Accueil > politique | Par Roger Martelli | 1er mai 2007

Présidentielle, chiffres à l’appui

Les traits majeurs de la présidentielle à la lumière de quelques chiffres électoraux.

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1. La remobilisation électorale a confirmé son regain, après une longue série d’abstentions : le pourcentage d’abstention est le plus faible depuis 1974 pour le premier tour, depuis 1981 pour le second. La participation avait progressé dans les années 1960-1970, dans le grand débat qu’avait stimulé le programme commun de la gauche. Le recentrage socialiste des années 1980, le déclin du gaullisme historique et la crise sociale avaient désorienté l’électorat. Il se remobilise, dans un contexte de recomposition globale et de « vote utile ».

2. Nicolas Sarkozy a réussi son pari, en réalisant le meilleur résultat à droite depuis 1969. Depuis plusieurs années, il a réussi à mettre une ligne « libérale-populiste » conséquente au cœur de tout le dispositif politique, en pour ou en contre. Il est devenu majoritaire, sans édulcorer son projet initial pour gagner. Sarkozy a réussi là où ses prédécesseurs avaient échoué : il a gagné sur un modèle de « contre-révolution libérale », héritier de Reagan et de Thatcher, proche de Bush ou de Berlusconi. Il a mordu sur l’électorat Le Pen, notamment dans les catégories populaires. Le tassement du Front national est en cela à la fois une bonne nouvelle et un indice inquiétant de droitisation de la droite. Au total, quelque 60 % des ouvriers et des employés ont voté à droite au premier tour.

3. La gauche réalise son plus mauvais score depuis 1969. Le second tour corrige en partie cette image : Ségolène Royal gagne quelque 11 % sur le total gauche du 22 avril et elle retrouve la majorité sociologique chez les 18-24 ans et chez les employés et les ouvriers. Mais le choc du premier tour et l’irruption de la solution Bayrou ont brouillé sérieusement les pistes. Dans la procédure de choix socialiste de la candidature, Ségolène Royal avait été retenue dans une logique plus proche d’un blairisme « à la française » que de la social-démocratie traditionnelle. Son appel au centre entre les deux tours n’avait ainsi rien d’anecdotique. Au final, le choix n’aura certes pas conduit à la réussite qu’annonçaient les sondages de l’automne dernier : la logique du vote utile, celle du « tout sauf Sarkozy », ne l’a pas emporté. L’électorat Bayrou semble s’être partagé à parts égales entre Royal et Sarkozy. Mais le mécanisme de la recomposition est en route. Jusqu’où ?

4. La gauche de gauche n’a pas su se rassembler, comme elle l’avait fait lors du référendum constitutionnel européen de 2005. De ce fait, alors que semblait s’esquisser un mouvement de l’opinion pour échapper au bipartisme, ce n’est pas la gauche alternative qui en profite, mais le centrisme de Bayrou. A l’arrivée, la gauche de gauche réalise son plus mauvais score depuis vingt ans : à chaque élection, elle oscillait entre 12 % et 20 % ; elle n’atteint pas cette fois la barre des 10 %. Olivier Besancenot est le premier des « petits » : il maintient son niveau de 2002, tandis qu’Arlette Laguiller décroche, que le PCF recule à nouveau et que José Bové ne réussit pas son installation.

R.M. 

Paru dans Regards n°40, mai-juin 2007

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