Accueil > Société | Par Anne-Claire Colleville | 1er octobre 2006

Philippe Foucras : "Plus on descend dans l’échelle sociale, plus on meurt tôt, plus on est malade"

Quelles ont été les réactions de votre collectif à la publication du rapport du Fonds CMU sur les refus de soins pour les patients à la CMU ?

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Philippe Foucras. Nous avons saisi la Halde (1). C’était un acte symbolique. La Halde a pour vocation de traiter les problèmes de discriminations liées à l’origine ethnique. Elle s’interroge sur sa vocation à s’occuper des discriminations sociales mais, pour les soins, la vraie exclusion n’est pas liée à la couleur de la peau, elle est économique et éducative. L’ordre des médecins dit que ce sont des pratiques marginales, il ne fait pas son boulot, il est indigne, comme d’habitude. Il se discrédite et n’est plus un interlocuteur valable pour les vrais problèmes de déontologie et d’accès aux soins. Dès 2000, les refus de soins lui ont été signalés et l’ordre avait alors écrit dans son bulletin un article expliquant que l’on ne doit pas refuser des patients, mais que l’on est libre de soigner qui l’on veut.

Le refus de soins est-il un phénomène récent ?

Ph.F. Le refus de soins est universel et historique. Il est vieux comme les soins eux-mêmes. En fait, c’est un élément de l’exclusion. Il existe des circonstances politiques et administratives qui incitent les professionnels à ne pas soigner. La CMU était censée lever ces obstacles administratifs. Mais elle ne lève ni les obstacles psychologiques ni les obstacles culturels : un pauvre n’est pas beau et il aura du mal à s’exprimer, il n’est pas formé à cela. Dans les cas extrêmes, cette discrimination peut s’apparenter à du racisme social. Les généralistes sont les médecins de premier recours, ils ne sont pas enclins à refuser les pauvres car c’est une part importante de leur clientèle. Ils ont souvent une attitude plus sociale par choix et aussi par réalité de la pratique. Plus on monte dans l’échelle des revenus des médecins, plus les refus sont fréquents.

Quel est l’impact de l’accès aux soins sur l’état de santé ?

Ph.F Il n’y a pas beaucoup de pays qui permettent, dans les textes, à l’ensemble de la population d’accéder aux soins. Nous avons l’outil théorique pour que cela se passe mieux qu’ailleurs et pourtant cela ne se traduit pas dans les faits. Selon une étude de l’Insee, le différentiel de mortalité entre les cadres supérieurs et les manœuvres est de seize ans, un des plus élevés en Europe. C’est un cumul de précarité. Plus on descend dans l’échelle sociale, plus on est malade, plus on meurt tôt. Cela ne peut que devenir un véritable problème de santé publique. Avec les progrès de la médecine, nous nous rapprochons de plus en plus de la mortalité génétique. L’espérance de vie augmente d’un trimestre par an. Dans les années à venir, il nous reste des progrès à faire sur les questions sociales de santé.

1. Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?