebs), c’est-à-dire les catégories opprimées et dominées dans leur diversité, et le mouvement par lequel cette plèbe se rassemble pour devenir un peuple politique (populus), doté d’une volonté commune. Par peuple, il faut entendre combien le caractère universalisant de la cause des subalternes dit le sens de l’avenir commun. Le recours politique au peuple part d’une conviction : le progrès humain passe par l’amélioration des conditions de vie des exploités et des dominés qui sont les acteurs, les sujets de l’émancipation. Pour ouvrir le champ des possibles, il faut du carburant dans le moteur de l’histoire. Et ce carburant, c’est le peuple mobilisé autour d’un refus et d’une espérance."

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?