Accueil > actu | Par Clémentine Autain | 1er février 2006

Pouvoir et dépendance. Effets de muscle

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Bonne année ! Jacques Chirac n’y est pas allé de main morte. Le 19 janvier dernier, le président a publiquement utilisé la menace nucléaire contre « les Etats qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous [...] et à ceux qui envisageraient d’utiliser des armes de destruction massive ». Intervention bien préparée, savamment orchestrée même. Et éminemment choquante. Sans doute y verra-t-on le sursaut d’un homme sur le déclin, en bout de course, qui cherche à affirmer virilement sa combativité face à ceux qui spéculent sur sa faiblesse. S’il n’y avait que cela, ce serait déjà une occasion de déplorer qu’un tel pouvoir de vie et de mort soit entre les mains d’un seul homme, pour qu’il en fasse un tel usage.

Or il n’y a pas que cette dimension, somme toute terrible et dérisoire à la fois. « Mais ce serait faire preuve d’angélisme que de croire que la prévention, seule, suffit à nous protéger. Pour être entendu, il faut aussi, lorsque c’est nécessaire, être capable de faire usage de la force ». En deux courtes phrases, Chirac s’est mis à la double école de George Bush... et de Nicolas Sarkozy.

Au nom de la « confrontation des civilisations », il use des effets de muscle de son homologue d’outre-Atlantique, en désignant clairement « l’axe du Mal » comme l’ennemi principal de la France. Qui est visé en effet ? Ceux qui ont « la tentation de se doter de l’arme nucléaire ». Entendons, en premier lieu : la Corée du Nord et l’Iran. Que la prolifération nucléaire soit un danger épouvantable est un fait. Mais comment peut-on faire accepter que l’arme nucléaire soit tolérée pour certains et interdite pour d’autres ? La seule solution raisonnable serait d’engager au plus vite la dénucléarisation complète de la planète. A la place, au nom du principe de réalisme, Jacques Chirac entérine la logique du « deux poids, deux mesures »... La logique même dont on sait les effets destructeurs et qui provoque, à juste titre, tant de colère et de rancœur parmi les peuples humiliés par tant d’arrogance. Ce n’est pas avec ce discours de père Fouettard que l’on fera reculer l’actuel numéro un iranien.

Le « réalisme » contre « l’angélisme » ? C’est exactement la philosophie professée en France par notre Sarkozy national. Assez de bons sentiments ! Face à la « racaille », partout s’impose le « kärcher », dedans comme dehors. La prévention ne suffit pas ; le bâton est seul à même de faire reculer les « voyous ». Hélas, ce choix sécuritaire souligne, à l’échelle internationale, une sévère reculade pour notre pays. Au moment de l’invasion de l’Irak, celui qui n’était pas encore le premier ministre de la France avait tenu un discours de raison contre le langage de la force pure employé par le cow-boy texan. A sa façon, le nouveau discours présidentiel est un camouflet pour le ministre des Affaires étrangères d’hier et un coup de chapeau au ministre de l’Intérieur d’aujourd’hui.

On trouvera donc d’autant plus étrange la caution donnée au président par... Laurent Fabius. « Il n’y a rien sur quoi je sois en profond désaccord », n’a pas manqué de lâcher le présidentiable socialiste. Une manière de laisser entendre que, en matière militaire, il n’y a pas d’autre choix que celui d’une France vouée au rôle de gendarme du monde supplétif. Si c’est ça le choix de la politique « raisonnable », on ne s’étonnera pas que ladite politique soit en crise.

Une fois de plus, la gauche dite « sérieuse » se laisserait-elle séduire par les sirènes de l’ordre ? Lionel Jospin s’y était essayé en 2002, avec le succès que l’on sait. Pas question de le retenter aujourd’hui. En matière de politique internationale comme en politique intérieure, il n’y a pas de pire ennemi de la sûreté que le fantasme sécuritaire.

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