Accueil > monde | Par Frédéric Sire | 1er décembre 2004

Propagande gouvernementale Dix millions pour le « oui »

Le ministère des Affaires étrangères a déjà débloqué des fonds pour alimenter la promotion officielle en faveur du traité constitutionnel européen, en vue du referundum. L’appareil d’État se mobilise, au mépris de l’exigence démocratique. Récit.

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« Je souhaite une campagne qui ne soit pas partisane. Il ne faut pas donner à ce référendum des allures de plébiscite. Il n’appartient à personne. C’est une proposition de débat national », déclarait le Premier ministre au quotidien gratuit Metro, le 7 novembre dernier. Le lendemain, Michel Barnier, ministre des Affaires étrangères, annonçait le lancement d’une « campagne d’information et de débats sur le traité constitutionnel européen ». Que vaut cette virevolte de Jean-Pierre Raffarin ? Dix millions d’euros.

La campagne d’information ressemble furieusement à une offensive de propagande pro-traité orchestrée par un exécutif qui ne cache pas ses préférences. « Je ferai campagne sans réserve pour le « oui » » a ainsi déclaré le Président Chirac en visite à Marseille, le 14 novembre, relayant le « « oui » par urgence » de son Premier ministre. « Je vais m’engager pour promouvoir le « oui » au traité constitutionnel » avait indiqué la ministre déléguée aux Affaires européennes, Claudie Haigneré, suivie par Michel Barnier, en direct sur France 2 : « Nous avons besoin de cette Constitution. » Si l’on ajoute que ce dernier fut, en tant que représentant de la Commission européenne, l’un des rédacteurs du traité, et que Valéry Giscard d’Estaing, président de la Convention européenne, est perçu par Raffarin comme son père spirituel, on peut émettre quelques doutes sur l’impartialité de ceux qui sont chargés d’organiser le débat au plan national.

Mission : Bourrage de crâne

Alors, qu’est-ce que cette « campagne d’information » à dix millions ? L’ouverture d’un site Internet, qui se veut pédagogique, sur la Constitution, la création d’un centre d’appels téléphoniques et l’édition d’une brochure (Constitution, mode d’emploi), tirée à 110 000 exemplaires et envoyée aux élus, aux administrations, aux syndicats, à des associations (dont Attac) ainsi qu’aux chambres de commerce et d’industrie. Par ailleurs, une plaquette de quatre pages sera envoyée à tous les Français début 2005, sans compter les spots prévus à la radio et à la télévision...

Une petite visite sur le site « Constitution européenne » vaut le détour : les arguments du « non » qui y sont présentés jouent sur les peurs et les phantasmes (l’immigration, la sécurité, le terrorisme, l’entrée de la Turquie dans l’UE), jamais sur les problèmes fondamentaux portant sur les services publics ou les conditions d’harmonisation des fiscalités nationales. En clair, les partisans du « non » apparaissent comme des nostalgiques, des archaïques, ou bien pire.

Le phénomène, pour choquant qu’il soit, n’est pas franco-français : le ministère britannique des Affaires étrangères a annoncé, le 1er novembre, l’impression à 200 000 exemplaires et la diffusion sur le Net d’« un guide très basique (...) sur l’Union européenne, ce que la Constitution change pour l’UE et pourquoi ces changements sont positifs pour la Grande-Bretagne et l’Europe ». L’importance que revêt aux yeux du gouvernement ce bourrage de crâne institutionnalisé lui cache ce qui relève pourtant de ses plus strictes attributions : ainsi le ministre de l’Intérieur a récemment admis que le budget prévu dans la loi de Finances 2005 de son ministère pour l’organisation matérielle du référendum avait été largement sous-évalué : 25 millions au lieu des 62,3 millions d’euros nécessaires. Mais il faut croire qu’en ce domaine, le battage médiatique importe davantage que la bonne tenue du scrutin.

Où sont les « non » ?

Le plus triste dans cette affaire, c’est que les partisans du « non » ne sont pas audibles. Le premier à s’être officiellement mobilisé, c’est Philippe de Villiers, par un courrier adressé au président de la Cour des comptes, Philippe Séguin. « Comment peut-on de manière aussi évidente utiliser des moyens publics pour financer une campagne partisane... », s’interroge-t-il, à propos notamment d’une réunion organisée par la chambre de commerce et d’industrie et le Conseil général d’Indre-et-Loire : tenu par la droite : et intitulée « Une Constitution pour une Europe plus forte dans le monde ». Les « non » de gauche ont intérêt à donner de la voix. Sinon le gouvernement poursuivra, discret et patient, sa pédagogie du renoncement social au niveau européen.

Frédéric Sire

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