Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 1er septembre 2009

Plus vite, plus haut, plus fort

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Le grand chapiteau du Tour de France a refermé ses portes. La caravane des sponsors a fini d’assommer le public agglutiné sur le bord des routes du Ventoux avec ses légendaires jets d’objets promotionnels. Tout le monde se frotte les mains.

D’abord notre président qui, s’engouffrant dans le sentimentalisme national comme dans une échappée, n’a pas hésité à venir défendre le beau rêve de la grande boucle. En en profitant au passage pour encenser l’exemple de Lance Armstrong, comme autrefois il serra ému comme un ado la pince de Tom Cruise « Et arrêtez de m’embêter avec la scientologie ! » ) : « Armstrong a gagné sept Tours de France et il revient à 37 ans avec un esprit de jeune homme. Je trouve que c’est une leçon de vie extraordinaire. Il revient à la fois pour faire une place, prendre du plaisir et défendre sa fondation et Dieu sait si on a besoin de lutter contre cette maladie qu’est le cancer. Cela donne espoir à tous les gens qui sont malades. » Le citoyen malade était donc bien naïf de croire qu’il relevait de la puissance publique de soutenir la recherche, tout ne reposerait en fait que sur le coup de pédale du grand ami de George Bush. Inutile de vous préciser que lorsque cette petite effrontée de Rama Yade s’amusa vaguement à dire deux mots sur le dopage, elle a vite compris qu’en cette année de crise, il ne fallait pas trop gâcher le plaisir des Français. Le sport fonctionne à l’instar de la diplomatie, les principes n’ont pas à empêcher les affaires.

Ensuite viennent les organisateurs (Amaury SA et le quotidien L’Equipe ) et les diverses formations engagées. Car pour l’instant, sans contrôles positifs, cette cuvée 2009 offre l’occasion unique de redorer le blason d’une discipline si souvent bafouée par une justice inutilement tatillonne, des journalistes obsédés par les seringues et surtout ces salauds de repentis. Circulez donc, il n’y a plus rien à voire, si ce n’est une foule enthousiaste et les scores d’audience réalisés par France Télévision. Greg Lemon peut maugréer dans Le Monde que les performances surhumaines de Cantador paraissent bien suspectes, ce ne sont que balivernes et mauvais esprit. Ce que d’ailleurs Jean Durry, brillant historien du sport, fondateur du Musée du sport, s’est échiné à illustrer sur le plateau de France 5.

Certes, à la décharge du cyclisme, peu de sports sont à ce point surveillés et il est vrai que, d’une certaine manière, il paie l’addition pour les autres. Les fédérations de natation (qui refusent les contrôles sanguins) et de football vous expliquent ainsi sans rire que l’absence de tests positifs démontre juste l’efficacité de leur lutte contre le fléau du dopage (la dernière coupe du monde n’a recensé aucun « tricheur »). Ce dernier est devenu consubstantiel au sport actuel, obligé de répondre à la devise programmatique de l’olympisme : Citius, altius, fortius (plus vite, plus haut, plus fort). Il faudra bien malgré tout qu’un jour la haute performance sportive résolve elle aussi cette douloureuse alternative qui se profile pour l’ensemble de la société, faute de transformer ses épreuves en mouroirs de gens en trop bonne santé : développement durable ou décroissance ? N.K.

SOLDAT RAMA YADE AU SPORT

La grande surprise du remaniement. Personne ne l’attendait là. On savait Bernard Laporte sur le départ. L’amitié, comme la patience présidentielle, a ses limites. Mais Rama Yade n’avait pas franchement le profil du poste. Cependant, ce choix possède au moins une certaine utilité médiatique immédiate, le programme restant le même (mise sous contrôle du sport d’élite : et son corollaire : la lutte antidopage : tout en se désengageant du sport de masse). Le style flamboyant de la cadette de l’UMP servira sûrement à redorer, du moins sur la forme, la politique sportive de Nicolas Sarkozy, légèrement égratignée par son serial gaffeur de prédécesseur. Nous verrons ensuite, avec le budget 2010, les véritables intentions du gouvernement.

LA BONNE COMBINAISON

Le débat n’en finit pas de secouer le petit monde des bassins. Peut-on mettre n’importe quelle combinaison pour nager ? A partir de quel moment un record reste-t-il valable ? Certains ont même cru malin de rappeler le cas des nageuses est-allemandes, dont les chronos dopés par la Stasi demeurèrent longtemps homologués. Nous sommes passés depuis de la guerre froide à la lutte des marques.

Paru dans Regards n°64, septembre 2009

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