Jean-claude Trichet
Accueil > économie | Par Benoît Borrits | 13 juin 2011

Pour un autre euro

La crise de la dette publique met à
nu les failles de la monnaie unique
et ravive les propositions de sortie
de l’euro
. A l’inverse, le Parti de gauche
européen propose de transformer les missions
de la Banque centrale européenne.

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Immédiatement après la défaite du gouvernement
grec conservateur de Caramanlis en octobre
2009, la spéculation s’est acharnée sur
la dette du pays. Elle n’a jamais cessé et s’est
étendue, pour des raisons différentes, à trois
autres pays de la zone euro : l’Irlande, l’Espagne
et le Portugal. Comme à son habitude, le FMI est
intervenu pour prêter de l’argent contre l’engagement
du pays de mener une cure d’austérité
avec réduction des salaires des fonctionnaires
et des pensionnés, remise en cause du droit du
travail, augmentation des impôts sur la consommation
et de nouvelles privatisations.

Créé en mai 2010, un Fonds européen de
stabilisation financière (FESF), qui emprunte
sur les marchés avec la garantie des pays de
la zone euro, intervient conjointement avec le
FMI. Après trois plans successifs d’austérité,
ce qui était attendu s’est réalisé : le pays est en
récession et les chances de retour à l’équilibre
budgétaire s’éloignent. L’endettement public du
pays devrait atteindre 152 % du PIB en 2011
contre 110 % en 2010. Alors que l’intervention
du FMI et du FESF visait à éviter un défaut de
paiement, voilà que cette perspective revient
dans le débat sous le vocable plus policé de
restructuration de la dette.

Mais qui a réellement peur d’un défaut de paiement
 ? Au premier chef, les banques et les
établissements financiers de la zone euro, les
mêmes qui exigent des intérêts exorbitants sur
la dette périphérique et qui augmentent par làmême
le risque de défaut. Jusqu’à nouvel ordre,
la dette d’un Etat est l’actif jugé sans risque.
Pour les banques, c’est en quelque sorte la matière
première qui permet d’obtenir des liquidités
sans trop de frais auprès de la Banque centrale.
Pour les assureurs et les fonds de pension, c’est
le fonds de caisse d’une gestion conservatrice.

A peu de frais

La création d’une monnaie unique a permis à
ces établissements de se diversifier en achetant
les obligations des pays voisins sans aucun
risque de change. Au final, comme l’indique
l’économiste Philippe Askenazy, « on ne sait pas
qui possède notre dette, ni ce qui se passerait
si on ne pouvait plus la rembourser. Même les
décideurs ne le savent pas
 ».

Les critiques de la conception initiale de l’euro
ne manquent pas, notamment l’absence de coordination
entre politique monétaire et politique
économique. Le seul élément de gouvernance
était le pacte de stabilité défini par le Traité de
Maastricht avec lequel les Etats ne pouvaient
dépasser 3 % de déficit public et s’endetter
au-delà de 60 % du PIB. Le Pacte pour l’euro
adopté le 11 mars dernier tente de combler ce
vide en contrôlant l’évolution des coûts salariaux
et des retraites : jamais un texte européen n’avait
été aussi directif et régressif.

« Efficacité sociale »

Au-delà de la critique de la conception monétariste
de l’euro, un consensus se précise à
gauche sur une autre gestion de l’euro comme
en témoigne le Programme d’action politique
du Parti de la gauche européenne adopté en
décembre 2010 qui comporte la « transformation
des missions de la Banque centrale européenne.
Celle-ci doit, par création monétaire
et sur la base de critères d’efficacité sociale,
accorder des crédits à taux très bas aux Etats
membres pour financer le développement social.
Elle doit aussi, vis-à-vis des banques, instituer
la sélectivité des crédits : leurs taux doivent
être d’autant plus favorables que les investissements
concernés programment des créations
d’emplois et, à l’inverse, d’autant plus dissuasifs
s’il s’agit d’opérations financières.
 »

Cette résolution brise l’idée qu’un consensus
droite-gauche existerait en Allemagne sur une
Banque centrale indépendante dont la seule
mission serait la maîtrise de l’inflation : le Parti
de gauche européen n’intègre-t-il pas Die Linke,
représentant près de 12 % des suffrages aux
dernières élections parlementaires ?

Parce que les institutions européennes exigent
l’unanimité pour modifier les règles de fonctionnement
de l’euro, beaucoup font de la sortie de
la monnaie unique la condition sine qua non
d’une politique de gauche. Pourtant, cette crise
nous apprend qu’une gauche de transformation
sociale dispose d’un levier d’action extraordinaire
tant la construction européenne reste fragile
 : il suffirait qu’un pays important fasse défaut
sur la dette publique pour que le système bancaire
de la zone euro soit menacé.

Tout comme durant l’automne 2008, où les
limites du Traité de Maastricht concernant les
déficits publics et l’endettement ont été allègrement
transgressées, la Banque centrale devra
se résoudre à financer les déficits des Etats
afin d’éviter une faillite du système bancaire.
La question qui se posera alors aux Européens
sera celle d’une stabilisation monétaire par un
nouveau partage des richesses ou une inflation
galopante due au refus de s’en prendre au capital.
Est-il si irréaliste de penser que les forces
de progrès sauront faire entendre la voie de la
raison et ouvrir la porte à une nouvelle Europe,
sociale et démocratique ?

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