Accueil > idées/culture | Par Vincent Cheynet | 7 novembre 2008

Postcapitalisme. « La décroissance ou la barbarie », par Vincent Cheynet

Le pic de l’extraction du pétrole est le grand non-dit de cette crise

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. Il est pourtant son épicentre. Durant le XXe siècle, le pétrole aura été le carburant de l’expansion de la société industrielle. Ne racontons pas de fables : c’est une ressource sans équivalent. Il irrigue le système industriel comme le sang notre corps. En se rétractant, il va faire tituber notre société qui repose sur cette ressource non renouvelable. La crise aujourd’hui est la conséquence majeure de cet état des choses. Le renchérissement considérable du prix de l’énergie pour les ménages aux Etats-Unis a été le facteur majeur de l’incapacité pour nombre d’entre eux à rembourser leurs emprunts. Ce scénario catastrophe a été prévu de longue date par les scientifiques qui s’intéressent sérieusement à la déplétion énergétique. J’écrivais le 10 mars : « Que va-t-il se passer lors de ce nouveau mandat ? Je me lance dans la prospective. Il y a de forts risques que nous soyons en train de passer actuellement le pic du pétrole. Le prix du baril va sans doute continuer d’augmenter : 110, 120, 150 dollars... jusqu’au crack. Le facteur déclenchant d’une récession globale sera probablement l’effondrement de l’économie étatsunienne. » (1).

Il est un côté grotesque à expliquer à coup de grandes démonstrations scientifiques qu’une croissance infinie est impossible dans un monde limité. La cécité face à cette évidence enfantine démontre bien que l’homme, aussi instruit soit-il, habite bien davantage ses croyances et ses représentations que la réalité du monde physique. Cela n’empêche pas les théoriciens du déni des limites de la croissance de continuer à pérorer dans les médias pour nous expliquer comment sortir de la crise grâce aux mensonges qui nous y ont entraînés. « Je crois à la croissance durable », a déclaré Nicolas Sarkozy le 25 septembre 2008. Un nouveau mensonge, c’est celui de la « nouvelle croissance », soit le même principe repeint en vert. Une opération cosmétique perverse qui nous empêche d’autant plus d’éclairer nos contemporains sur l’impossibilité de poursuivre dans cette voie. Le président de la République, qui déclare vouloir pourfendre les « idéologies », devrait comprendre que nous sommes là dans le domaine de la « croyance ». Non pas dans la croyance salutaire en l’homme, mais dans celle prêchée par les idéologues, porteurs des utopies meurtrières qui se fondent sur le déni de la réalité.

Notre système économique productiviste est en train de se taper la tête contre le mur. Le mur, c’est la limite des ressources naturelles dont on ne saurait s’affranchir. Certains pensent quand même que cela est possible, à l’image d’Hervé Juvin, président d’Eurogroup Institute, qui écrivait dans Les Echos du 14 avril 2008 : « Achever le projet libéral, celui de l’homme que ne détermine plus ni la nature, ni les éléments, ni quoi que ce soit qui lui soit extérieur ; faire de l’homme le dieu créateur de son monde... » Malgré leur caractère délirant, ces thèses permettent d’éviter la douloureuse remise en cause de la croyance en un monde sans limites. Toute société possède son système « idéologico-religieux », c’est-à-dire sa cosmologie. C’est de cette dernière dont il va falloir nous libérer. Nous le ferons de gré ou de force. Volontairement, en renforçant la démocratie et le meilleur de notre tradition humaniste. De force, en attendant la régulation par le chaos. Notre choix n’est pas entre croissance ou décroissance, entre développement durable ou décroissance soutenable, non, il est entre décroissance ou barbarie. A défaut, le scénario noir va s’amplifier. Pour éviter la faillite, les Etats-Unis empruntent. Ils offrent ainsi un répit à leur système économique. Mais, ce faisant, ils relancent le prix des matières premières, et surtout du pétrole. Un cercle vicieux qui va à nouveau précipiter le système dans la crise.

1. Lyonnais qui avez-vous élu ? , Editions de la Mése, 2008.

Vincent Cheynet est rédacteur en chef du mensuel La Décroissance (www.ladecroissance.net), et auteur de l’ouvrage Le choc la décroissance , Le Seuil, 2008.

Paru dans Regards n°56, novembre 2008

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