Accueil > actu | Par Emmanuelle Cosse, Marc Endeweld | 1er février 2009

Pierre Laurent (PCF) : « Poursuivre le Parti communiste en le transformant profondément »

Quel bilan tirez-vous du dernier congrès du PCF qui s’est tenu en décembre dernier ?

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Pierre Laurent. On avait annoncé un congrès de division et d’éclatement, où les communistes seraient abasourdis par la situation. C’est à peu près le contraire qui s’est passé. On sort de ce congrès avec un parti communiste combatif et rassemblé. Ce qui ne veut pas dire sans débats.

Avec l’entrée, sur le plan mondial, dans une crise extrêmement grave, ce congrès a été marqué par la volonté de passer à la contre-offensive. Cette crise rebat pas mal les cartes, idéologiquement et politiquement. On est en train d’entrer dans une nouvelle période où le capitalisme est sur la sellette après plusieurs décennies où l’idéologie libérale a visé l’hégémonie. Il y a eu au congrès un débat important pour mettre le parti au travail sur les objectifs d’un projet de dépassement du capitalisme. Et donc sur les nouveaux modes de développement, sur la question démocratique et sur la mondialisation ou plutôt ce que l’on a appelé une nouvelle « mondialité ».

Ensuite, il y a eu la volonté de se remettre à l’offensive sur la question du rassemblement. On avait à tirer les leçons d’une période qui a débouché sur l’échec présidentiel, pour la gauche et pour le PCF. Nous avons donc défini une nouvelle stratégie de rassemblement, articulée autour de la constitution, en toutes circonstances, de fronts politiques centrés sur des objectifs de transformation sociale. C’est ce que nous allons essayer de mettre en œuvre aux élections européennes.

Enfin, il faut se remettre à l’offensive sur la transformation du Parti communiste. La présidentielle avait jeté le doute sur la possibilité ou l’utilité de poursuivre le Parti communiste. Le choix qui a été acté par le congrès, c’est de le poursuivre en le transformant profondément. Une commission nationale va y travailler dans les prochains mois. Tous ces choix-là ont permis le rassemblement des communistes, avec des options qui vont continuer d’exister dans le débat, mais avec un vote largement majoritaire de ces orientations. Après une période de doute profond, nous sommes dans une période de relance du parti, avec des enjeux de changement particulièrement importants.

Des débats et de la contestation, il y a en a eu lors du congrès, notamment avec les Communistes unitaires. Quel impact cela a-t-il eu dans vos discussions ?

P.L. Hormis l’option majoritaire qui s’est dégagée avec un vote de près de 70 % sur le texte adopté au congrès, il y a grosso modo deux autres options qui se sont manifestées. Une qui considère qu’il faudrait davantage « d’identitaire », qu’il faudrait mettre l’accent sur le « retour aux fondamentaux ». Cette orientation a fait environ 10 % au congrès et un peu plus au moment du vote des orientations au mois d’octobre. Il y a eu une autre option qui est elle-même assez diverse, qui considère que la voie des transformations décidée au congrès devrait ne pas écarter l’idée de passer à une autre formation politique que celle du Parti communiste. Cette option-là a fait près de 16 % au congrès sur le vote des directions. Cela s’est exprimé dans ces rapports de force-là et la composition du conseil national rassemble des personnes qui sont issues de ces différentes prises de position. La discussion va se poursuivre mais en travaillant sur la base de l’option majoritaire qui a été retenue par les communistes.

Mais cela pose frontalement la question des enjeux de transformation du PCF...

P.L. Les enjeux de la transformation du parti sont des enjeux d’organisation mais également des enjeux liés à sa visibilité, à son image et à sa place dans la gauche aujourd’hui. Des aspects de la vie démocratique du parti sont en jeu mais ce qui se joue est plus fondamental. Si notre projet politique n’est ni visible, ni crédible dans la société, cela suppose de s’interroger profondément sur toute une série de questions qui tiennent au contenu et au sens de notre projet et sur la prise en compte, par le parti, de nouveaux enjeux d’émancipation.

Il faut aussi se demander pourquoi le parti communiste n’est pas aujourd’hui une force suffisamment attractive pour les jeunes générations à un moment où pourtant, dans ces générations, l’engagement et la politique suscitent de l’intérêt. Manifestement, le PCF n’est pas perçu par ces jeunes, à tort ou à raison, comme une force politique qui répond avec efficacité à leurs besoins d’alternative au système et de radicalité forte. Cela doit nous amener à changer les formes d’organisation qui sont les nôtres.

Vous parlez de la forme parti du PCF. Est-ce qu’être communiste aujourd’hui, cela se réduirait à être au parti ?

P.L. Dans ce qui nous a conduits majoritairement à maintenir le parti communiste, il y a cette idée que l’organisation politique dans un parti reste quelque chose d’utile et un élément fort de la vie démocratique. Pour les catégories les plus exploitées de la société, cela reste un lieu d’émancipation politique fort, à condition de le faire vivre comme tel. Nous, forcément, nous croyons à l’idée d’un parti politique qui serait le lieu d’une appropriation populaire du débat politique. Maintenant, est-ce que le PCF est le lieu de cette appropriation, tel qu’il a pu l’être à un certain moment de son histoire ? Evidemment non.

Beaucoup de ceux qui peuvent se reconnaître dans notre projet d’émancipation sociale vivent les partis, et le Parti communiste, comme un lieu qui uniformise trop leurs engagements. Il faut donc reconnaître une place beaucoup plus grande aux individus et donc aux adhérents de ces partis. Cela remet en cause les formes dans lesquelles les partis politiques se sont installés, mais cela ne nous conduit pas à remettre en cause l’idée même du parti politique.

Autre chose est encore le rapport que ce parti entretient avec toutes les formes d’engagement. Beaucoup de choses ont déjà changé. Les rapports de subordination du mouvement social aux partis sont largement caduques aujourd’hui. Le problème, c’est l’atomisation complète que l’on observe. On a un mouvement social balkanisé, qui ne converge pas, même quand il se mobilise sur des questions identiques. Des formes de coélaboration des projets politiques sont donc à inventer. Et toutes les pratiques de démocratie participative doivent irriguer les partis pour faire de la question de la prise en main du pouvoir par les gens une question centrale. Les partis doivent redevenir des associations politiques, au sens plein du terme : il s’agit bien de faire des citoyens des acteurs associés et solidaires des nouveaux projets politiques.

Mais n’est-ce pas compliqué de rester dans cette forme de parti, quand le PCF obtient des scores électoraux si faibles ?

P.L. C’est évident que le score à la présidentielle a porté atteinte à la crédibilité du PCF comme force politique nationale. Dans une enquête que nous avons réalisée pour la préparation du congrès, on a vu que ceux qui considèrent le Parti communiste comme une force utile et crédible sur le plan local, doutent en même temps de sa crédibilité comme force politique nationale. C’est donc évidemment l’un des obstacles qu’on a à lever.

Ce n’est pas en changeant l’emballage qu’on va résoudre cette question-là, mais en se montrant utile pour ouvrir les chemins à de nouveaux rassemblements victorieux. Nous ne sommes pas les seuls concernés, c’est une question posée à toute la gauche. Le seuil de crédibilité politique joue aujourd’hui contre toutes ces forces qui ont essayé à la présidentielle de se disputer le terrain de la bipolarisation politique. On résoudra ce point si on est capable de mettre sur la table des propositions politiques qui répondent aux questions posées dans la société et qui sont capables de présenter des rassemblements adaptés et efficaces.

Ensuite cela suppose que le PCF rénove son image, change de communication, de porte-parole. Il faut que son expression publique exprime ce changement d’époque. Parce que le Parti communiste est vécu parfois, de manière injuste, comme une force du passé. Nous devons envoyer des signes à la société pour dire que c’est une force qui, au contraire, se tourne vers l’avenir.

Vous évoquiez la stratégie d’alliance avec le Parti de gauche pour les européennes. N’avez-vous pas été tenté au départ par un rassemblement plus large du camp du « non » au TCE ?

P.L. Le front européen que nous proposons n’a pas vocation à être un tête-à-tête entre le Parti communiste et le Parti de gauche. Il a vocation à réunir le maximum de forces autour du principe d’une réorientation sociale de l’Europe. Le camp du « non » : et c’est d’ailleurs pour cela qu’il l’a emporté : était extrêmement large, avec de nombreux électeurs socialistes. La position du Parti socialiste va être marquée par une très forte ambiguïté, pour ne pas dire plus. D’un côté, on entend Benoît Hamon dire qu’il faut entendre les exigences de la gauche sur la question européenne et, de l’autre, le même PS dit qu’il vaut mieux travailler avec le Parti socialiste européen, qui prône la ratification du Traité de Lisbonne. Que feront les électeurs socialistes si nous sommes capables de construire un front qui répond davantage à leurs envies de réorienter l’Europe sur des bases sociales ? On ne se résout pas à l’émiettement des autres forces à la gauche du Parti socialiste. Je ne suis pas sûr que le NPA ne soit pas dominé par son envie de faire des européennes une élection de lancement de son nouveau parti, ce qui peut le conduire à refuser de participer à ce front européen. Notre appel s’adresse à lui comme à toutes les forces qui partagent ces objectifs de réorientation sociale de l’Europe. Nous allons essayer d’aller le plus loin possible dans ce sens durant les semaines qui viennent, en rencontrant évidemment le Parti de gauche, mais aussi le Parti socialiste, le MRC, le NPA.

Où en sont, justement, les discussions avec le NPA ?

P.L. La balle est dans leur camp. Le NPA a un congrès en février, c’est à eux de répondre si cela les intéresse ou pas.

Le rapprochement avec le Parti de gauche a-t-il été bien vécu au sein du PCF ?

P.L. Cette orientation est vraiment très largement approuvée par les communistes. D’ailleurs, dans le texte du congrès, la partie qui comprenait l’exposé de notre proposition de front européen a été la mieux votée (84 %). Ce qui fait parfois débat, c’est que les communistes sont soucieux que dans cette stratégie de front, l’autonomie d’expression du PCF soit maintenue. Ensuite, ils souhaitent que ce front permette la réélection de nos deux eurodéputés (1), ce qui suppose que dans les deux circonscriptions où ils sont sortants, ils conduisent la liste. Le Parti de gauche a dit son accord avec ce principe-là. Une fois que ces conditions sont réunies, il y a une large approbation chez les communistes. Parce que l’expérience du « non » est dans toutes les têtes et que chacun a compris l’efficacité d’une stratégie qui, quand elle est claire dans les contenus et quand les alliances sont respectueuses des uns et des autres, a fait preuve de son efficacité.

Ensuite, je crois que le contenu de ce que l’on va défendre avec cette liste peut faire événement. Poursuivre la construction européenne sur les bases libérales sur lesquelles elle est engagée, c’est quasiment suicidaire. Qui peut prétendre qu’il va continuer à faire du progrès social avec ces politiques ? Les listes qui seront capables d’avancer des propositions véritablement alternatives à cette politique, peuvent avoir un écho extrêmement large. Je ne sais pas jusqu’où ira le front qu’on est capable de proposer, mais on ira avec beaucoup d’ambition aux élections. Un des dangers qui nous guettent, c’est que les gens se disent que cette élection ne servira pas à grand chose. Si on arrive à convaincre que cette élection peut être utile, tout de suite, pour changer la donne politique, pour conforter les mouvements sociaux qui existent dans le pays et pour poser la question européenne de manière différente, cela peut marcher. Par contre, si on échoue à faire cela, on peut être en difficulté.

Que pensez-vous de la création de la Fédération pour une alternative de gauche sociale et écologiste ?

P.L. On discute avec toutes les forces politiques constituées en partis, et toutes les personnalités intéressées par les démarches. Mais si les personnes ont une double affiliation... On n’exclut aucune discussion, mais les discussions entre les communistes ont lieu avec les communistes. Et si des gens ne se reconnaissent pas dans les différentes positions des forces politiques, on les prendra en compte. D’ailleurs, nous venons de décider avec le Parti de gauche la création d’une coordination afin de multiplier les contacts pour impulser la constitution du front.

Après les tensions des municipales, lorsque certains élus socialistes ont provoqué des primaires contre les élus communistes, et qu’ils évoquaient la fin du communisme municipal, le changement de direction au PS a-t-il amélioré la qualité du dialogue avec vous ?

P.L. Il y a un débat au Parti socialiste sur cette stratégie. Il y a des forces qui, ouvertement, pensent que les alliances ne doivent plus se faire avec les forces de gauche mais très clairement avec les forces centristes. D’autres pensent que l’avenir, c’est une seule grande force à gauche, à travers le PS seul ou une fédération du PS et des forces satellites autour de lui. Enfin, il y a des forces qui théorisent, au parti socialiste mais pas seulement, le dépassement du Parti communiste. L’idée qu’il était extrêmement moderne de réduire la vie politique à une alternance entre des forces de droite conservatrices et une force social- démocrate ou social-libérale, a été mise en difficulté par la profondeur de la crise et par le sentiment qu’il n’y aura pas de vraie politique de gauche si on se s’attaque pas aux logiques financières capitalistes dominantes. Ces stratégies de laminage des idées d’alternative au capitalisme deviennent plus difficiles. Mais cela ne veut pas dire qu’elles aient disparu et qu’elles soient sans danger. C’est en maintenant une ambition de rassemblement à vocation majoritaire, qu’on les mettra en difficulté. Car si les forces de transformation sociale à gauche se résignaient à leur marginalité, elles perdraient toute capacité à inverser cette donne.

Beaucoup de forces de gauche théorisent le fait de « récupérer » l’espace du Parti communiste et d’en incarner un certain héritage. Comment le parti lui-même envisage de reprendre et occuper cet espace ?

P.L. Mais c’est quoi l’héritage dont vous parlez ? Les grandes marques de l’héritage communiste, en tout cas celles qu’on a envie de cultiver, c’est une tradition de proximité forte avec les préoccupations populaires. Retrouver cette proximité, cela demande un travail qui ne peut pas être seulement l’incantation du passé. Le fait que la précarisation de la société soit galopante et dans des formes renouvelées impose un effort important pour reconstruire des repères politiques et des solidarités collectives. Cultiver notre héritage, c’est çà.

Ensuite, la grande tradition communiste, c’est celle qui marie une ambition de transformation radicale de la société avec la capacité à ouvrir des perspectives de changements immédiats. Les communistes sont devenus une grande force politique nationale, non pas parce qu’ils invoquaient les mots d’ordre révolutionnaires, mais parce qu’ils portaient l’espérance révolutionnaire et qu’ils ont été capables d’ouvrir des chemins concrets à cette espérance, jusqu’à la porter au pouvoir ou sinon la rendre tellement forte qu’elle imposait des changements importants. Aujourd’hui, ce qui est en difficulté, c’est à la fois l’utopie révolutionnaire dans le monde actuel et les chemins concrets de transformation. Ceux qui croient pouvoir occuper ce terrain-là avec des mots seulement, se trompent. C’est notre créativité politique qui est sollicitée pour retrouver les chemins de l’efficacité qui a été la nôtre. La troisième question importante, c’est celle de la construction d’un nouvel internationalisme, qui remette en cause les dominations actuelles du capitalisme. C’est un chantier énorme. Mais cela peut aussi redonner de la crédibilité à notre héritage communiste.

Dans les prochains mois, quel sera votre avenir personnel dans le parti ?** **P.L. Les choses sont clairement dites. Une direction collégiale s’est constituée autour de Marie-George Buffet, et je suis chargé de l’animer. Comme Marie-George Buffet a déclaré qu’elle souhaitait passer la main en cours de mandat, la direction collégiale sera chargée d’assurer le passage de relais, et j’en suis le coordinateur.

Entretien réalisé par Emmanuelle Cosse et Marc Endeweld le 16 janvier 2009

Paru dans Regards n°59, février 2009

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