Accueil > économie | Par Amélie Jeammet | 1er mars 2009

Presse, Culture, Retraites : Le capitalisme m’a tuer (4)

RETRAITES PAR CAPITALISATION, LES PENSIONS FONDENT

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Au cœur du mouvement de 2003 contre la réforme des retraites, le système par capitalisation trouve encore des défenseurs. Leurs arguments, brandis malgré des pertes faramineuses depuis le début de la crise, ne tiennent pas. Et la répartition reste le modèle le plus pertinent.

Cinq mille milliards de dollars littéralement partis en fumée en 2008 : suite à la crise financière, l’OCDE estime les pertes des systèmes de retraites privés dans sa zone à 20 % de leurs capitaux (1). Dans la tourmente, les thuriféraires de la capitalisation tentent de ne pas perdre la face et la gestion des milliards de la retraite par capitalisation.

La situation est pourtant catastrophique pour les salariés âgés. Proches du départ en retraite, ils vont devoir vendre à perte, et assister, impuissants, à l’effondrement de leurs pensions. Pour les chanceux rattachés aux fonds à prestation définie comme les salariés américains les plus âgés, la situation plombe les entreprises telles General Motors, contraintes de compenser le déficit de financement.

Les partisans de la capitalisation reconnaissent ces échecs, mais présentent en revanche la crise comme une aubaine pour les jeunes. Certes, leurs économies ont fondu. Mais, selon l’adage financier, « tant que l’on n’a pas vendu, on n’a pas perdu »  ! L’OCDE rappelle qu’ils ont « tout le temps de reconstituer leur épargne » et qu’ils « devraient tirer avantage de la situation à long terme, dans la mesure où les futures cotisations de retraite seront investies à des prix beaucoup plus bas, accroissant ainsi le taux de rendement potentiel des investissements et les prestations futures. » (2) A condition que les cours remontent... Un pari risqué.

AVANTAGES DE LA RÉPARTITION

Pour calmer les esprits échauffés, les hérauts de la capitalisation retravaillent leur argument favori : la rentabilité des fonds ne doit pas être jugée à court terme, puisque c’est de l’épargne longue. Et à « horizon lointain », la « performance » de l’épargne-retraite semble satisfaire l’OCDE. Mais celle-ci n’est mesurée qu’à l’aune de la vitesse à laquelle « l’argent fait de l’argent », sans se préoccuper de l’exploitation salariale que suppose la capitalisation, la rentabilité des placements financiers étant d’autant plus forte que les salariés sont pressurés. D’autre part, contrairement à la capitalisation, la répartition présente les avantages de réduire les inégalités entre les retraités, et de ne pas alimenter l’instabilité financière, les cotisations, immédiatement redistribuées sous forme de pensions, ne donnant pas lieu à une accumulation d’épargne. Ces « performances » de la répartition sont cependant passées sous silence.

Vient alors l’argument de la « bombe » démographique du papy-boom, l’explosion des pensions futures étant jugée insupportable pour la répartition. De nombreuses études ont pourtant montré qu’il n’en était rien (3), et la capitalisation est soumise au même risque : tant que les actifs du baby-boom versent leurs contributions aux régimes par capitalisation, ils participent à la hausse des cours en Bourse. Mais à leur départ en retraite (qui commence aux Etats-Unis et au Japon), les cours pâtiront de ce retrait massif d’épargne, et les pensions fondront.

On semble enfin naïvement découvrir les risques du système, et imputer les difficultés à un « manque de régulation », pointant du doigt la composition des portefeuilles. Les fonds irlandais, composés d’actions à plus de 66 %, ont par exemple particulièrement souffert de la crise. Les fonds de pension, soumis à une forte exigence de rentabilité, font souvent le choix de placements risqués, à l’instar du Fonds de réserve des retraites (FRR). Créé en 1999 pour aider au financement des régimes de retraite de base, le FRR géré en Bourse accuse 3 milliards d’euros de pertes en 2008. Ses dirigeants promettent de revoir l’orientation des placements composés jusqu’ici à 64,5 % d’actions, mais restent soumis à l’exigence d’une rentabilité supérieure à 4 %, taux auquel l’Etat emprunte l’argent qu’il dépose dans ce fonds. A la question de sa pérennisation, Henri Steyrdiniak (4) répond : « Ce n’est pas rentable en tout cas ! Si le FRR affiche une rentabilité de 9 % par an entre 2004 à 2007, celle-ci s’effondre à : 25 % en 2008. L’opération coûte cher à l’Etat, et augmente la dette publique au sens des critères de Maastricht, alors que ce n’est pas le moment ! »

LE CHOIX DE L’ARGENTINE

Un retour massif à la répartition pourrait-il s’opérer au niveau mondial ? C’est en tout cas le choix qu’a fait l’Argentine en octobre 2008. Instauré en 1994, le système de fonds de pension avait déjà essuyé de lourdes pertes en 2001, entraînant une augmentation du nombre d’Argentins non couverts, estimé en 2003 à 35 % des plus de 65 ans, et contraignant le gouvernement de Nestor Kirchner à instaurer un minimum de pension en 2004. En cas de défaillance des fonds, l’Etat complétait. En 2007, alors que certains fonds étaient au bord de la faillite, le choix a été offert aux salariés de revenir dans le giron du public, et deux millions de transferts ont été opérés. Face à cette hémorragie, le gouvernement actuel a réintégré à la Sécurité sociale les dix grands fonds de pension privés. En somme, c’est un retour brutal à la répartition, et « cette histoire prouve que le système par capitalisation n’est rentable ni pour les travailleurs à revenus faibles et moyens, ni pour les plus riches qui ne versaient pas totalement leurs cotisations, considérant que le placement n’était pas suffisamment intéressant » , commente Henri Steyrdiniak. Si l’on n’est pas encore dans les conditions d’une généralisation de la répartition, les projets d’extension de la retraite par capitalisation ont en tout cas été gravement fragilisés par la crise financière. A.J.

1. OCDE, le Point sur les marchés des pensions, décembre 2008, n°5. Chiffres de janvier à octobre 2008.

2. Le Point sur les marchés des pensions, décembre 2008.

3. Voir Les retraites au péril du libéralisme, Fondation Copernic, éd. Syllepse 2002.

4. Directeur du Département économie de la mondialisation de l’Observatoire français de conjonctures économiques (OFCE).

Paru dans Regards N°60, mars 2009

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