Accueil > politique | Entretien par Rémi Douat | 9 septembre 2011

Primaires socialistes, « une course de petits chevaux »

Entretien
avec Rémi
Lefebvre,
professeur
de sciences
politiques
et auteur de
Les primaires socialistes,
la fin du parti militant
.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Regards.fr : Les primaires ouvertes
sont présentées par le PS
comme une avancée démocratique.
Vous êtes très loin de ce constat. Pourquoi ?

Rémi Lefebvre : Désigner son candidat à l’élection
présidentielle par un processus
mobilisant au-delà de
ses adhérents relève en effet
de la fausse évidence démocratique.
Cela traduit une certaine
immaturité sur ce que pourrait
être la démocratie participative.
Dans l’état, il s’agit d’une prime
à la personnalisation et aux logiques
d’opinion à court terme.
Cela renforce l’effet course de
petits chevaux, où les sondages
d’opinion et les petites phrases
font la pluie et le beau temps.
Bonne nouvelle pour les journalistes,
qui adorent ça, mais
ce n’est pas ça la démocratie !
Enfin, ajouté au quinquennat et
à l’inversion du calendrier présidentiel,
les primaires entérinent
à l’intérieur même du PS une
présidentialisation déjà renforcée
par Nicolas
Sarkozy.

Regards.fr : Les primaires auraient
donc tendance à dépolitiser ?

Rémi Lefebvre : Il n’y a pas de débat d’idées
et les catégories populaires
sont mises de côté, comme le
préconise d’ailleurs explicitement
Terra nova, le think tank
instigateur de ces primaires. Je
ne suis pas sûr que le citoyen
ordinaire se sente concerné par
ce vote. On peut toujours parler
de « mobilisation populaire », ce
ne sont pas les habitants des
quartiers populaires qui vont
voter. Il s’agit d’un événementiel
démocratique. J’y vois un triste
fatalisme du PS, le même qu’il
observe face à l’économie de
marché. Il devrait se donner a
minima comme objectif de tempérer
les logiques à l’oeuvre. Le
choix qui est fait est de jouer
le jeu de l’acceptation, sur le
plan économique comme sur
la question de la présidentialisation.
Avec ces primaires, le
PS renonce à l’idéal du parti
militant.

Regards.fr : Un parti de militants à
tout prix, n’est-ce pas une
vision conservatrice de ce
que doit être un parti ?

Rémi Lefebvre : L’analyse que j’en fais est plus
pragmatique que conservatrice
 : les sociologues montrent
qu’on ne milite que quand on a
une gratification, et cette dernière
s’incarne bien souvent
dans la capacité à décider. Or,
les primaires ouvertes dépossèdent
de fait les militants
socialistes d’une partie de leur
pouvoir et rend le fait de militer
moins attractif. Le groupe
disparaît alors que l’idée même
du parti est de construire ensemble.
Je suis convaincu que,
au fond, les dirigeants socialistes
pensent que le militantisme
n’a pas d’avenir puisqu’ils
mettent en place une machine
à réduire la base militante.

Portfolio

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?