Accueil > monde | Par | 15 mai 2007

Proche-Orient, la France doit s’engager

Après l’accord interpalestinien de la Mecque et après la proposition de paix arabe adoptée à Riyad, la France doit agir. Lever les sanctions imposées au peuple palestinien et à ses institutions et mettre un terme à la politique de « deux poids deux mesures » au Proche-Orient est une urgence.

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Par Isabelle Avran*, invitée de la rédaction (numéro de mai-juin)

La plateforme des ONG françaises pour la Palestine renouvellera pour les législatives les exigences formulées lors de la présidentielle : contre la guerre et ses menaces d’extension à tout le Moyen-Orient, comme pour la défense du droit contre l’occupation de la Palestine, la France doit sortir de la politique de deux poids et deux mesures et soutenir une alternative aux desseins de George W. Bush.

En juin, cela fera quarante années que les territoires palestiniens de la bande de Gaza, de Cisjordanie et notamment de Jérusalem-Est sont occupés par l’armée et les colons israéliens. Quarante années de résolutions des Nations unies restées lettre morte, et d’impunité de la puissance israélienne. Pourtant, depuis les dernières élections législatives qui ont porté au pouvoir le mouvement de la résistance islamique Hamas en Palestine, ce sont les Palestiniens qui subissent les sanctions de la communauté internationale. Le Canada, les Etats-Unis puis l’Union européenne, et finalement le « Quartette » pour le Proche-Orient, imposent au gouvernement trois conditions pour y mettre un terme : la reconnaissance d’Israèl, le respect des accords signés, et la renonciation à la violence. Mais les mêmes rejettent toute exigence de réciprocité à l’égard de la puissance occupante israélienne, dont les dirigeants refusent de reconnaître le droit du peuple palestinien à un Etat dans les frontières de 1967, annoncent leur intention de fixer unilatéralement des frontières en annexant les grands blocs de colonies, refusent de reconnaître les accords signés et de mettre un terme à la violence meurtrière de l’armée en Palestine occupée...

Tandis que depuis 2003 se poursuit l’occupation de l’Irak, que se passe-t-il donc au Proche-Orient ? Quelles perspectives ouvrent les accords inter-palestiniens conclus à La Mecque en février et l’initiative de paix des Etats arabes de Riyad, fin mars ? Quel rôle pourraient jouer l’Europe et la France pour réhabiliter enfin le droit et relancer des perspectives de paix sérieuses ?

Voici bientôt deux ans, le retrait unilatéral israélien de la bande de Gaza, minuscule et surpeuplée, était salué par la communauté internationale comme « un geste courageux » du Premier ministre Ariel Sharon. Pour la première fois, un gouvernement israélien acceptait le principe du retrait d’une partie des territoires palestiniens. Mais Dov Weissglass, conseiller d’Ariel Sharon, commentait : il s’agit de « geler dans le formol toute perspective de négociation », pour mieux coloniser la Cisjordanie. Il définissait là l’objectif et la stratégie. L’objectif : l’annexion d’une partie substantielle de la Cisjordanie. La stratégie : l’unilatéralisme, le refus de toute négociation, réitéré depuis bientôt sept ans. Le président Mahmoud Abbas (Fatah) avait pourtant fait de la négociation l’oméga de sa stratégie politique.

La colonisation, elle, ne cesse de s’étendre. Condamné par la Cour internationale de Justice puis par l’assemblée générale de l’ONU, le mur en est l’instrument privilégié. Mais là, aucune sanction. Pas plus que contre l’annexion rampante de Jérusalem, ou contre les bombardements répétés de la bande de Gaza. On comprend qu’une population exaspérée par l’absence de toute perspective politique : et lasse de la corruption d’un certain nombre de cadres du Fatah : ait majoritairement voté pour le Hamas lors des législatives de 2006.

Les sanctions ont entériné une crise économique et institutionnelle. Car, alors que l’occupation, le morcellement du territoire, la destruction des principales infrastructures de la bande de Gaza : y compris pour l’accès à l’eau potable : et le détournement des sommes dues à l’Autorité palestinienne asphyxient la population, les sanctions ont précipité le pays dans la pauvreté extrême et les institutions au bord de l’implosion. Au point d’avoir suscité une guerre larvée entre organisations armées du Hamas et du Fatah : refusée par la société civile :, et contraint les organisations palestiniennes à chercher des soutiens financiers extérieurs ressuscitant des appétits de tutelles politiques.

C’est dans ce contexte qu’a été adopté à La Mecque en février l’accord pour un gouvernement d’union nationale, sur la base d’un document dit « des prisonniers ». Entérinant un tournant politique majeur du Hamas, l’accord met un terme au conflit de légitimité entre présidence et gouvernement. Envisageant l’intégration possible du Hamas au sein de l’OLP, il attribue à celle-ci le rôle de négociatrice avec Israèl pour parvenir à l’édification d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 ; le gouvernement, en tant que tel, respectant les accords conclus avec Tel-Aviv.

C’est également unie que la délégation palestinienne a participé au sommet de Riyad, souscrivant au plan de paix arabe. 22 Etats arabes y ont réaffirmé leur attachement au plan de paix global adopté à Beyrouth en 2002, qui propose la normalisation des relations des Etats arabes avec Tel-Aviv en échange d’un retrait israélien de tous les territoires arabes occupés depuis 1967, dont Jérusalem-Est, de la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 et d’une solution juste et négociée au problème des réfugiés palestiniens sur la base du droit international.

"Le sommet arabe a mis à l’ordre du jour la question essentielle de la dénucléarisation de toute la région }"

Car l’Arabie saoudite s’inquiète. Dans l’Irak voisin, l’occupation américano-britannique et la guerre se poursuivent en dépit des résultats des dernières élections américaines. Dans un entretien au Monde du 23 mars, Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller diplomatique de Jimmy Carter, rappelle aussi que la guerre « pourrait même dégénérer, à la faveur de possibles incidents avec les Iraniens, en une guerre régionale plus large ». Or, la guerre en Irak dont la population paie le prix lourd encourage aussi les antagonismes confessionnels, singulièrement entre chi’ites et sunnites, avec des prolongements dans toute la région. L’Iran s’affirme comme puissance régionale, avec une ambition nucléaire, face à la puissance nucléaire d’Israèl. Le sommet arabe a mis dès lors à l’ordre du jour la question essentielle de la dénucléarisation de toute la région. Pour le gouvernement israélien, c’est non. Non à toute négociation avec la partie palestinienne, non au plan de paix arabe.

L’Europe saura-t-elle prendre ses distances avec l’administration américaine et son soutien inconditionnel à la politique israélienne ? Lèvera-t-elle enfin les sanctions inéquitables imposées à l’Autorité nationale palestinienne ? Elle mesure les risques humanitaires et politiques de sa propre stratégie. La Norvège : qui n’est pas membre de l’Union : a brisé la première l’isolement diplomatique du gouvernement palestinien, car il est temps pour Oslo d’encourager le Hamas à l’issue des évolutions accomplies et de retrouver la voie de la négociation. La France, elle, continue de participer au boycott économique et diplomatique de l’Autorité nationale palestinienne. L’accord palestinien a cependant infléchi sa position, Philippe Douste-Blazy, ministre des Affaires étrangères, assure que « La signature de l’accord de La Mecque correspond pour nous à un premier pas, à des développements positifs que la communauté internationale doit accompagner et encourager ». Mais Nicolas Sarkozy a fait le choix de Washington. C’est des Etats-Unis déjà qu’il avait stigmatisé l’an passé « l’arrogance » de la France lors de l’engagement de Paris contre la guerre en Irak. Et le candidat de l’UMP de se vanter que son « premier voyage en tant que président de l’UMP était en Israèl pour rencontrer Sharon ».

Après l’accord interpalestinien de la Mecque et après la proposition de paix arabe adoptée à Riyad, la France doit intervenir. Pour la levée des sanctions iniques imposées au peuple palestinien et à ses institutions et pour mettre un terme à la politique de « deux poids deux mesures » au Proche-Orient. Pour imposer une conférence internationale de paix fondée sur le droit. Et également, dans cette période à hauts risques, pour refuser la logique de la guerre.

Isabelle Avran est vice-présidente de l’Association France-Palestine Solidarité. Auteure notamment des livres "Israël Palestine, la paix est possible" (avec Jean-Paul Chagnollaud, Alain Gresh et Giovanna Tanzarella), l’Harmattan, 2004, "Les Inventeurs de paix", éd. de l’Atelier, 2001. }

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